Mardi 30 septembre 2008

 

Naufrage


C’est dans l’intimité de l’Aktéon Théâtre à Paris que la Cie La Plume à l’oreille, fondée par Géraldine Navel, a choisi de faire ses débuts avec une toute première création, joliment baptisée « Nouvelle au bord de mer ». Malheureusement, si le titre intrigue, ce n’est pas le cas de la pièce, mal écrite, ennuyeuse et sans trame réelle, qui semble finalement n’être que prétexte à jouer pour Géraldine Navel. Il est donc difficile, malgré la jeunesse de la troupe, de pardonner un tel amateurisme à une auteure et comédienne – principale, cela va sans dire – au narcissisme si affiché.


Un village breton, au bord de la Côte de Granit rose. Dans la pénombre d’une cabane de pêcheur, une jeune femme en petite tenue nettoie le sol avec une serpillière, et captive ainsi l’attention du public qui prend place dans le plus grand silence. Cette jeune femme sexy, c’est Éloïse. D’origine italienne, elle a tiré un trait sur son passé, dont nous ne saurons rien, pour s’installer avec Yvon, pêcheur émérite et fils prodige du village. Mais Loïc, le meilleur ami d’Yvon, est lui aussi amoureux d’Éloïse et tente de s’attirer ses faveurs, au grand désespoir de Marianne, jeune Bretonne éperdument amoureuse de lui. Lorsque Yvon meurt brutalement en mer, les trois amis, hantés en permanence par le souvenir du mort, voient leurs relations se détériorer.


La pièce, censée aborder à la fois les thèmes de l’amitié, du désir, de l’amour – frivole ou contrarié – et de la mort, ne parvient pourtant pas à toucher son public. Car, si la nouvelle convient parfaitement à la mise en scène de la complexité des sentiments qui accompagnent la perte d’un être cher, sa forme courte requiert en revanche une grande précision dans l’écriture et une mise en exergue permanente du thème central. Nouvelle au bord de mer pèche sur ce point crucial, en accordant davantage d’importance au caractère peu farouche du personnage d’Éloïse qu’au décès d’Yvon, voulu si mystérieux qu’il ne suscite bientôt plus l’intérêt. À cet égard, Adrien Joly se révèle hélas aussi transparent que le rôle du mort qu’il incarne. Et ses nombreuses apparitions, dans une lumière bleutée presque surnaturelle, finissent par semer le doute dans l’esprit du spectateur, qui se demande si tous les personnages ne sont pas morts. Les rôles de Loïc et de Marianne semblent également n’avoir été créés que pour donner la réplique au personnage d’Éloïse, incarné par Géraldine Navel. En tout cas, si Benjamin Polounovsky parvient à se distinguer par une présence scénique indéniable, ce n’est pas le cas de Caroline Pierret, insipide et effacée dans son rôle de faire-valoir.


Car il s’agit surtout pour Géraldine Navel d’écrire et d’incarner le rôle de ses rêves, celui d’une allumeuse prise au sens propre comme au sens figuré sous le désir de deux hommes, au détriment du texte et des autres comédiens, relégués au second plan. Ces derniers débitent en effet une heure durant des banalités affligeantes dignes d’une mauvaise série télévisée, face à une Éloïse à la fois charmeuse et hystérique qui crie, pleure, gesticule, et semble s’inquiéter plus de plaire au public par des jeux de jambes sur une musique paraissant tout droit sortie d’un film X que de la mort de celui qu’elle aime. Lorsque celui-ci décède, elle sombre dans l’alcoolisme, sur les conseils de Cyril Drouet, son ami et metteur en scène : « À la lecture et certainement en partie à cause de ma vie personnelle, la notion d’alcoolisme m’a semblé très importante voire indispensable à la compréhension du personnage d’Éloïse ».


En effet, rien de tel que la vodka pour illustrer l’ivresse d’elle-même dans laquelle évolue la comédienne, qui, après avoir jeté comme une bouteille à la mer une citation de Renaud (« C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme »), répète comme une litanie un poème de son cru pour masquer la pauvreté du texte : « Ton souffle est le vent qui joue dans mes cheveux, / Ton épaule est mon pays où je passerai le reste de mon existence / Mon cou, ta route vers le plaisir / Que serait cette enivrante envie de jouissance sans pouvoir admirer cette courbure que seul un luthier sait caresser amoureusement ».


