Jeudi 31 juillet 2008

 

Comme un songe merveilleux à partager


Le festival Théâtr’enfants nous propose une création absolument magnifique de Carlo Moretti. « Bonheur d’une étoile » déploie sous nos yeux tout un univers poétique qui invite les enfants au partage et les grands à l’introspection.


Dario est un enfant-artiste. Il va au bout de ses envies et, à travers son investissement, lance un appel à l’enfant. Il ne faut pas venir chercher ici une histoire, mais l’instant. Instant étrange, qui se révèle signifiant et très rapidement bouleversant.

 

Dans Bonheur d’une étoile, c’est tout d’abord à travers le dessin que Dario Moretti s’exprime. Peintures et pastels aux couleurs de l’arc-en-ciel, des pinceaux et une envie pressante de créer. Il joue des formes et des coloris, et refait le monde à volonté. Parfois, le langage enfantin jaillit ; parfois, ce sont des mots-symboles qui sont lancés mine de rien et qui réveillent tout un monde de fantaisie : « dames en papier », « nuage-citrouille », « soleil-trombone », etc.

 

Une véritable complicité s’installe entre l’artiste, accompagné à la harpe, et la musicienne. Ils dialoguent. Tantôt, elle fait la transition entre les dessins ; tantôt, la harpe accompagne la création ; tantôt, elle est un moustique qui embête Dario. Avec son côté clownesque et naïf, et avec sa spontanéité, les enfants peuvent tout à fait s’identifier à lui et ressentir la joie de dessiner.

 

Au bonheur d’une étoile est un spectacle qui interpelle, qui amène à réagir, qui enseigne. Aller au bout de soi. Faire et pousser plus loin ; on verra bien où cela nous conduit. Unir les ébauches pour en faire une œuvre immense. Lorsque l’on mêle les cœurs, cela crée l’amour. Une étoile est un rayon de bonheur, dont il faut remplir notre nuit. Il ne faut pas se contenter d’être propre, il faut aller plus loin, une idée est en train de naître.

 

Dario attend la réaction des enfants. Alors, je vous en prie, chères institutrices, ne les brimez pas. Ils ne font que répondre à l’appel. Et puis Dario sait y faire, il capte l’attention générale à tout instant.

 

Côté scénographie, le système utilisé par Dario est très ingénieux. Il existe déjà, mais ça marche si bien. Il dessine ses fresques sous nos yeux. Une caméra le surplombe et rediffuse sa création juste au-dessus de sa tête.

 

Un spectacle visuel, dont les images restent gravées au fond de l’œil, sur la rétine. Dario Moretti nous fait lâcher prise et nous donne à percevoir l’artiste qui est en chacun de nous. 

 

Isabelle Desalos

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Bonheur d’une étoile, de Dario Moretti

Compagnie Theatro all’improviso • 18, plaza Don-Leoni • 46100 Mantova (Italia)

0039 0376 221705 | télécopie : 0039 0376 222723

info@theatroallimproviso.it

www.theatroallimproviso.it

Mise en scène : Dario Moretti

Avec : Dario Moretti

Musique composée à la harpe : Cécilia Chailly

Vidéo : Franco et Mario Piavoli

Festival Théâtr’enfants • 20, avenue Monclar • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 85 59 55 | 04 86 81 08 99

Du 10 au 25 juillet 2008 à 9 h 30 et 15 h 45, relâche les 13 et 20 juillet

Durée : 35 min

8,5 € | 5,5 € | 4,5 €

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Jeudi 31 juillet 2008

 

Forçat du rire et rire forcé


Nouveau spectacle créé en mars 2008 et présenté au Théâtre du Chien-qui-Fume durant le Off cet été, « les Douze Pianos d’Hercule » est interprété par un Jean-Paul Farré bien dans son costume de maestro cabotin en queue-de-pie. Faire rire en musique relève manifestement du tour de force…


Allier le théâtre, la musique et l’humour, telle est l’intention du spectacle pour un petit pianiste maladroit aux cheveux longs et un piano à queue bien pratique. On le croyait boîte à musique, le voilà boîte à outils. Il suffit de soulever le couvercle pour y trouver une quincaillerie très complète : marteau, vis, clé à molette, casseroles et poêles de camping, etc. C’est le début du spectacle et aussi l’occasion de quelques jeux de mots plus ou moins heureux : « oh ! mais voici un mètre… de musique », « et là, un marteau… dans le piano »… Le comique de mots, c’est fait. Pour le comique de gestes, un bonne glissade sur la queue du piano, une ou deux courses de dératé autour de l’engin. Pour celui de situation, des tabourets truqués qui s’effondrent sous son poids ou un piano qui refuse de s’ouvrir. Comique de répétition aussi, d’accent et d’autres encore, sans doute. Pas un ne manque à l’appel…

