Dimanche 31 août 2008


« Les Sorcières au bois Ronflant »


Écrit et interprété par Vanessa Luna et Isabelle Lardin-Huynh

Collaboration artistique : Dejan Ilic | Kim K.

Costumes : Alix Bonneau

Décors : Lucie Legrand

Chorégraphies : Angélique Pleau

Musique : Philippe Donon

Ambiance sonore : Luc Betton


RÉSUMÉ

Près de Sorcière City, au milieu du bois Ronflant, deux sorcières cousines, Sushi et Aubergine vivent en coloc’ depuis une bonne centaine d’années en compagnie de leur défunt aïeul.

 

En ce jour d’Halloween, Aubergine prépare son rendez-vous avec un prince charmant.

 

Sushi qui rentre à l’improviste la surprend fardée comme un bonbon et empestant la rose ce qui la met dans tous ses états ! Après moult chamailleries, Sushi finit par découvrir les véritables intentions de sa cousine : avoir un bébé sorcier.

 

Sushi et Aubergine vont alors utiliser tout leur attirail, grimoire, chaudron et autres potions afin de transformer Aubergine, sorcière rondouillarde en une princesse voluptueuse et sexy !

 

Pourtant, malgré tous leurs efforts et l’énergie qu’elles auront déployée, le pire arrive : le prince, à la vue d’Aubergine, s’enfuit au triple galop sur son cheval blanc !

 

Désespérées, Sushi et Aubergine prennent conscience que les siècles à venir seront bien maussades sans mioches dans leur petit studio... Lorsque soudain leur aïeul, à leur vue dépitée, décide d’y ajouter son grain de sel... magique en leur offrant le plus beau des cadeaux : un bébé, celui condamné par le roi Dodu, qui les attend, braillant à gorge déployée sur le seuil de leur porte !


Recueilli par

Les Trois Coups


Le Point-virgule • 7, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie • 75004 Paris

Métro : Hôtel-de-Ville

Réservations : 01 42 78 67 03

http://www.lepointvirgule.com

À partir du 17 septembre 2008, tous les mercredi et samedi à 14 heures

Tous les jours des vacances scolaires (Toussaint et Noël) à 14 heures, sauf le dimanche

Tarif adultes : 12 €, tarif enfants : 10 €, collectivités : 6,50 €

www.myspace.com/sushietaubergine

Lauréat Paris Jeunes Talents

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Dimanche 31 août 2008


« Dom Juan »,

de Molière


Théâtre Gérard-Philipe à Saint-Denis

Du 15 septembre au 11 octobre 2008, salle Roger-Blin

Du mardi au vendredi à 20 heures, samedi à 19 heures, dimanche à 16 heures

Relâche lundi (sauf lundi 15 septembre) et mardi 16 septembre 2008


Mise en scène : Yann-Joël Collin

Collaborateurs artistiques : Christian Esnay, Thierry Grapotte, Pascal Collin

Lumière : Kévin Briard

Son : Baptiste Poulain

Régie générale : Marco Couffignal

Avec les comédiens de la troupe permanente de la Comédie de Valence : Yves Barbaut, Juliette Delfau, Ali Esmili, Vincent Garanger, Pauline Moulène, Anthony Poupard, Claire Semet, Hélène Viviès, Olivier Werner

Production : Comédie de Valence, centre dramatique national Drôme-Ardèche, avec la collaboration artistique de l’ENSATT


Molière aime exposer nos contradictions sur la place publique et Dom Juan est sans doute la pièce de Molière où le débat est l’enjeu même de la comédie, de la représentation.

Après Tartuffe et la querelle que l’on sait, il fallait à Molière une pièce qui prône la liberté – et d’abord celle du théâtre : de la parole, de la discussion publique. C’est ainsi que le théâtre, ici, met en fiction le débat, et donc la représentation dans sa vocation communautaire civique, au travers des figures de Dom Juan et de Sganarelle.