Lorsque sonne enfin l’heure de l’amarrage, un grand silence gêné s’empare de la salle, et ce n’est qu’après deux saluts terrifiés de la compagnie que le public se décide à applaudir, motivé par un sentiment de pitié inspiré par le visage déconfit des quatre comédiens. 


Johana Boudoux

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Nouvelle au bord de mer, de Géraldine Navel

Cie La Plume à l’oreille

plumealoreille@gmail.com

Mise en scène : Cyril Drouet

Avec : Géraldine Navel, Caroline Pierret, Adrien Joly et Benjamin Polounovsky

Aktéon Théâtre • 11, rue du Général-Blaise • 75011 Paris

Réservations : 04 90 82 40 57

www.akteon.fr

Métro : Saint-Ambroise (ligne 9)

Du 17 septembre au 11 octobre 2008, du mercredi au samedi à 20 heures, relâche le 27 septembre 2008

Durée : 1 h 5

16 € | 10 €

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Mardi 30 septembre 2008


Saison 2008-2009


10, 11, 12 octobre 2008 à 19 heures

Lire en fête

La Prochaine Fois que je viendrai au monde

Poèmes lus et mis en espace par Mauricette Touyéras et Michel Bruzat

Aragon, Michaux, Jouve, Apollinaire, Pessoa, Cendrars, Maïakovski, Brecht, Desnos, Primo Levi, Neruda, Beckett, Heiner Müller, Pichette, Pasolini

« Il n’y a pas de poème en soi mais en toi en moi. »

Octavio Paz

Je me souviens : dans mon enfance notre village était couleur de lune.

Quand il se réveillait, il mettait une chaise sur ses épaules pour que le soleil puisse s’asseoir. »

Adonis

Traduit du syrien par Claude Esteban

Entrée Libre


23, 24, 25 octobre 2008 à 20 h 30

Dimanche 26 à 18 heures

Accueil

Productions de l’Onde, en collaboration avec le Théâtre de la Passerelle

Dans ce monde poutt poutt, d’Edgar Bori

Un portrait engagé et sensible d’une chanson cabaret théâtre cirque. Une invitation à découvrir par le trou de la serrure la parole en lumière, l’humain temps du moderne, le bonheur à portée d’écoute. Un spectacle rencontre sous les étoiles.

… Parmi les grands auteurs-compositeurs québécois, il y a eu Félix Leclerc, Richard Desjardins et aujourd’hui il y a Edgar Bori.

Jean-Louis Foulquier, France-Inter | émission « TTC »

Depuis Félix Leclerc, chaque génération de chanteurs québécois a révélé son lot d’auteurs-compositeurs de grand talent : Vigneault, Charlebois, Rivard. Le petit dernier de cette belle famille, dont les chansons parviennent aujourd’hui à nos oreilles françaises, s’appelle Edgar Bori.

Michel Troadec, Ouest France

En spectacle, Bori est une révélation. Cet homme est un trésor national d’utilité publique, et tout le monde devrait recevoir gratuitement un billet par la poste pour assister à son spectacle.

Michel Bélair, le Devoir


Jeudi 6 novembre au samedi 8 novembre 2008 à 20 h 30

Dimanche 9 novembre 2008 à 18 heures

Jongleries, de Dario Fo

Frédéric Périgaud et Fabrice Richert

Mise en scène et scénographie : Michel Bruzat

« Ohé… les gens… Venez ici, c’est le jongleur ! Le jongleur, c’est moi… qui fais des sauts et qui cabriole et qui… oh…, je vous fais rire, car je me moque des grands et je vous fais voir comme elles sont enflées et gonflées les baudruches, qui partout s’en vont en guerre et je les remets à leur place, je leur enlève leur bouchon et… pff, elles se dégonflent. Venez ici car c’est l’heure et le lieu que je fasse la paillasse pour vous tous, que je vous apprenne quelque chose, venez… venez… je fais des sauts, je fais des chansons, je fais des jeux ! Regardez ma langue comme elle tourne ! Ah… ah elle est coupante comme un couteau… tâchez voir de vous en souvenir… Mais moi je n’ai pas toujours été comme je suis… et voilà ce que je veux vous raconter : comment je suis né. Parce que je ne suis pas né jongleur, je ne suis pas venu du ciel tout d’un coup et hop ! J’arrive : "Bonjour, bonsoir". Non ! Je suis l’enfant d’un miracle, moi ! Un miracle a eu lieu sur moi ! »

