Fausses pistes
Je me faisais une joie de retrouver cette formidable épopée écrite par Cervantes, que Jacques Brel dans « l’Homme de la Mancha », avait incarné magnifiquement.
J’attendais avec impatience et intérêt ce que Philippe Adrien, homme engagé, ferait de cette formidable matière, saga politique, sociale, théâtrale et poétique, tout en me demandant comment il
allait empoigner ce Don Quichotte, homme idéaliste, malheureux, maladroit, prêt à tout pour sa belle, sourd et aveugle à ce qui l’entoure, tyran, paranoïaque magnifique, héros ou antihéros,
dictateur, victime, fou ?…
Mais je n’ai pas compris cette façon de présenter l’histoire. Doutant même de ma propre faculté d’analyse, j’ai lu avidement ensuite les explications des uns et des autres pour étayer mon point
de vue autrement… sans avancer pour autant.
J’aurai tellement préféré ne pas être d’accord du tout, ou l’être carrément, mais rien n’est pire que cette impression d’être exclue d’une pensée ou d’un imaginaire. Malgré mes efforts, pendant
deux heures et quart, je suis restée sans éprouver le moindre élan. Je me posais des questions visiblement partagées par quelques voisin(e)s à voix basse. Malgré le talent et les moyens donnés à
cette mise en scène, les comédiens, la vidéo, les images, aucun point de vue ne semble s’échapper de cette place, où s’agitent, s’entrechoquent et s’annulent les nombreuses directions amorcées.
Si l’histoire de Don Quichotte sert de reflet au monde actuel comme l’annoncent les commentaires des faux SDF projetés sur l’écran au début du spectacle, pourquoi ceux-ci ne continuent-ils pas à
commenter ce qui arrive par la suite ?
Si on décide que l’histoire de Sancho est au moins aussi importante que celle de son maître, pourquoi oublier celui-ci en cours de route, comme par lassitude ?
Si l’on voit Don Quichotte dès le départ dépouillé de toute humanité ou de tendresse, si on montre ce personnage traité uniquement sur le mode de la farce, et de la dérision, comment le
comprendre alors dans sa folie, amoureux ou désespéré ?
Malgré les trouvailles, les couples jumeaux de Don Quichotte et Sancho Pansa , la belle installation technique et le vrai talent des interprètes, le travail évident, on éprouve de l’ennui, ce qui
est le comble, à voir s’agiter tous ces personnages, auxquels on ne peut s’identifier, dans une histoire que l’on connaît déjà…
Pourquoi cette mise à distance ? C’est la première fois que je n’aime pas un spectacle de Philippe Adrien. Et j’en suis sincèrement désolée, car ma déception est à la mesure de l’admiration que
j’ai pour cet homme de théâtre généreux, intelligent, dont tant de mises en scène m’ont éclairée, ravie… J’hésite à le mettre en cause, préférant penser que je n’ai rien compris et que la triste
figure de l’homme de la Mancha reste un « impossible rêve » à incarner…
Le débat est ouvert. Une bonne raison d’aller voir Don Quichotte au Théâtre de la Tempête, superbe lieu de spectacles et de rencontres, et d’en discuter ensuite ? ¶
Catherine Hendrick
Les Trois Coups
www.lestroiscoups.com
Don Quichotte, d’après Miguel de Cervantes
Mise en scène : Philippe Adrien
Distribution : Wahid Abay, Mylène Bonnet, Monica Companys, Stéphane Dausse, Pierre Delmer, Geneviève de Kermabon, Régis Lang, Bruno Netter, Jean-Luc Orofino, Bruno Ouzeau
Théâtre de la Tempête
Route du Champ-de-Manœuvre
Cartoucherie de Vincennes
75012 Paris
http://www.la-tempete.fr/
Du mardi au samedi à 20 h, dimanche à 16 h
Tarifs : 18 € | tarifs réduits 13 € et 10 €
Mercredi tarif unique 10 €
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