 

Malgré la vigueur – euphémisme pour frénésie – d’un Jean-Paul Farré toujours aussi généreux et sympathique, cabotin bondissant, trublion mélomane avec un « petit piano dans la tête », le spectacle peine à déclencher l’hilarité tant la copie semble appliquée et méthodique. L’enchaînement des séquences (le pastiche de l’« Opus premier et dernier » dit Dernier Noël en famille… d’accueil de Frédéric Pincho, la Traversée du clavier d’est en ouest par la musique pentatonique chinoise ou la première audition de Giboulée II) est en outre malaisé et la transition manque sérieusement de fluidité. Malgré quelques moments bien pensés comme cette histoire farfelue brodée sur un morceau de musique, le one-man-show peine à rebondir (les balles de ping-pong jetées sur les cordes n’y font rien) d’un « gag » à l’autre.

 

Un moment divertissant, donc, sauvé par la présence de Jean-Paul Farré, mais bien trop appliqué. Pas un exercice n’est oublié dans ce travail de forçat du rire. Se méfier : de « forçat du rire » à « rire forcé », il n’y qu’un son. 

 

Cédric Enjalbert

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Les Douze Pianos d’Hercule, de et par Jean-Paul Farré

Compagnie des Claviers • 41, rue de Maubeuge • 75009 Paris

Mise en scène : Jean-Claude Cotillard

Lumière : Ghislaine Lenoir

Théâtre du Chien-qui-Fume • 75, rue des Teinturiers • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 85 25 87

Du 10 juillet au 2 août 2008 à 12 h 30

Durée : 1 h 15

16 € | 11 €

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Jeudi 31 juillet 2008

 

« Le monde est une scène de théâtre »…

 

Habituée du Off d’Avignon, la Compagnie Roseau Théâtre nous a fait découvrir cet été une pièce de l’auteur croate Miro Gavran, encore trop peu connue en France : « l’Antigone de Créon ». Écrite au début des années 1980, l’œuvre s’inspire de l’histoire d’Antigone pour en démonter les fils, inverser les perspectives, et nous offrir ainsi un magnifique duo qui explore les relations entre théâtre et pouvoir, sublimé par une mise en scène électrique et des acteurs magnétiques.


Loin du roi fatigué d’Anouilh, le Créon de Miro Gavran a recouvré sa tyrannie originelle et sa brutalité. Despote paranoïaque mais aussi génie littéraire, il invente, pour se débarrasser en toute impunité des prétendants au trône, une pièce de théâtre qui organise la mort de la quasi-totalité des membres de la famille royale. La fille d’Œdipe joue comme il se doit le rôle-titre de cette Antigone tout droit sortie de l’imagination de Créon.

 

Invités dans les coulisses de sa mise à mort, aussi esthétique qu’implacable, nous assistons à une double confrontation : celle d’un sujet sans défense et d’un souverain absolu, mais aussi d’une comédienne et d’un metteur en scène. C’est de ce côtoiement constant du théâtre et de la réalité que l’œuvre tire toute son intensité dramatique. Quand l’auteur et metteur en scène a autorité de vie et de mort sur l’acteur, quand le « jeu vrai » coïncide avec son propre destin, le dramaturge se fait démiurge…



Le pouvoir politique, avec ce qu’il comporte d’arbitraire, de manipulations et de mensonges, est au cœur de la pièce, mis en évidence par l’agressivité des costumes gothiques portés par les comédiens. Avec une solennité mêlée d’une cruelle indifférence, les semelles compensées de Mathieu Barbier frappent le sol à la manière de coups de sceptre.

 

Pourtant, ce qui m’a le plus touchée, c’est l’hommage rendu par Miro Gavran à un autre pouvoir, finalement beaucoup plus subversif : le pouvoir de sublimation que peut exercer sur nous l’art en général, et la littérature en particulier. Car Antigone, au début de la pièce, n’est qu’une jeune fille légère et insouciante, avant tout possédée par la rage de vivre et de s’amuser. Ce sont la lecture de l’œuvre de Créon – dont elle célèbre la beauté – et la découverte du personnage qui lui est attribué qui la transforment. Non en l’Antigone factice de la pièce de son oncle, mais en Antigone authentique, celle dont l’héroïsme consiste à refuser de jouer l’héroïne voulue par Créon.