Dario Fo


Vendredi 14 et samedi 15 novembre 2008 à 20 h 30

Accueil

Le Beau Claude

Concert pour voix et piano

En coréalisation avec La Corde verte

Chant : Le Beau Claude

Piano : Franck Roncière

Les chansons qu’écrit Le Beau Claude (Claude Gélébart) reflètent le regard qu’il pose sur la vie : ses rencontres, ses amours, parfois bleues, parfois grises, amour humour, mélancolie, délectation devant les rondeurs et les beaux yeux des garçons…

Le Beau Claude parle des choses graves sans tristesse, sur le fil du swing, avec cœur pour mieux nous les offrir.

1er album : Changement de propriétaire (coproduction avec Les Mains dans la tête)

www.myspace.com/lebeauclaude


18, 19, 20 novembre 2008 à 20 h 30

Graine dananar, de Gaston Couté

Avec : Fabrice Richert

Pour Fabrice, à tous les traîneux, les écorchés, à tous ceux que l’on n’entend jamais.

Ch’mins d’enfance, ch’mins d’jeunesse, ch’mins d’fête, ch’mins d’travers, mauvais ch’mins, ch’mins d’misère, ch’mins d’vie…

Des textes pour la bouche, tendres et révoltés, qui disent les duretés et les joies de la vie des petites gens avec violence, tendresse, haine, humour, amour, mais surtout humanité.

Parce que, c’est toujours « Les gros chiens qui mang’nt les p’tits »,

Parce qu’il n’est dans aucune anthologie de poésie.

Parce qu’il est le père de tous les Brassens.

Parce que c’est un « Gâs qu’a mal tourné ».

Gaston Couté (1880-1911)


Samedi 22 et dimanche 23 novembre 2008 à 15 h et 18 h 30

Accueil

Spectacle présenté dans le cadre du festival « Scène pour la marmaille »

Sacré silence, de Philippe Dorin (éditions L’École des loisirs)

(Cie Jour après jour)

Avec : Valérie Moreau et Alexandra Courquet

Mise en scène : Jean-Paul Daniel

Lumières : Émilie Barrier

Jeune public

Fracas, ramdam, pétarade !

Au milieu du désert, Lumpe vend tous les sons à qui veut les entendre. Tantôt moqueuse, tantôt bienveillante, Écho fait son boulot… d’écho. Déroutée par l’attitude de ce drôle de personnage, Lumpe va tout essayer : le dialogue, le mépris, la séduction, la violence, la fuite…

Ce Sacré silence de la Cie Jour après jour nous fait la promesse d’une rencontre avec deux clowns poètes, étranges, qui parlent face à l’infini pour ne pas disparaître. Ils jouent, se piègent, se moquent, se mesurent… font connaissance. C’est un spectacle à multiples facettes, sérieux et ludique à la fois, dans lequel le spectateur, du plus petit au plus grand, peut inventer son histoire.

Spectacle présenté dans le cadre du festival Scène pour la marmaille (organisation Cie O’Navio Théâtre)

Tout le programme sur www.onavio.com

Tarifs : 10 euros, 8 euros, 6 euros

Réservations : 05 55 30 70 32


Mercredi 26 novembre au samedi 29 novembre 2008 à 20 h 30

Everybody Hurts

Une création du Davaï Collectif

Interprétation et mise en scène : Julie Kerbage et Thomas Dardenne

Nous avons à faire ici à deux personnalités tout à fait troublantes. D’un côté, Pompon, artiste torturé, tragédien hors norme, gentleman irrésistible ; de l’autre, Poucine, so pretty, femme fatale, la nouvelle Callas. Poucine et Pompon mènent une véritable guerre, infiniment cruelle et complexe, une guerre de séduction. Les enjeux sont multiples et tous les coups sont permis. Si Pompon doit avant tout gagner son public avec les arguments formidables qui sont les siens - sa diction parfaite quand il interprète Rodrigue, ses arpèges virtuoses à la guitare -, il doit aussi garder un œil sur la féline Poucine, stratège génial, qui entend placer ses billes et gagner elle aussi son public, ainsi que son Pompon, dont elle est amoureuse.