Dom Juan se confronte à l’opinion publique, il est celui qui fait débat et qui provoque le débat. Dom Juan va se servir du théâtre et, d’emblée, en enfreindre les règles. Car si, chez Molière, la scène nous montre que la société est un théâtre, c’est aussi parce que, à l’inverse de la question du théâtre, ce qu’on peut en faire, sa nécessité, est posée à la société.

Dom Juan et Sganarelle vont mettre en jeu le lieu, le public, le plateau au service de leurs convictions. Dom Juan va prendre le risque suprême de jouer, à son profit, sans scrupule, sans respect, des codes du théâtre, qui, forcé dans son intégralité, finira par se retourner contre lui.

Yann-Joël COLLIN


Recueilli par

Les Trois Coups

Voir la critique de Benjamin Brenière pour les Trois Coups


Théâtre Gérard-Philipe-CDN de Saint-Denis • 59, boulevard Jules-Guesde • 93207 Saint-Denis cedex

Renseignements et réservations : 01 48 13 70 00

www.theatregerardphilipe.com

Magasins FNAC - 0892 68 36 22 (0,34 €/min) - www.fnac.com

Théâtre on line - 0820 811 111 (0,12 €/min) - www.theatreonline.com

Réseau Ticketnet - www.ticketnet.fr

Plein tarif > 20 €

Tarifs réduits > 15 €

  • collectivités, seniors (plus de 60 ans), demandeurs d’emploi, étudiants de plus de 26 ans, accompagnateurs d’un abonné
  • abonnés des théâtres et structures partenaires du Théâtre Gérard-Philipe

> 13 € NOUVEAU

  • habitants de la Seine-Saint-Denis

> 10 € NOUVEAU

  • habitants de Saint-Denis
  • étudiants de moins de 26 ans, intermittents et professionnels du spectacle

> 6 €

  • RMIstes, groupes scolaires, enfants de moins de 12 ans

Abonnement 3 spectacles 33 € (plein tarif) - 27 € (tarif réduit)

POUR VENIR :

RER D : De Châtelet (à 11 minutes), direction Orry-la-Ville

Station Saint-Denis, puis 5 minutes à pied (suivre les rails du tramway)

Dernier RER : 00 h 28

Transilien : De Gare-du-Nord (à 6 minutes), direction Pontoise, Luzarches, Persan-Beaumont, Valmondois, Montsoult

Station Saint-Denis, puis 5 minutes à pied (suivre les rails du tramway)

Dernier train : 00 h 24

Métro ligne 13 : station Saint-Denis-Basilique, puis 8 minutes à pied

En sortant, traverser la place Jean-Jaurès, puis prendre la rue de la République (dos à la basilique, rue piétonne), toujours tout droit jusqu’au boulevard Jules-Guesde, puis à droite.

Dernier métro : 00 h 35 (00 h 51 jusqu’à Invalides)...

NOUVEAU : La navette retour vers Paris

Tous les soirs, une navette gratuite est mise à la disposition des spectateurs à l’issue de la représentation. Elle dessert les arrêts : Porte-de-Paris, La Plaine-Saint-Denis, Porte-de-la-Chapelle, Gare-du-Nord, Châtelet.

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Samedi 30 août 2008

 

Divine surprise


Aucune envie de rester chez vous, alors qu’il fait si bon montrer son bronzage dans les bars branchés de la rue de Lappe ! En son milieu à gauche, vous trouverez le Café de la danse qui vous y propose une soirée pas comme les autres : « Connectic », écrit et mis en scène par Cécile Rist. Du sexe pour rire, pleurer et penser. Tout ce qu’on aime.


Vous pouvez demander Mélanie, Lætitia ou Zoé. De toute façon, ne craignez rien : vous aurez les trois. L’une est une boulotte à lunettes qui bégaie, la deuxième une belle allumeuse enceinte, la troisième une tornade cocaïnomane. Que veulent-elles toutes les trois ? La même chose que vous : être aimées. Connectic est là pour ça. Son boss (et premier bénéficiaire), Georges, a tout prévu. Sauf Patrick, son frangin rêveur, lui aussi en mal d’amour.