 

On attend sur une telle pièce un engagement fort des deux comédiens. Nos espoirs sont loins d’être déçus : Marie Broche, dont j’ai seulement regretté qu’elle ne délaisse pas plus franchement au cours de la pièce un registre devenu un peu larmoyant, s’investit totalement et nous livre une Antigone convaincante et émouvante. Face à elle, Mathieu Barbier est décidément magnifique. Imposant de sa voix de stentor un Créon certes tyrannique et brutal mais nullement monolithique, il confère à son personnage une profondeur captivante. Captivante tout comme la mise en scène expressive et soutenue de Marie-Françoise et Jean-Claude Broche, qui nous emporte durant une heure dix minutes… et bien plus. 

 

Sarah Del Pino

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


L’Antigone de Créon, de Miro Gavran

Traduction et adaptation : Andréa Pucnik

Compagnie Roseau Théâtre • 30, espace Baron-Lacour • 28270 Bérou-la-Mulotière

02 37 48 37 42 | 06 10 79 63 22

brocheroseau@wanadoo.fr

Mise en scène : Jean-Claude et Marie-Françoise Broche

Avec : Mathieu Barbier, Marie Broche

Création costumes : Marief

Création coiffures et maquillages : Franck Nemoz

Création lumière et son : Frédéric Boisson

Création visuelle : Marie Alexandre

Espace Roseau • 8, rue Pétramale • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 25 96 05

Du 10 juillet au 2 août 2008 à 18 h 15

Durée : 1 h 10

16 € | 12 €

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Jeudi 31 juillet 2008

 

Psychothérapitre de music-hall


Clown blanc, nez rouge, petit bonnet et grosses godasses, propose service. Thérapie de groupe. Soin de l’âme. Prendre rendez-vous auprès du Dr Buffo. Pour la saison Off 2008, présentée au Théâtre du Chêne-Noir, c’est un peu tard. Mais rassurez-vous, le psychothérapitre hagard continue sa tournée. Avis aux blessés du cœur atrophiés de la ridule, à tous les estropiés du sourire, mais aussi aux rêveurs pathologiques et autres malades d’émotion.


Buffo maugrée. Il est comme ça. Pas de Monsieur Loyal, pas de tapis rouge, de pantalon jaune, de nœud papillon à points, de veste à rayures. Pas de fanfaronnade mirlitonnesque. Il entre dans la salle par le fond, en bonnet de laine et costume noir. Il lance un pied sur la scène, puis l’autre. Maugrée encore, dans sa langue. Va droit vers un piano à queue, soulève le couvercle, se glisse sur le matelas de cordes et referme. Trois messages à l’intention des importuns donnent le ton : « Do not disturb », « Cassez-vous », « Répétition ».

 

Et de répétition, il en est en effet question pour ce Buffo qui perfectionne inlassablement son numéro. Buffo, nouvelle version, c’est d’ailleurs le titre du spectacle. On retrouve donc des familiers : le poulet en caoutchouc, le ballon rouge, le miniviolon et la trompette. Petits accessoires d’un univers bien clos, monde sans paroles plutôt incommode. Pas très loin de la piste aux étoiles, en fait. Bref, tête dans les nuages, au pays des pitres poétiques. Terre d’asile. Mime maladroit, évidemment, éloquent ventriloque, aussi, Buffo ne dit mot, mais nous parle au-dedans. Tour à tour triste, irrité, ahuri, songeur ou réjoui, il fait rire les petits et sourire les plus grands, en accordeur d’émotion, psychothérapitre de music-hall, docteur du cœur.

 

Il travaille en spécialiste. De la musique aux lumières, des pas de travers aux gestes de trop, tout est maîtrisé avec finesse et précision. Mime de rien, bien sûr. Un professionnel, vous dis-je, et formé aux meilleures écoles. Les écoles ? Les arts du cirque, une rencontre avec la dame Fratellini, mais aussi un doctorat de psychologie, auprès des autistes. Terre d’asile, pensait-on ? On ne croyait pas si bien dire, et l’on comprend dès lors un peu mieux la singularité de ce clown pas tout à fait comme les autres. Buffo ne m’a pas fait rire, ni même sourire. Mieux, il m’a ému. 