Voilà un subtil sac de nœuds, à l’intérieur duquel nos deux tendres cœurs vont se battre et se débattre avec une dignité rare. Le dénouement, chers amis, est inouï !

Accueil

À partir de 10 ans


Vendredi 5 au samedi 6 décembre 2008 à 20 h 30

Dimanche 7 décembre 2008 à 18 heures

Pippo Delbono

Avec : Frédéric Périgaud

Mise en scène et scénographie : Michel Bruzat

Acteur, metteur en scène, Pippo Delbono, né en 1959 en Italie, façonne des spectacles uniques travaillant sur la présence physique de l’acteur aux frontières du théâtre, de la danse et des traditions asiatiques. Il fonde sa compagnie en 1987 et tourne depuis ses nombreux spectacles, de Il Tempo degli assassini à Questo buio feroce. Depuis sa découverte au Festival d’Avignon en 2002, le Théâtre du Rond-Point lui a consacré deux festivals.

Mon coup de cœur pour Frédéric

Création


Mardi 9 décembre au samedi 13 décembre 2008 à 20 h 30

La Nuit juste avant les forêts, de Bernard-Marie Koltès

Avec : Yann Karaquillo

Mise en scène, scénographie : Michel Bruzat

Lumières : Franck Roncière

Costumes : Dolorès Alvez-Bruzat

Construction décor : Frédéric Roncière

Sculptures : Marc Petit

« Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni regards ni patience »

René Char


Mardi 23 décembre au mercredi 31 décembre à 20 h 30

Dimanche 28 décembre 2008 à 18 h

Relâche les mercredi 24, jeudi 25, lundi 29 décembre 2008

Une nuit damour plus quun jour de gloire, de Gaston Couté

Avec : Dominique Desmons

Mise en scène, scénographie : Michel Bruzat

Musiques : Dominique Desmons, Éric Durand

Piano : Catherine Pourieux

Lumières : Franck Roncière

Construction décor : Frédéric Roncière

Création costumes : Dolorès Alvez-Bruzat

Réalisation costumes : Catherine Marteau

Gaston Couté (1880-1911)

Textes édités en 1928

Le Vent du ch’min, éditeur ; Les Éditions llibertaires ; Christian Pirot, éditeur

Des chansons et des textes tendres et révoltés, qui disent les tourments et les joies des petites gens, avec la violence, la tendresse et la haine, l’humour et l’amour que vit l’humanité.

Prudent de réserver : une seule séance le 31 décembre 2008

Reprise - Succès au Off d’Avignon

Voir la critique de Vincent Cambier pour les Trois Coups


Mardi 3 février 2009 au samedi 14 février 2009 à 20 h 30

Dimanche 8 février 2009 à 18 heures

Relâche lundi 9 février 2009

LIdiot, dernière nuit, de Dostoïevski

Avec : Arnaud Chéron, Yann Karaquillo, Marie Thomas

Adaptation : Zéno Bianu

Mise en scène et scénographie : Michel Bruzat

Lumières : Franck Roncière

Costumes : Dolorès Alvez

C’est la nuit.

Une lumière en chien de fusil, recroquevillée. Cette nuit-là, Mychkine a fait irruption chez son ami Rogojine, son « frère des ténèbres ». Et sans cesse il lui pose la même question, qui tourne comme un leitmotiv : « Nastassia Filippovna est-elle chez toi ? ». Or Mychkine l’ignore, quoiqu’il le pressente, le crime est déjà accompli : Rogojine a poignardé Nastassia.

Zéno Bianu a composé un huis clos singulier et fiévreux, un rituel de haute turbulence où une seule minute peut cristalliser une infinité de temps, cherchant à suivre au plus près la forte injonction de Genet : une représentation qui n’agirait pas sur mon âme est vaine.

« Toute la planète est mensonge, bâtie sur le mensonge et la raillerie stupide ; les lois mêmes de la planète sont le mensonge et le vaudeville du diable. »

Dostoïevski

Notre monde tout entier est un feu. Et dans cet incendie flambent toutes les décorations et tous les fards de la pensée de façade, dévoilant la pensée qui est au dessous.


