Vendredi 31 octobre 2008

 

Si j’osais…


Ce projet pour trois alcôves, six acteurs, six auteurs contemporains et trente-six spectateurs s’appuie sur une commande de textes inédits. Là n’est pas le seul risque auquel il expose le public. Osez franchir la porte de la Maison des métallos. Vous vivrez une expérience singulière.


Pour les choses de l’amour, les préambules sont importants. C’est sans doute pourquoi Corpus eroticus commence doucement, tout doucement. C’est la metteuse-meneuse en scène elle-même qui vous accueille. Après avoir constitué trois groupes en prenant soin de séparer les couples, votre hôtesse vous entraîne dans une déambulation. Depuis les marches qui mènent à la salle, vous avez le temps d’apprécier sa panoplie en latex rouge, ses dessus et ses dessous. Ça tangue ? Vous vous accrochez à votre amoureux, tentez de négocier un échange de billet pour rester en sa compagnie, commencez à regretter d’être venus là. Un par un, elle vous fait alors entrer en vous parfumant au creux du poignet. Contact charnel. Échange de regards. Éveil des sens. La représentation a commencé depuis vingt minutes et vos neurones s’activent diablement. Virginie Deville vous demande de vous débarrasser. Diantre ! Allons-nous finir en petite culotte ? Zut ! J’ai oublié d’en mettre une !


Effet garanti de ce petit rituel : vous vous sentez plus léger. Mais de langoureuse, votre hôtesse devient provocante : « Vous avez peur ? », demande-t-elle. Vous êtes tout ouïe. Forcément ! Vous êtes venus écouter un corpus érotique. Vous êtes prêt à prendre ce risque : entendre des mots érotiques travaillés par des auteurs vivants, à qui un metteur en scène audacieux a passé commande. Des expériences textuelles, quoi ! Vous n’êtes pas venus pour participer à des mises en jeu de votre corps. Trop tard… La maîtresse des lieux – avec force pédagogie – vous donne le mode d’emploi. Enfin presque ! Chaque petit groupe est invité à pénétrer dans une des trois alcôves. En fonction du parcours, les trente-six spectateurs se croiseront ensuite lors d’une pause, phase de décompression – ou de « re-cul » – nécessaire entre chaque étape.


« Osez pousser le rideau… » Successivement, vous prenez place au-dessus d’une baignoire, dans le noir, dans une morgue. La scénographie s’adapte toujours parfaitement à la nature du texte. À chaque fois, la disposition des sièges et la situation de départ vous surprennent. Cela devient excitant. La promiscuité, la présence d’hommes et de femmes qui vous livrent quelques confidences érotiques dans une troublante proximité vous mettent en « é-moi ». Cela tombe bien : il s’agit de monologues. Celui de Camille Laurens est remarquable. Dans son bain, une comédienne joue sur la langue, ses registres, ses multiples sens. Vous prenant à partie, persuadée que vous l’observez à travers une fente du plancher qui vous sépare de son appartement, celle-ci prend un malin plaisir à vous titiller. Précise et fine, l’interprétation est, elle aussi, à relever. Si je puis dire ! Car, nue sous ses microbilles de polystyrène, Anne de Rocquigny ne dévoile que des pans de son corps grâce à un parfait contrôle de la situation. Vous, devenu acteur, vous maîtrisez moins votre émotion !


« Osez l’intimité… » D’emblée, l’acteur qui vous accueille dans ces alcôves de 16 m² vous place dans une posture inhabituelle au théâtre. Vous êtes tantôt un voisin voyeur, un témoin privilégié, un cobaye. Virginie Deville aime bousculer le rapport au public. Dans sa précédente création, elle proposait déjà à chaque spectateur d’explorer sa relation intime au désir en l’invitant à entrer seul dans une miniboîte pour y entendre l’histoire d’amour de son choix. Dans Corpus eroticus, elle confronte chacun à une expérience concrète et intérieure, travaille sur la perception et la concentration. D’où des acteurs parfois sous tension. Pas facile de jouer tout contre et les yeux dans les yeux ! Délicat de gérer la bonne distance et de vous intégrer dans l’espace temps ! Toutefois, le spectateur n’est jamais réellement mis en danger. Même si quelques-uns, soudainement pris de quintes de toux ou de maux de tête, cherchent du réconfort auprès de l’hôtesse disponible à tout moment ! Dans le pire des cas, vous ressentez des frissons de haut en bas parce que le comédien vous a caressé la nuque.