Surtout ne vous fiez pas à votre première impression. Le spectacle commence en effet par quelques enfantillages, qui font craindre le pire. Pas si gratuits que ça quand on y resonge, mais disons un peu longs. Ensuite, Mélanie déboule dans ce jeu de quilles et de dupes pour protester, elle qui est bègue ! Et tout démarre. De drôles d’histoires de solitudes, d’erreurs et d’errances, parfois saugrenues, qui vont se télescoper au rythme de la consultation de Connectic. Un site effroyablement vrai puisque, comme disait Vian, imaginé d’un bout à l’autre. Par une grande.


Il faudra nous y faire : la vidéo fait désormais partie de l’arsenal ordinaire des metteurs en scène, qui s’en servent aussi bien pour situer l’action que pour la faire avancer ou la narguer en contrepoint. Indéniablement, Cécile Rist maîtrise cette nouvelle technique, qui lui fait réussir de jolies scènes. Je pense à ce moment « interactif » où Patrick s’adresse tout d’un coup à Mélanie, qui ne lui a rien demandé. Ou plus tard à celui, très beau, où Zoé caresse la bonne bouille de sa « rivale » apparue dix fois plus grand qu’elle sur écran.


Mention spéciale, à ce propos, à Mathieu Crescence (Rémi), qui tient ici son propre rôle : celui du vidéaste-scénographe « honteusement exploité » par cette jeune compagnie pleine de talent et d’humour, qui soi-disant « ne sait pas ce qu’elle veut ». Elle le sait très bien au contraire : faire rire, pleurer et réfléchir. Dans sa manche, d’énormes atouts : une remarquable progression de l’intérêt dramatique, des vrais personnages et cinq interprètes (six en comptant notre scénographe, surtout vers la fin) qui s’entendent et s’y entendent. Quelle excellente troupe !


Dounia Sichov campe sa bourgeoise libérée (Lætitia) avec une rare justesse, Caroline Pietrucha fait de sa Mélanie un petit bijou, Félicie Baille casse la baraque en junkie pot de colle (Zoé). Avec trois actrices pareilles, les mecs ont intérêt à s’accrocher, ce qu’ils font. Bastien d’Asnières invente un « altermondialiste de l’insertion » (Patrick) d’une grande vérité. Guillaume Tobo, quant à lui, construit comme un chef son personnage de viveur ne sachant plus pourquoi il vit (Georges). Coup de chapeau aussi à Arthur Ribo, qui vient « slamer » impeccablement sa lettre-coup de poing face à l’objectif.


Un seul regret, à cet égard : que Cécile Rist n’en profite pas pour donner alors un peu plus de place, voire de texte, à sa Zoé, dont on ne se lasse décidément pas. Que ce soit son mauvais trip face à Mélanie, son extraordinaire danse du malheur, la scène où elle craque devant Patrick ou cède à Georges, l’actrice, l’auteure et la metteuse en scène peuvent être fières d’elles. 


Olivier Pansieri

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Connectic, de et mis en scène par Cécile Rist

Compagnie Bord cadre

www.bordcadre.org

Avec : Bastien d’Asnières, Félicie Baille, Mathieu Crescence, Caroline Pietrucha, Dounia Sichov, Guillaume Tobo

Et la participation de : Bernard Menez, Arthur Ribo

Scénographie et vidéo : Mathieu Crescence

Lumières : Gordo

Production Compagnie Bord cadre | Ville d’Avion, CR et DRAC Nord-Pas-de-Calais

Avec la participation de l’ADAMI et du Britisk Council

Café de la danse • 5, passage Louis-Philippe • 75011 Paris

Métro : Bastille

Réservations FNAC : 08 92 68 36 22

Du 27 août au 13 septembre 2008 à 20 h 12, relâche lundi, mardi et dimanche

Durée : 1 h 50

20 € | 15 €

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Samedi 30 août 2008

 

Bienvenue chez les Shitz !