Jeudi 19 mars au samedi 21 mars 2009 à 20 h 30

Dimanche 22 mars 2009 à 18 heures

Novembre, duo Philippe Lars (guitare voix) Sébastien Debard (accordéon)

Philippe et Sébastien se sont rencontrés durant l’été 2004.

Un premier spectacle est créé à La Passerelle : lUrgence en 2005.

Après de nombreuses tournées, en mars 2009, ils créent un nouveau spectacle de chansons : Novembre.

Un accordéon jazz dans les mains, Sébastien suit le fil de la voix de Philippe.

La magie opère. Ces deux hommes se connaissent par cœur.

Il ne fait pas froid et c’est novembre.

Bien sûr, l’humour, féroce ou tendre. Bien sûr, les histoires d’amour et les réunions de famille.

Les deux frères de scène seront accompagnés du regard de Michel Bruzat et mis en lumière par Jean-Philippe Villaret

www.philippelars.com

www.myspace.com/philippelars


Mardi 7 avril au samedi 11 avril 2009 à 20 h 30

LEnseigneur, de Jean-Pierre Dopagne

Avec : Flavie Avargues

Mise en scène : Michel Bruzat

Immense succès au Off d’Avignon

Tournées nationales et internationales

Le personnage de lEnseigneur a été conçu comme un rôle masculin.

Toutefois, en raison de la pertinence de l’approche dramaturgique et de la qualité du spectacle, l’auteur a autorisé la version féminine du Théâtre de la Passerelle, à titre tout à fait exceptionnel, exclusivement dans l’interprétation de Flavie Avargues et la mise en scène de Michel Bruzat.

Texte publié en 1994 aux éditions Lansman • 63, rue Royale B • 7141 Carnières • Morlanwelz • Belgique

Une société qui n’enseigne pas est une société qui ne s’aime pas, qui ne s’estime pas; tel est précisément le cas de la société moderne. Il faut que l’école existe, que les professeurs puissent redevenir des professeurs. Je souhaite que ce travail atteigne tous les spectateurs à bout portant. Une immense majorité de professeurs et d’élèves se reconnaîtra dans cette histoire.

Un plaidoyer qui dit le quotidien d’un métier bafoué, le tragique isolement du professeur, sa sidérante solitude qui conduit à la résignation. Il est devenu au fil des années de plus en plus difficile d’enseigner ; cela, les enseignants l’éprouvent, le vivent jour après jour, heure après heure, classe après classe.

Le malaise enseignant peut devenir demain la révolte enseignante. Ce ne sont pas les professeurs qui s’absentent mais l’école, où ils avaient leur place, leur rôle, pour ne pas dire leur mission, qui s’est absentée d’eux, parce que notre société n’en veut plus. Ce qui est remarquable, ce n’est pas que quelques professeurs soient absents parce qu’ils tombent malades, c’est qu’ils ne soient pas tous tombés malades. Et c’est le professeur que je suis qui parle.

« Ils n’écoutent plus » dit-on ; ce que veut un élève en tant qu’élève, c’est précisément écouter un professeur, entendre et recevoir un enseignement digne de ce nom. Lorsque je me replonge dans mes souvenirs d’élève, les moments les plus lumineux de ces années sont ceux où j’avais devant moi un professeur comme Joseph Rouffanche, comme M. Poublanc, M. Weber. Je ne voulais pas autre chose qu’écouter, entendre et recevoir leur enseignement. Ce ne sont pas les élèves qui ont changé. Ce qui a changé c’est qu’il n’y a plus d’élèves dans une société de l’immédiateté, du « fast-food » où l’apprentissage et la connaissance, nourritures indispensables à l’humain ont été dévalués, bazardés au profit de la superficialité, de la facilité. Or, l’apparence, le matérialisme n’ont jamais nourri aucun être en devenir. On a cultivé l’uniformité, la conformité au détriment de la créativité, la passivité sans pensée au détriment du plaisir de l’exploration et de la découverte.