Vous voilà tout ragaillardi ! Vous avez osé pousser le rideau, transgresser l’interdit pour partager des fantasmes inavouables, et vous avez bien fait, car vous avez ainsi découvert une variété de situations et partagé des imaginaires. Les comédiennes – culottées ou non – ont les mots formidablement en bouche. Elles ont la peau qui brille ou l’œil malicieux. Le comédien, quant à lui, a la voix grave et le timbre chantant. À l’entendre, ses exploits sexuels seraient peut-être dus à la particularité de son physique. À vous de voir… Sauf que vous êtes dans le noir le plus complet.


L’aspect littéraire des textes, la nature allusive et elliptique de la mise en scène, la subtilité du jeu d’acteur placent le spectacle à l’opposé de ce qu’est devenu le sexe aujourd’hui : un appât publicitaire et un phénomène de consommation. Malgré les focus et les « vrais culs », on reste dans l’érotique, car l’imaginaire est sans cesse stimulé. Le mot vole la vedette à l’image. Plutôt que de se s’exhiber, le sexe se raconte en long, en large et en travers. Il s’expose sous son meilleur jour : mystérieux, déplacé dans ses signes, éclairé de l’intérieur. La proposition n’est scéniquement pas classique. Il s’agit bien de performance – dans le sens spectaculaire du terme – mais rien d’« ob-scène », donc, dans cet objet scénique non identifié, qui rappelle pourtant les happenings des années soixante-dix.


Restent quelques désirs inassouvis. Si j’osais… je regretterais le manque de chair et de volupté. Voilà le paradoxe de ce spectacle, c’est-à-dire souffrir d’une retenue qui fait précisément la force du propos : dire plutôt que faire, imaginer plutôt que montrer, ne pas tout dévoiler pour susciter le désir d’en voir davantage, ne pas tout expliquer pour donner envie d’en « sa-voir » un peu plus. Les propositions restent sages. Sans doute, certains resteront sur leur faim, déçus de la bonne tenue générale de la représentation. Mais c’était le but, non ? L’érotisme a cette vertu, et non des moindres, celle de vous mettre en appétit pour apprécier les délices de la chose, avec ou sans vice. Et le verre de thé au gingembre que l’on vous sert à la fin est de bon augure pour la suite, avec votre amoureux, retrouvé « saint » et sauf. Ouf ! Mais cela est une autre histoire… 


Léna Martinelli

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Corpus eroticus, textes de Roland Fichet, Camille Laurens et Marie Nimier

Cie Ce dont nous sommes faits • 19 rue de l’Évangile • 75018 Paris

Contact : deville.v@aliceadsl.fr

Conception et mise en scène : Virginie Deville

Avec : Virginie Deville, Fosco Perinti, Pascal Renault, Anne de Rocquigny, Isabelle Saudubray, Sophie Torresi, Nathalie Yanoz

Complicité artistique : Isabelle Saudubray

Scénographies : Michel Gueldry, Florence Évrard, Virginie Donnadieu

Construction : Michel Gueldry, Atelier Devineau

Musique originale : Dario Marianelli

Lumières : Véronique Hemberger

Photographies : Mariko

Création olfactive : Jean-Charles Sommerard

Sculpteur : Daniel Cendron

Régie générale : Jérôme Bertin

Maison des métallos • 94, rue Jean-Pierre-Timbaud • 75011 Paris

Réservations : 01 47 00 25 20

reservation@maisondesmetallos.org

Du 21 octobre au 8 novembre 2008 à 21 heures (opus 1 du 21 au 25 octobre 2008 ; opus 2 du 29 octobre au 8 novembre 2008), relâche les 2 et 3 novembre 2008