« Guerre, amour et saucisson », voici en trois mots résumé l’univers Shitz. Un petit monde, tout petit, au langage fleuri, à la truculence rabelaisienne, un monde moche et méchant où la vie se règle en musique. La jolie petite famille a pris ses aises à La Pépinière Théâtre, à deux pas de lOpéra. Mise en scène et interprétation, inégales, ne sont malheureusement pas toujours à la hauteur de la verve grotesque de Hanokh Levin.


C’est laid chez les Shitz. Dans un décor de cuisine en Formica, l’opulente Shpritzi se bâfre de cacahouètes alors que le pingre papa Shitz croque le saucisson à pleines dents, n’attendant que le futur beau-fils qui le débarrassera de sa grosse fifille. Bingo, voilà Tchirk ! Il passe sa tête d’entrepreneur malhonnête entre deux placards : chaîne en or et grosses lunettes, lesquelles cachent deux yeux de beauf qui louchent sur le pactole de beau-papa. Après des tractations serrées, les couinements de maman Shitz, alias Setcha la mère juive aux rêves d’Amérique, une ou deux guerres et quelques chansons, Shitzi épouse Tchirk. Et que vivent les mariésbien décidés à récupérer au plus tôt l’héritage des vieux parents !


Emportée à toute allure par la verdeur du langage et le rythme des chansons aux airs klezmer, la comédie douce-amère du père Levin nous balade dans le monde misérable de la mesquinerie au quotidien, une sorte de vie animale sans foi ni loi, surtout pas celle du cœur. Respect filial ? connaît pas. Altruisme, empathie, morale ? connaît pas. Bien penser, bien parler ? connaît pas. La devise Shitz, c’est « guerre, amour et saucisson », ou chacun pour soi et tout pour moi. Le texte (qui n’est peut-être pas le meilleur de Levin) a cette qualité grotesque de mêler le grossier à une cruelle lucidité, émaillée d’éclats de tendresse mal dégrossie. C’est donc un jeu nuancé qui est attendu, une façon d’élever le style bas et de muer le rire gras en humour noir. Or l’interprétation n’est malheureusement pas au diapason d’Anne Benoît en mère juive, pseudo-chanteuse réaliste à ses heures, parfaitement excessive et réellement drolatique, ou de Bernard Ballet en papa Shitz ronsardien, porteur d’un carpe diem du pauvre : accroche-toi à tes sous, à ta vie, à ta femme et, surtout, ne lâche rien. Ainsi, Salima Boutebal et Benoît Di Marco ne sont, eux, pas également convaincants, et certains des effets comiques sont sapés par une interprétation qui penche vers le vulgaire plus que vers le grotesque.


Saluons en revanche le décor, un amas instable de meubles en Formica tout aussi coloré et bancal que la famille Shitz, et le jeu élaboré des lumières, qui permettent et soutiennent un ballet d’entrées et de sorties parfaitement chorégraphié. Les intermèdes musicaux, chantés (un peu maladroitement, certes), dansés, accompagnés par un violoncelle et une clarinette insufflent un rythme appréciable et donnent à la comédie un petit air yiddish pas si éloigné de la fantaisie d’Emir Kusturica. Aussi, malgré quelques réticences, pas d’ennui. Bref, si vous passez par l’Opéra, c’est bienvenue chez les Shitz ! 