Le niveau des élèves baisse, mais c’est parce qu’ils ont été empêchés de devenir des élèves qu’on leur a enlevé toute possibilité d’élever leur niveau, de s’élever. La mission de les conduire à penser par eux-mêmes se perd en route. Aujourd’hui, les professeurs enseignent à des élèves recroquevillés sur le totem narcissique et pathétique de leurs téléphones portables.

Être professeur n’est-il plus un métier, une profession ?

Demain, les professionnels de l’enseignement ne sauront rien, mais ils sauront enseigner et leurs élèves n’apprendront rien, mais ils l’auront appris. On arrive en fin de scolarité sans savoir lire et écrire !

Le professeur doit continuer d’être celui qui s’efforce d’amener ces élèves à accomplir un effort. Il faut désormais passer son temps à exiger des élèves une attention qu’ils n’ont plus aucune raison d’accorder, plus exactement, il faut maintenant demander aux élèves la permission de leur apprendre quelque chose.

Nous avons purement et simplement renoncé à voir dans l’enfant, l’homme qu’il doit devenir. Un professeur doit être la hache qui brise la mer gelée autour de nous, dans une société qui donne l’impression d’avancer très vite, et voudrait faire l’économie de ce qui nécessite au contraire du temps, beaucoup de temps : la maturation d’un être, de sa pensée, de sa personnalité.

Le théâtre existe pour ouvrir des questions. Jamais le monde n’a eu autant besoin de lui.

Le théâtre est une forme d’art qui a la vertu particulière d’être inséparable de la communauté.

Cette femme enseigneur est la sœur d’Antigone.

Et puis j’aime Flavie, elle brûle, elle est incandescente.

« Scintiller et mourir » Schiller

Michel Bruzat

Voir la critique d’Olivier Pansieri pour les Trois Coups


Mardi 12 mai au samedi 16 mai 2009 à 20 h 30

Accueil

Les Folles Bergères (Marie Françoise Rabetaud et Catherine Pourieux) présentent leur nouveau récital Chansons biodégradantes

Comme le suggère le titre insolite de ce récital, la « biodégradation » équivaut ici au processus selon lequel certaines composantes économiques, politiques, sentimentalo-bien-pensantes (ou senties-menthe-à l’eau bien pesantes, comme aurait dit Bobby Lapointe) de notre société sont détruites par des organismes bien vivants, à savoir des chansons. Effet pernicieux garanti ! C’est la victoire des rythmes, des mélodies, des mots et des sourires et surtout de l’imagination sur « les consensus mous ».

Un agréable frisson vous fait sortir de l’engourdissement, un grain de folie détraque la raison, quelques traits d’absurde démontent la froide logique et le sempiternel bon sens, un souffle d’émotion ou d’érotisme bat en brèche la sagesse et la pruderie. Mais la dérision n’empêche pas la lucidité, au contraire. Car c’est bien de notre monde qu’il s’agit, mais vu ou vécu… autrement.


Recueilli par

Les Trois Coups


Théâtre de la Passerelle • 5, rue du Général-du-Bessol • 87100 Limoges

Réservations : 05 55 79 26 49

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Lundi 29 septembre 2008

 

Quel plaisir !


Le Théâtre Hébertot accueille pour la période de quatre mois un spectacle comique et généreux, « Clérambard », avec – en rôle-titre – Jean-Marie Bigard, dont l’énergie époustouflante est renforcée ici par le jeu dynamique d’une troupe de comédiens exquis.


Initiateur du projet, Nicolas Briançon, signe ici une mise en scène minutieuse, à mi-chemin entre une adaptation scénique du texte et une véritable chorégraphie. Il nous fait redécouvrir ainsi cette pièce de Marcel Aymé, rarement jouée de nos jours. Et puis, il réussit à souder un groupe de comédiens comme on en voit rarement prendre autant de plaisir sur scène à donner vie à leur personnage. La force et la générosité des acteurs sont portées jusqu’aux derniers rangs du théâtre dans un partage de l’énergie et du rire hors norme. Et cela avec chacun des spectateurs.


L’humour et le comique émanant du texte même sont alors admirablement exploités et mis en œuvre par cette troupe dynamique et enthousiasmée. Elle arrive ainsi à créer un spectacle étrangement transcendant, où la notion d’enthousiasme retrouve son sens étymologique d’un être humain habité par la présence divine, dans un joyeux éloge de la charité et une satire mordante de l’Église.