Durée : 1 h 30

13 € | 9 €

recommander ajouter un commentaire publié dans : Critiques saison 2008-2009 par Les Trois Coups
commentaires (0)   

Vendredi 31 octobre 2008


Lecture au Merle moqueur


Bonjour à tous,

Dimanche prochain 2 novembre 2008


À l’occasion de la Fête des morts et de l’accueil du Mexique au prochain salon du livre


les Dimanches haut-parleurs et La Voie des livres

vous invitent

à une lecture publique

proposée par Christophe Bonzom

à travers deux œuvres d’Antonin Artaud

les Messages révolutionnaires

et les Indiens tarahumaras

écrites lors de son voyage au Mexique en 1936.


Cette lecture débutera à 17 heures (entrée libre) à la librairie du Merle moqueur.


Recueilli par

Les Trois Coups


Le Merle moqueur • 51, rue de Bagnolet • 75020 Paris

01 40 09 08 80

Métro : Alexandre-Dumas

http://www.lemerlemoqueur.fr/

http://www.lemerlemoqueur.fr/La-Fete-des-Morts-au-Mexique-d.html

recommander ajouter un commentaire publié dans : Annonces saison 2008-2009 par Les Trois Coups
commentaires (0)   

Vendredi 31 octobre 2008

 

« K. O. D. » : message codé ?


Isabella Soupart s’empare du « Hamlet » de Shakespeare pour une danse mortelle. Shakespeare, haché menu, doit se retourner, morceau par morceau, dans sa tombe.


Relever la gageure de monter un texte classique aujourd’hui est risqué. Comment raconter une histoire qui appartient au patrimoine culturel collectif tout en réussissant à surprendre le public ? Se réapproprier un texte pour un metteur en scène n’est pas toujours chose aisée : trouver un angle d’analyse personnel, porter un regard neuf pour faire renaître une œuvre, et non la détruire…


K. O. D. est l’occasion de revenir sur cette nouvelle conception de la mise en scène dite contemporaine : phénomène récent, les metteurs en scène explorent comme ils peuvent une méthode de création en rupture avec les traditions du théâtre occidental, et s’attellent à métisser les genres. L’objectif étant de recréer une sorte de langage sensitif. Ces artistes, « dits » révolutionnaires, dynamitent les conventions et créent des œuvres qui provoquent des polémiques. Quoi qu’il en soit, il ne suffit pas d’avoir un message à transmettre, encore faut-il que l’émetteur ait du talent pour le faire.


© Delphine Coterel


La metteuse en scène et chorégraphe Isabella Soupart n’en est apparemment pas à son premier crime. Elle a déjà adapté les Trois Sœurs, Andromaque avant HamletHamlet ?… Finalement, ce sont plus des phrases éparses ou certains thèmes de Hamlet, dont la violence, le pouvoir et la folie, qui l’ont inspirée. Dans un univers contemporain, entre musique rock et danse moderne, on retrouve un Hamlet quelque peu amputé. Selon la chorégraphe, « c’est de la déconstruction du texte et du mouvement que jaillit toute la force du sens », et elle avoue aussi avoir « recréé un langage spécifique non plus créateur de sens mais révélateur de sensations ». Soit. Isabella Soupart a donc voulu créer du sens, sans en créer, et des sensations, sans… y arriver ! Il est normal de s’y perdre. Pour mieux s’écarter du texte de Shakespeare, la chorégraphe l’utilise comme un matériau dans lequel elle s’introduit pour chercher, donc, des sens, des contresens, des rythmes, des syncopes… Mais, en définitive, ce sont les gens du public qui risquent la syncope : puiser à une source miraculeuse pour raconter une histoire n’a jamais rendu une histoire miraculeuse.