 

Cédric Enjalbert

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Buffo, de Howard Buten

Avec : Howard Buten

Théâtre du Chêne-Noir • 8 bis, rue Sainte-Catherine • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 82 40 57

www.chenenoir.fr

Du 5 juillet au 27 juillet 2008 à 13 heures

Durée : 1 h 10

23 € | 16 €

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Jeudi 31 juillet 2008


Un succès « totol »


« Statues » est une pièce exceptionnelle, qui avait lancé le Off en 1966. Cette année, elle se joue une fois de plus, au même endroit qu’il y a quarante-deux ans, au Théâtre des Carmes. Annonçant le nouveau rapport entre la salle et la scène, inscrite dans l’univers postbeckettien, cette pièce a dû étonner hors mesure le spectateur des années soixante. Et elle ne cesse de nous fasciner aujourd’hui.


Créée par Benedetto en 1966, la pièce a été jouée au départ par le créateur lui-même, accompagné de son épouse, Jacqueline. Lors du Off actuel, dans une mise en scène inchangée, Benedetto met en place ses deux statues, animées talentueusement par Hélène Raphaël et Claude Djian.

 

« À mi-chemin de l’éternitinfini », une femme et un homme. Tous les deux enracinés dans leurs cubes, comme deux figures figées qui entreprennent leur marche mécanique vers l’éternité. « Mais le poil tombe peu à peu du singe à l’homme et de l’homme au robot. » Comme le reflet de l’époque contemporaine, où l’homme cède sa place à la machine, ces deux statues animées semblent chasser l’acteur vivant de scène. La parole n’est accordée qu’à ceux qui sont montés sur les cubes, à ces Giacometti « encore trop gros », qui réinventent le langage, les gestes, la marche sur place. Un très beau travail de Raphaël et Djian sur la voix et le gestuel. À eux deux, ils nous offrent une création touchante à mi-chemin entre le théâtre des mots et la pantomime.



De temps à autre, leur fillette à prénoms multiples apparaît pour les appeler et les rendre à la réalité. Incarnée – parfois maladroitement – par Corinne Derian déguisée en petite fille, elle crée un véritable lien entre ces autres espèces d’homme occupant la scène et nous tous dans la salle. Nous sommes alors confrontés brutalement à ces deux créatures théâtrales qui n’existent pourtant que grâce à nous. C’est la présence et la participation du public qui leur donne le droit d’exister. Et c’est une existence scandaleuse, « totolement inutile et injustifiée ».

 

Cette pièce en un acte se révèle comme une journée de marche interminable vers Godot. L’écriture poignante et amèrement drôle sur l’existence et le monde prend ici vie et forme grâce à l’interprétation bouleversante des comédiens. Cet étrange « télâtre totol » crée deux automates qui tentent de vivre sous nos yeux et de nous révéler leurs vérités : « Il faut talor se tourner vers les autres et leur parler et leur expliquer et leur éduquer… » Ils nous éduquent, alors…

 

Statues 66 est un spectacle qui s’enfonce profondément dans la conscience et la mémoire. C’est un manifeste qui, avec de l’humour et de la distance, dénonce l’horreur, la misère et l’injustice d’ici-bas. Un vrai chef-d’œuvre à découvrir en urgence. 

 

Maya Saraczynska

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Statues 66, d’André Benedetto

Mise en scène : André Benedetto

andre-benedetto@wanadoo.fr

Avec : Hélène Raphaël, Corinne Derian, Claude Djian, Farid Boughalem

Théâtre des Carmes • 6, place des Carmes • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 82 20 47

www.theatredescarmes.com

Du 10 juillet au 2 août 2008 à 15 h 30

Durée : 55 min

15 € | 10 € | 7 €

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Livre d’or

« Depuis notre débat sur le Off d’Avignon, j’ai eu l’occasion de “lire” votre site critique, et j’en ai été très heureux. Parce que j’apprends des choses dont les médias parisiens ne m’informent pas et parce que les critiques sont de bonne qualité. Continuez bien ! Tous mes vœux à vous et aux “Trois Coups” ! Amicalement. » Gilles Costaz, critique dramatique à “Paris-Match”, “les Échos”, “Politis”, “le Magazine littéraire”, “l’Avant-scène Théâtre”…


« Nous tenions à vous dire bravo, nous applaudissons des deux mains, votre site est admirablement bien fait. Vous (toute l’équipe) aimez le théâtre et vous savez faire partager votre passion… » Marie-Céline Nivière et Dimitri Denorme, “Pariscope”, rubrique « Théâtre »


« “Les Trois Coups”, c’est une pépinière de critiques. Ils sont acteurs, étudiants […], tous raides amoureux de théâtre. Une quarantaine à aller au théâtre et à écrire sur les spectacles. » Jean-Pierre Thibaudat, “Rue 89”, blog “Balagan”

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