Or donc, Clérambard, comte ruiné, se complaît dans une cruauté gratuite en martyrisant sa famille et en assassinant par plaisir… jusqu’au jour où le miracle de l’apparition de saint François d’Assise le transforme en homme pieux et en protecteur d’animaux et… de filles de joie. Certes, le propos reste léger, mais l’écriture agile de Marcel Aymé permet véritablement de mettre en valeur le jeu de tous les comédiens.


Jean-Marie Bigard, sans monopoliser la scène, incarne alors un Clérambard fou et passionné, passant habilement d’un extrême à l’autre. De leur côté, Véronique Boulanger (son épouse) et Hélène Surgère (la belle-mère) personnifient admirablement le contrepoids raisonné à la folie du comte égaré. Nicolas Biaud-Mauduit, lui, crée délicieusement le personnage du fils arriéré sous le joug de son père, et qui ne songe qu’à la belle Langouste (Sophie Tellier)…


Même si l’intrigue de la pièce semble assez frivole, les choix dramaturgiques et scénographiques de Nicolas Briançon, ainsi que l’interprétation ne manquent à aucun moment de justesse. Tous les éléments sont donc réunis pour offrir aux spectateurs une très agréable soirée. Que demander de plus ? 


Maya Saraczynska

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Clérambard, de Marcel Aymé

Mise en scène : Nicolas Briançon

Avec : Véronique Boulanger, Nicolas Biaud-Mauduit, Fabienne Chaudat, Jean-Marie Bigard, Maurine Nicot, Hélène Surgère, Maud Heywang, Dominique Daguier, Philippe Uchan, Thibaud Lacour, Sophie Tellier, Jean-François Guillet, Lola Marois

Théâtre Hébertot • 78 bis, boulevard des Batignolles • 75017 Paris

Réservations : 01 43 87 23 23

http://www.theatrehebertot.com

Du 16 septembre 2008 au 17 janvier 2009, du mardi au vendredi à 20 h 30, samedi à 16 heures et 20 h 30 ; relâche dimanche et lundi

Durée : 2 h 10

65 € | 50 € | 45 € | 39 € | 19 € (moins de 26 ans 10 € du mardi au jeudi inclus)

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Dimanche 28 septembre 2008

 

La gaie déprime


Difficile, pourrait-on croire, de s’enthousiasmer sur l’histoire d’un dépressif au milieu d’une société moribonde qui s’ennuie. Et pourtant quand on convoque pour la raconter autant de talent, force est de s’enthousiasmer. Car texte, mise en scène, comédiens, décor, costumes, lumières, ambiance : tout conspire au pur plaisir de théâtre.


Lorsque le médecin Lvov annonce à Ivanov que sa femme, Anna, est atteinte de la tuberculose et qu’elle a besoin de faire une cure en Crimée, celui-ci marmonne qu’il y faut des moyens, esquive, et part chez Lebedev. Jadis gentil, fougueux et brillant, rompu à l’exercice de l’économie moderne, le voici sans le sou, angoissé, sans amour, malheureux sans comprendre pourquoi.


Tchekhov sait en maître dépeindre la maladie impénétrable dont Ivanov est atteint. Dépression, ennui, ou mélancolie, quel que soit le nom qu’on lui donne, elle est impossible à regarder, encore moins à aimer. La donner à voir sur une scène de théâtre relève de la folie pure. Or on la regarde ici avec délectation. Et cet Ivanov apathique, pris dans la critique mordante d’une société veule et cupide, l’auteur nous le fait tour à tour aimer, mépriser, admirer ou plaindre. Son moral dégringole, mais comme le souligne Philippe Adrien, « rien n’est plus drôle qu’une chute ».


Et la grande force de cette mise en scène est de n’avoir pas rangé cet homme dans une case, nous permettant de le suivre dans toutes ses nuances. Elle n’est pas non plus, comme d’autres l’auraient créée, axée sur lui, ou sur une interprétation littéraire, qui gommerait tout ce que l’écriture de Tchekhov, puisée au cœur même de la vie quotidienne, a d’organique. Car c’est véritablement la vitalité de ce spectacle qui étonne, émeut et marque. Tous les personnages débordent d’eux-mêmes, pétris dans un caractère affirmé, tout entiers de chair. On ressent leur appétit de changement, leur humour, et la vodka dans leur sang. Et tous les comédiens, à égalité, savent leur donner du souffle et de l’humeur.