Isabella Soupart avoue qu’une de ses grandes préoccupations est de « rendre visible l’invisible », comme disait Peter Brook dans lEspace vide. Seulement, Isabella Soupart n’est pas Peter Brook, et en invitant sur le plateau le théâtre, la danse, la musique et la vidéo, elle a plutôt fait le contraire : rendre le visible invisible, en vernissant, par une « culture » contemporaine fragmentée, le message Shakespearien, sur lequel, avouons-le, toute la promotion du spectacle s’est faite. Eh bien, non ! Assaisonnez quelques éructations, dites shakespeariennes, avec des extraits de chefs-d’œuvre cinématographiques, des vidéos sans intérêt qu’on imagine tout droit extraites d’un documentaire TV sur l’architecture, d’une gestuelle hystérique et de décharges de sons électroniques ne fait pas un chef d’œuvre, loin de là. Fille de cinéaste, Isabella Soupart confie se passionner pour le travail de David Lynch. Oui, bon, et alors ? Pourquoi mettre des extraits entiers de film ? Quel est l’intérêt, encore, de le morceler ? Une œuvre existant dans son entier parle d’elle-même. Si Lynch a quelque chose à dire, il n’a pas besoin d’Isabella Soupart pour le faire !


© Sarah Van Marcke


La metteuse en scène et chorégraphe aurait-elle l’impunité des puissants sans en avoir le talent ? Elle s’approprie le monstre shakespearien et le dépèce bruyamment, s’empare du cœur d’Hamlet et l’émiette sur le plateau du Théâtre national de Chaillot. Isabella Soupart s’inscrit sans doute dans une contemporanéité où la culture télé-zapping est reine. Le summum du ridicule ne résiderait-il pas dans un « You’re talking to me ? » ânonné par le roi, et le summum de l’inconvenance dans un « Être ou ne pas être » bégayé vulgairement par Hamlet ? Isabella Soupart se considère comme une artiste inclassable et peine à trouver des lieux pour donner à entendre son nouveau langage ?… Et si son langage n’en était pas un ? Et si son spectacle people, chic et choc, était tout simplement indigeste ?


Malgré tout, dans cette mise en scène meurtrière, apparaît comme un rayon de soleil à travers les nuages, une grâce : Zoé Poluch, touchante, fragile, drôle, attirante… Dans sa cage de verre, avec ses gestes répétitifs, malades, elle nous révèle une brisure, une fracture ouverte, une plaie béante à vif… Sur son coussin de soie, elle nous séduit… Avec son jeu de jambes, elle nous fait rire. Elle au moins, elle nous emmène jusqu’à son Ophélie, avec une présence et une voix qui bouleversent tous les sens… On trouve aussi, après plus d’une heure de spectacle, un autre moment de grâce : un sublime duo de danse sur un morceau de musique saisissant, couplé à la mélodie d’une voix récitant l’histoire de deux amours tragiques. Frissons et émotions bienvenues… enfin ! On ne peut pas lui enlever ça, à Isabella Soupart, mais ça ne suffit malheureusement pas pour tenir un public en haleine…


Attention tout de même à ceux qui n’aiment pas les spectacles de cette facture : ils risqueraient d’être accusés de snobisme, de ringardise, de conservatisme, ou, pire, d’incapacité à « ressentir les choses dans l’immédiateté de la représentation »… Quelle époque !… Jusqu’où, de nos jours, s’accorde-t-on le droit d’aller pour s’affranchir d’un texte ? Trop loin, semble-t-il ! 