Cédric Enjalbert

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Shitz, de Hanokh Levin

Texte français : Laurence Sendrowicz (éditions Théâtrales)

Compagnie Les Piétons de la place des Fêtes

www.shitz.fr

Mise en scène : Cécile Backès, en collaboration avec Laurent Lévy

Avec : Bernard Ballet, Anne Benoît, Salima Boutebal, Benoît Di Marco

Musiciens : Vigile Vaugelade et Clément Landais

Costumes et accessoires : Florence Évrard

Musique originale : Philippe Miller

Décor et lumières : Antoine Franchet

La Pépinière Théâtre • 7, rue Louis-le-Grand • 75002 Paris

Réservations : 01 42 61 44 16

Du 26 août au 1er novembre 2008, du mardi au vendredi à 21 heures, samedi à 16 heures et 21 heures

Durée : 1 h 45

42,70 € | 17,50 €

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Vendredi 29 août 2008

 

Retour du Off d’Avignon :

coup de cœur et coup de gueule


De retour d’Avignon, je découvre, avec consternation, un article enthousiaste sur la pièce « Ohne », de Dominique Wittorski, par la Compagnie Vita brevis, au Théâtre du Verbe-Fou. Ny a-t-il pas là une confusion entre lindéniable qualité du texte et la piètre qualité de la mise en scène ? Plébiscité par le cours Florent, subventionné par lassociation Avignon Festival & Compagnies, ce spectacle frise l’imposture. À l’inverse, une autre pièce présentée au Théâtre du Verbe-Fou mériterait tous les éloges : « les Bonnes », de Genet, en grec moderne, par une troupe chypriote au talent remarquable.


Habillés de rouge et de bleu – comme les pions d’un dérisoire jeu de société –, se débattant au milieu d’un décor surchargé, les comédiens de Ohne n’en finissent pas de gesticuler et de vociférer. Rejouant la même situation en redistribuant les rôles, ils ont le mérite d’enchaîner les tableaux et les personnages avec énergie. Mais, au troisième acte, la répétition devient insupportable. Comme si le spectateur n’avait pas compris : le drame de l’exclusion qui se joue tous les jours dans les bureaux de l’ANPE, et l’inversion – prévisible – des rôles sociaux, entre « l’usager » et « l’agent », la victime et le bourreau, qui guette chacun de nous au détour de la vie professionnelle. Comme si le spectateur n’avait pas compris, en filigrane, ce message, biblique : « Les premiers seront les derniers ».

 

À l’évidence, le texte de Dominique Wittorski est pertinent : il montre le mal-être social, il dénonce la cruauté ordinaire des systèmes bureaucratiques. Mais le jeu, caricatural, nuit à la gravité du propos. La direction d’acteurs se réduit à une collection de clichés : les tics nerveux d’un employé consciencieux et obsessionnel, les frustrations sexuelles d’une secrétaire guindée – avec chemisier à jabot et grosses lunettes rondes –, sans parler des apparitions – grotesques – de « la mère », un travesti au look hippie ou années 1980... Décidément, si Ohne porte bien son nom, c’est que l’ensemble souffre d’une mise en scène sans intérêt, sans réel parti pris esthétique et politique. Tandis que la scénographie renferme des trésors d’inutilité, la farce l’emporte définitivement sur le sens.



Au Théâtre du Verbe-Fou, une autre pièce, en revanche, brille par son originalité et sa qualité d’interprétation, malgré une trop faible et injuste fréquentation : les Bonnes, de Genet, en grec moderne – surtitrée en français –, présentée par une troupe chypriote, soutenue par le ministère de l’Éducation et de la Culture de son pays. Accueilli à Avignon dans le cadre de la saison culturelle européenne, le projet se révèle d’emblée ambitieux : le décor, audacieux, exige plus d’une heure de montage. Il s’agit d’une véritable architecture de bois, reconstituant la fameuse « soupente » de la chambre des bonnes. En fond de scène, suspendue aux cintres, une longue robe rouge déroule sa traîne magistrale jusqu’au sol, incarnant « Madame » et son pouvoir dominateur.