Si un certain réalisme est installé au premier acte, et de manière générale dans la maison d’Ivanov, ce temple de l’ennui et du banal, la mise en scène ne craint pas de jouer avec et de s’en écarter avec bonheur, pour créer des images, frappantes de justesse et de vigueur. À témoin : l’ouverture du deuxième acte, dans un ralenti gris et enfumé, masques de singe au museau des joueurs de cartes, et l’arrivée de la jeune Sacha (Alexandrine Serre, superbe), toute de rouge vêtue, dansante et bondissante.


Philippe Adrien et Vladimir Ant, un an après la Mouette, elle aussi éblouissante, signent là leur deuxième collaboration. La langue qu’ils prêtent à ces versions françaises de Tchekhov est pour beaucoup dans la réussite des spectacles. Vivante, riche quoique sans maniérisme, elle joue sur les registres pour offrir aux comédiens une matière raffinée, et à l’auditeur de l’humour et de l’esprit sans fioritures. Est-elle fidèle au texte original ? Sans aucun doute, puisqu’on l’aime. 


Hervé Charton

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Ivanov, d’Anton Tchekhov

ARRT/Philippe Adrien • Cartoucherie • Théâtre de la Tempête • route du Champ-de-Manœuvre • 75012 Paris

01 43 65 66 54

arrt@la-tempete.fr

www.arrt.fr

Texte français de Philippe Adrien et Vladimir Ant

Mise en scène : Philippe Adrien

Avec : Scali Delpeyrat, Florence Janas, Thomas Derichebourg, Jean-Pol Dubois, Étienne Bierry, Lisa Wurmser, Alexandrine Serre, Olivier Constant, Jana Bittnerova, Julien Villa, Vladimir Ant, et la participation d’Émilie Lechevalier

Décor : Jean Haas

Lumières : Pascal Sautelet, assisté de Maëlle Payonne

Musique et son : Stéphanie Gibert

Sculptures et pantins : Elena Ant

Maquillages : Faustine-Léa Violleau

Costumes : Hanna Sjödin

Mouvement : Sophie Mayer

Collaboration artistique : Clément Poirée

Direction technique : Martine Belloc

Théâtre de la Tempête • la Cartoucherie • route du Champ-de-Manœuvre • 75012 Paris

theatre@la-tempete.fr

http://www.la-tempete.fr

Réservations : 01 43 28 36 36 ou en ligne www.la-tempete.fr

Du 23 septembre au 9 novembre 2008, du mardi au samedi à 20 heures, dimanche à 16 heures

Durée : 2 h 15

18 € | 13 € | 10 € | 9 €

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Dimanche 28 septembre 2008


Théâtre Golovine

Saison 2008-2009



Recueilli par

Les Trois Coups


Théâtre Golovine • 1 bis, rue Sainte-Catherine • 84000 Avignon

04 90 86 01 27

www.theatre-golovine.com

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« Depuis notre débat sur le Off d’Avignon, j’ai eu l’occasion de “lire” votre site critique, et j’en ai été très heureux. Parce que j’apprends des choses dont les médias parisiens ne m’informent pas et parce que les critiques sont de bonne qualité. Continuez bien ! Tous mes vœux à vous et aux “Trois Coups” ! Amicalement. » Gilles Costaz, critique dramatique à “Paris-Match”, “les Échos”, “Politis”, “le Magazine littéraire”, “l’Avant-scène Théâtre”…


« Nous tenions à vous dire bravo, nous applaudissons des deux mains, votre site est admirablement bien fait. Vous (toute l’équipe) aimez le théâtre et vous savez faire partager votre passion… » Marie-Céline Nivière et Dimitri Denorme, “Pariscope”, rubrique « Théâtre »


« “Les Trois Coups”, c’est une pépinière de critiques. Ils sont acteurs, étudiants […], tous raides amoureux de théâtre. Une quarantaine à aller au théâtre et à écrire sur les spectacles. » Jean-Pierre Thibaudat, “Rue 89”, blog “Balagan”

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