Hélène Merlin

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


K. O. D., conçu, mis en scène et chorégraphié par Isabella Soupart

Librement inspiré de Hamlet de William Shakespeare

Compagnie Isabella-Soupart • Bruxelles

Avec : Bérangère Bodin, Andreas Christau, Charles François, Zoé Poluch, Olivier Taskin, et Filip Wauters

Scénographie : Jim Clayburgh

Dramaturgie : Hildegard de Vuyst

Vidéo : Kurt d’Haeseleer

Son : Marc Doutrepont

Design sonore : Thomas Turine

Lumière : Xavier lauwers

Théâtre national de Chaillot, salle Gémier • 1, place du Trocadéro • 75016 Paris

Renseignements et réservations : 01 53 65 30 00

Du 16 au 23 octobre 2008 à 20 h 30

27,50 € | 21 € | 12 €


recommander ajouter un commentaire publié dans : Critiques saison 2008-2009 par Les Trois Coups
commentaires (0)   

Jeudi 30 octobre 2008

 

Renversant


« La Trilogie Strindberg » présentée au Théâtre de la Bastille par la troupe bulgare Théâtre-Laboratoire Sfumato ne manque pas de revisiter la pièce la plus connue – ou du moins la plus jouée sur les scènes européennes – de cet illustre écrivain scandinave. Je pense bien évidemment à la fameuse « Mademoiselle Julie ».


Il s’agit là en effet d’une des premières pièces d’August Strindberg, qu’il composa en 1888. Cette pièce intime en un acte se joue tout entière dans les parties refoulées d’un château, à l’intérieur de la cuisine. S’inspirant de faits réels et concrets, Strindberg y développe ce sujet universel de la rencontre et de la séparation entre les maîtres et les domestiques, les riches et les pauvres, les dominants et les dominés, les hommes et les femmes.


Certes, une force bouleversante émane de l’écriture même. Mais la proposition de la mise en scène et la direction des comédiens du Laboratoire Sfumato la précisent et la mettent parfaitement en valeur. La metteuse en scène, Margarita Mladenova, par ses choix scéniques et notamment par une réécriture du titre, veut mettre à égalité les trois protagonistes. Ainsi, Mlle Julie (Albena Georgieva) descend dans la cuisine afin de séduire le domestique de son père, Jean (Hristo Petkov), fiancé de Kristine (Miroslava Gogovska), la cuisinière. Une fois l’adultère accompli, la relation dominant-dominé se renversera vertigineusement en dessinant cette condition de l’homme englouti dans l’eau, noyé dans l’existence, n’ayant plus de force ni pour vivre ni pour mourir.


© Simon Varsanopresse


Oscillant entre la fascination et la répulsion, ces deux moteurs contradictoires de leurs actions, les trois personnages de Strindberg se poussent eux-mêmes aux extrêmes de leur être. Et cela jusqu’à la haine, la perversion, la violence. Et en creusant toujours davantage le vide qui les sépare. La cruauté des personnages peints par Strindberg – celui de Mlle Julie, « caractère moderne », qui hait les hommes, et jouit de leur soumission ; celui de Jean, capable de tout pour monter tout en haut de l’échelle sociale ; et de Kristine, fausse dévote qui décharge sur Jésus ses péchés et ses bassesses – trouve à tout moment le reflet juste dans l’interprétation des comédiens.


Plus encore, la performance que nous donne à voir (et à ressentir !) Albena Georgieva (Mlle Julie) est tellement intense que la comédienne elle-même a du mal à quitter son personnage et son état, une fois la représentation finie. Tout comme le spectateur, qui a du mal à ressortir intact de ce spectacle renversant.


Parmi les trois adaptations des pièces de Strindberg par le Laboratoire Sfumato, c’est Julie, Jean et Kristine qui nous offre généreusement la mise en scène la plus intime, la plus proche du spectateur et la plus bouleversante. Et, même si les choix dramaturgiques et scénographiques restent trop naturalistes et n’arrivent pas à se détacher du texte de Strindberg (Mademoiselle Julie ou pièce naturaliste) en recréant littéralement l’intérieur d’une cuisine métallique, encombrée de multiples accessoires à l’utilité plus ou moins douteuse, c’est au spectateur de lire entre les lignes. Et d’y voir un espace abstrait et quasi clinique : un espace glacial où l’eau et le sang ne cessent de bouillir afin de laver la saleté et la bassesse des êtres. 