 

En équilibre sur des planches inclinées – à la fois lits et passerelles –, les jeunes comédiennes réalisent une véritable performance physique : elles s’empoignent et se déchirent, à l’image de leurs robes, qui s’accrochent l’une à l’autre et se décrochent brutalement, grâce à un système ingénieux de tissu-scratch. Les deux sœurs se saisissent et s’embrassent. Elles s’attirent et se repoussent, comme des aimants, des amantes qu’elles sont peut-être. Toute la violence et l’ambiguïté de Genet sont là, rendues par une exceptionnelle intelligence du texte, et par un jeu fascinant. Avec une rare générosité, les deux comédiennes offrent le spectacle d’une magnifique – et maléfique ? – fusion des corps. On ne découvre qu’à la fin le secret de cette mécanique parfaite : l’une interprète le texte des deux personnages, tandis que l’autre s’exprime uniquement par un langage corporel. Jusqu’à cette dernière phrase, fatale, qu’elle mime de ses lèvres muettes : « tu vivras pour nous deux ».

 

Au cœur de la nuit, au milieu de quelques spectateurs privilégiés, la magie opère. Le grec moderne semble retrouver le rythme langoureux de la mélopée antique. Et la langue, soudain, ne nous paraît plus si étrangère. Comment remercier la troupe chypriote à la hauteur de son talent ? Comment rendre hommage à la précision, à la puissance et à l’humilité de son travail ? Elle nous rappelle que le théâtre n’est pas seulement représentation, mais don de soi. 


Estelle Gapp

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Ohne, de Dominique Wittorski

Compagnie Vita brevis • 40 bis, rue Curial • immeuble « Le Greco » • entrée A, RDC • 75019 Paris

01 46 07 25 24

vitabrevis@hotmail.fr

www.compagnievitabrevis.com

Mise en scène : Anne Évrard

Avec : Michaël Benoît, Ève Herszfeld, Grégoire Pascal (comédiens), Mailis Dupont, Marine André, Alexandre Faitrouni (chanteurs), Alice Béhague (pianiste, accordéoniste)

Décors : Thierry Grand

Régie : Stéphanie Dezorthes

Création musicale : Alice Béhague

Théâtre du Verbe-Fou • 95, rue des Infirmières • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 85 29 90

Du 10 juillet au 2 août 2008 à 19 heures

Durée : 1 h 15

15 € | 10 €

Les Bonnes, de Jean Genet

Coproduction : services culturels du ministère de l’Éducation et de la Culture de Chypre et l’Organisation théâtrale de Chypre

03 572 25 92 790

mconstantinou@culture.moec.gov.cy

Adaptation et mise en scène : Maria Mannaridou-Karsera

Assistante à la mise en scène : Emily Shiakali

Avec : Christina Christofia (texte), Elena Antoniou (danse), Monica Hadjivassiliou (voix de Madame)

Scénographie : Constantinos Kounis

Costumes : Marina Nicolaidou

Musique : Georges Christodoulides

Éclairage : Georges Lazoglou

Théâtre du Verbe-Fou • 95, rue des Infirmières • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 85 29 90

Du 10 juillet au 2 août 2008 à 23 h 45

Durée : 1 heure

14 € | 10 €

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Livre d’or

« Depuis notre débat sur le Off d’Avignon, j’ai eu l’occasion de “lire” votre site critique, et j’en ai été très heureux. Parce que j’apprends des choses dont les médias parisiens ne m’informent pas et parce que les critiques sont de bonne qualité. Continuez bien ! Tous mes vœux à vous et aux “Trois Coups” ! Amicalement. » Gilles Costaz, critique dramatique à “Paris-Match”, “les Échos”, “Politis”, “le Magazine littéraire”, “l’Avant-scène Théâtre”…


« Nous tenions à vous dire bravo, nous applaudissons des deux mains, votre site est admirablement bien fait. Vous (toute l’équipe) aimez le théâtre et vous savez faire partager votre passion… » Marie-Céline Nivière et Dimitri Denorme, “Pariscope”, rubrique « Théâtre »


« “Les Trois Coups”, c’est une pépinière de critiques. Ils sont acteurs, étudiants […], tous raides amoureux de théâtre. Une quarantaine à aller au théâtre et à écrire sur les spectacles. » Jean-Pierre Thibaudat, “Rue 89”, blog “Balagan”

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