Maya Saraczyńska

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Julie, Jean et Kristine, d’après Mademoiselle Julie d’August Strindberg

Festival d’automne à Paris

Théâtre-Laboratoire Sfumato • 2, Dimitar Grekov str. • Sofia 1504 • Bulgaria

www.sfumato.info

sfumato@mbox.contact.bg

Adaptation et mise en scène : Margarita Mladenova

Avec : Albena Georgieva, Hristo Petkov, Miroslava Gogovska

Scénographie et costumes : Daniela Oleg Liahova

Lumière : Daniela Oleg Liahova et Margarita Mladenova

Musique : Assen Avramov

Théâtre de la Bastille • 76, rue de La Roquette • 75014 Paris

www.theatre-bastille.com

accueil@theatre-bastille.com

Réservations : 01 43 57 42 14

Du 20 au 26 octobre 2008 à 19 heures, dimanche à 15 heures

Durée : 1 h 30

22 € | 13 €

Tournées :

Festival Passage • du 15 au 17 mai 2009 • Théâtre de la Manufacture • 10, rue Baron-Louis • 54014 Nancy

www.festival-passages.fr

recommander ajouter un commentaire publié dans : Critiques saison 2008-2009 par Les Trois Coups
commentaires (0)   

Jeudi 30 octobre 2008

 

« À fleur de mots »


Neus Vila, de la Compagnie du Sarment, présente sa nouvelle création au Théâtre de l’Opprimé, une expérimentation artistique qui mérite toute l’attention.


La force de la première image prend : trois comédiens se tiennent debout en avant-scène, emballés dans du plastique, sous une chape noire qui couve le mal-être comme un ciel absent. Humaine marchandise en entrepôt, regard posé avec lucidité sur la modernité de l’homme. Une fois libérés de leurs emballages – préservatifs sociaux –, sortis du carcan, ces êtres vont commencer à déverser la parole. Avec limpidité, ils disent, énoncent, des vers blancs, des bribes… des mots qui racontent « nous-mêmes en morceaux ».


Ce spectacle naît de la rencontre entre Neus Vila et le À poème de Joseph Danan. Emmanuelle Rodrigues a ensuite rejoint l’expérience, en composant le texte de Paroles en morceaux, fragments dun chœur. Ce sont donc deux poètes à la sensibilité grande qui font le « système nerveux » de ce spectacle. Deux auteurs, deux œuvres « cartes mères » : BIOS, comme « Basic Input Output System ». Car, effectivement, ce théâtre est celui d’un dépouillement poussé, une recherche de l’essentiel, par la nudité des mots, des êtres, et de la scène. Voici « quelques tentatives » biographiques, au sens premier, puisqu’il s’agit de partager avec le public des écritures de la vie. Dire le vivant, depuis l’intensité du présent qui supporte le fardeau du passé et glisse, vers l’inconnu à venir, en tremblant sagement.


Bios est aussi un dialogue des sons avec les lumières, et deux tables sont en scène, auxquelles deux techniciens, du coup comédiens, complices, sont affectés. La lumière jaillit des projecteurs ou d’une lampe de poche. Ou de néons, qui clignotent au pied du mur, comme des idées chahutant le cerveau, irrégulièrement. Quant à la musique, ce sont les notes de la guitare que l’on gratte en direct, mêlées à des fragments sonores préenregistrés. C’est aussi du bruit qui afflue sous les syllabes, comme le remuement de l’eau au fond d’un seau. Lumières et sons, interlignes des textes, se répondent.



Les comédiens ne jouent presque pas. Mis tout entiers au service du texte, ils laissent la parole à la parole. Ne représentant aucun personnage, ils sont présents simplement, eux-mêmes comme nous-mêmes, sans costume. Ils sont d’abord des voix/es, que l’on suit aisément, belles, et des silhouettes plutôt que des corps : ombres, errant dans ce « brouillard » qui « est notre ciel ». Dans un premier mouvement, c’est l’illisibilité des visages et la clarté des mots qui intriguent. Le temps s’étire, lent, long, comme la vie qui patiente : « Peut-être que c’est un début de néant ». Mais le drap sombre qui recouvre la chape surplombant le plateau, tombe, et devient au sol une pelouse noire, sur laquelle on s’assied, au nouveau soleil : un carré de lumière offre un ciel neuf, qui n’est en effet « pas si haut ». La lumière nous éclaire aussi. Les comédiens distribuent alors la parole à chacun, individuellement, plongeant leurs yeux dans les vôtres : échange intéressant.


Après avoir « dispersé la cendre des paroles », mêlant avec un humour léger poésie et recette de cuisine, c’est dans un souci de partage qu’ils vous convient, autour d’un piano aphone, à boire un bol d’une soupe délicieuse. Pour les allergiques, l’option vin a été créée.


Voilà un jeune théâtre que l’on peut défendre et encourager, d’autant plus qu’il s’expose aux risques d’être incompris. La metteuse en scène, Neus Vila, réfléchit à rebours de la représentation et fait son chemin vers la profondeur, avec intelligence. Elle souffle humblement ses « bulles de sens », qui survolent l’insignifiance de nos existences. Ses « quelques tentatives » sont une pelote lancée… à qui trouvera l’autre bout du « fil à l’intérieur de l’oubli ». 


Emmanuelle Puyt

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Bios (quelques tentatives), de Neus Vila

Compagnie du Sarment • 8, rue du Général-Renault • 75011 Paris

Mise en scène : Neus Vila

Textes : À poème, par Joseph Danan (éditions L’Instant perpétuel, 2006) ; Paroles en morceaux, fragments dun chœur par Emmanuelle Rodrigues (en cours d’édition)

Avec : Cédric Chayrouse, Julien Gauthier, Anne Gerschel, Sylvain Sechet, Neus Vila

Création sonore et musicale : Julien Gauthier

Création lumière : Sylvain Sechet

Scénographie : Xavier Bonillo

Collaboration artistique : Joseph Danan

Théâtre de l’Opprimé • 78-80, rue du Charolais • 75012 Paris

Du 21 octobre au 16 novembre 2008, du mardi au samedi à 20 h 30, le dimanche à 17 heures

Réservations : 01 43 40 44 44

Durée : 1 heure

16 € | 12 €

recommander ajouter un commentaire publié dans : Critiques saison 2008-2009 par Les Trois Coups
commentaires (0)   

Recommander sur Facebook

Partager sur Facebook

Recherche

Profil

Livre d’or

« Depuis notre débat sur le Off d’Avignon, j’ai eu l’occasion de “lire” votre site critique, et j’en ai été très heureux. Parce que j’apprends des choses dont les médias parisiens ne m’informent pas et parce que les critiques sont de bonne qualité. Continuez bien ! Tous mes vœux à vous et aux “Trois Coups” ! Amicalement. » Gilles Costaz, critique dramatique à “Paris-Match”, “les Échos”, “Politis”, “le Magazine littéraire”, “l’Avant-scène Théâtre”…


« Nous tenions à vous dire bravo, nous applaudissons des deux mains, votre site est admirablement bien fait. Vous (toute l’équipe) aimez le théâtre et vous savez faire partager votre passion… » Marie-Céline Nivière et Dimitri Denorme, “Pariscope”, rubrique « Théâtre »


« “Les Trois Coups”, c’est une pépinière de critiques. Ils sont acteurs, étudiants […], tous raides amoureux de théâtre. Une quarantaine à aller au théâtre et à écrire sur les spectacles. » Jean-Pierre Thibaudat, “Rue 89”, blog “Balagan”

Lire la suite…

Recommander ce site

Cliquez ici pour recommander ce blog

Nous sommes référencés ici :

Calendrier

Octobre 2008
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>

W3C

  • Flux RSS des articles
Contact - C.G.U. - Signaler un abus