Mardi 31 juillet 2007

 

Bilan de la 61e édition

du Festival d’Avignon

 

La soixante et unième édition du Festival d’Avignon s’est terminé le 27 juillet 2007. Inspiré par la démarche et les réflexions de l’artiste associé Frédéric Fisbach, ce Festival a mis en avant la vitalité et la diversité des écritures contemporaines et de l’art de la mise en scène, ainsi que l’importance de la relation entre l’œuvre et le spectateur.

 

Ce festival a témoigné de l’engagement des artistes dans leur temps. Ils ont questionné notre époque, y compris dans le rapport qu’elle entretient avec la mémoire et l’Histoire en interrogeant sans complaisance les périodes sombres du xxe siècle en Europe ou en Afrique. Ces réflexions furent prolongées notamment par des expositions (Hommage aux justes de France, d’Agnès Varda) ou des débats (plus de 1 000 personnes ont ainsi assisté au théâtre des idées avec Edgar Morin au gymnase Saint-Joseph).

 

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Près des deux tiers des spectacles présentés étaient des créations ou des premières en France. Les quinze spectacles étrangers ont rassemblé un large public, notamment les spectacles en langue étrangère surtitrés comme Mefisto for ever, mis en scène par Guy Cassiers et Angels in America, mis en scène par Krzysztof Warlikowski. Quinze spectacles – dont les trois présentés dans la cour d’Honneur (l’Acte inconnu, Feuillets d’Hypnos, le Roi Lear) – ont été créés au Festival. La moitié des artistes était invitée pour la première fois. Ils y ont croisé d’autres créateurs qui ont marqué l’histoire du Festival, comme Jeanne Moreau, Agnès Varda, Pierre Henry ou plus récemment Ariane Mnouchkine, Jean-Pierre Vincent ou Valère Novarina. Ce dialogue entre les générations d’artistes et de spectateurs a parcouru cette édition anniversaire, qui fut également l’occasion d’une importante actualité éditoriale sur son histoire.

 

Lieu de production, le Festival a accompagné les onze compagnies françaises qui y ont créé leur spectacle, avec le soutien d’autres théâtres ou festivals engagés à leur côté, de l’Adami et de conseils régionaux. Il a aussi produit directement et fera tourner trois aventures artistiques : le Silence des communistes par Jean-Pierre Vincent, Bleue. Saignante. À point. Carbonisée. de Rodrigo García et Attitude clando de Dieudonné Niangouna. Ses ateliers ont construit les décors des Paravents, des Feuillets d’Hypnos et de l’Acte inconnu.

 

Il est à noter l’attention des chaînes de télévisions publiques au spectacle vivant à travers les deux captations réalisées respectivement par Arte de l’Acte inconnu, de Valère Novarina, pour l’ouverture du Festival et par France 2 de Richard III, de Peter Verhelst, mis en scène par Ludovic Lagarde pour sa clôture.

 

On peut se féliciter de l’affluence nombreuse des spectateurs aux représentations ainsi qu’aux différents moments de dialogues et de rencontres proposés par le Festival. Avec une jauge offerte limitée à 107 000 places, le nombre de billets délivrés a atteint près de 100 000 entrées, soit un taux de fréquentation de 93 %, niveau record pour le Festival d’Avignon.

 

Les différents rendez-vous en accès libre, favorisant la rencontre des œuvres et des spectateurs, ont été multipliés (expositions, lectures, leçons de l’université, films à l’Utopia, théâtre des idées). La réponse des spectateurs à ces propositions a été très forte avec plus de 40 000 entrées, dont 11 000 pour la seule École d’art, nouveau lieu de rendez-vous pour le public et les artistes. Son succès confirme le désir de partage et la curiosité qui caractérisent le festivalier. En écho, la proposition d’ouverture de la cour d’Honneur avant les représentations des Feuillets d’Hypnos, l’implication des amateurs, ou les représentations de Claire de René Char, mis en scène par Alexis Forestier, dans les villages de la région d’Avignon, marquent ce souci de mettre en place des dispositifs qui permettent l’accessibilité des œuvres au plus grand nombre et de poursuivre l’inscription du Festival d’Avignon dans son ambition originelle de démocratisation culturelle.

 

Cette édition a confirmé le Festival comme le rendez-vous international des artistes, des politiques et des professionnels du spectacle vivant, qui s’y rassemblent, échangent et confrontent leurs points de vue, notamment sur la place de la culture dans la construction européenne, comme en a témoigné la rencontre du 8 juillet sur la politique culturelle en Europe.

 

Cette édition se situe à mi-parcours du projet inventé il y a quatre ans par Hortense Archambault et Vincent Baudriller. Il se poursuivra l’année prochaine en y associant deux artistes, l’artiste interprète Valérie Dréville et le metteur en scène italien Romeo Castellucci, qui contribueront par leurs réflexions et leurs regards à poursuivre l’exploration du théâtre entamée en 2004.

 

Recueilli par

Les Trois Coups


Festival d’Avignon

Tél. administration : +33 (0)4 90 27 66 50

Réservation : +33 (0)4 90 14 14 14

Courriel : info-doc@festival-avignon.com

Site : http://www.festival-avignon.com/index.php?r=1

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Mardi 31 juillet 2007

 

Plus qu’un tour de chant

 

Ce n’est rien que du Boris Vian. Les mots sont de lui, qu’ils soient chantés ou dits. Et même si on le connaît, on l’entendra ici avec grand plaisir. Pour commencer, les chansons sont vraiment interprétées par Brigitte Guedj. Chanter juste ne suffit pas. Il faut comprendre ce que l’on chante et le transmettre, ce qu’elle fait très bien.

 

De plus, les arrangements de Benoît Urbain servent parfaitement les textes. Il choisit une formule originale, différente du tour de chant habituel, en ajoutant à son piano et son accordéon les lignes mélodiques ou rythmiques du violoncelle (Jean Taverne).

 

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C’est plus qu’un tour de chant auquel nous sommes conviés. C’est l’univers de Boris Vian avec ce qu’il a de surréaliste, de drôle et de percutant. La mise en scène de Christophe Labas-Lafite est soignée. Les chansons et les textes se suivent sans aucun temps mort. On peut juste regretter de ne pas avoir plus souvent une chanson plus « posée », qui vous laisse le temps de respirer, mais on se prend au jeu de l’énergie que dégagent les trois personnages.

 

Les musiciens ne sont pas là que pour soutenir le chant. Ils donnent du rythme aux intermèdes. Benoît Urbain (piano, accordéon) a une présence incroyable avec son air pince-sans-rire et son regard légèrement « provocateur », qu’il semble n’adresser qu’à vous. Jean Taverne (violoncelle), qui remplace depuis peu Julien Amedro, tient parfaitement un rôle plus malicieux.

 

Tous les trois forment donc une belle équipe, qui nous plonge pendant une heure et quart dans les mots du poète, pour nous parler des relations humaines. Il est surtout question des hommes et des femmes, et quand bien même les histoires finissent mal, on se prend à en rire. 

 

Célio-Noël Ménard

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Et Vian dans les dents, de Boris Vian

Ucorne • 86, rue de Cléry • 75002 Paris

06 63 86 15 50

brigitteguedj@noos.fr

http://etviandanslesdents.smaf.org

Mise en scène : Christophe Labas-Lafite

Avec : Brigitte Guedj, Benoît Urbain, Julien Amedro, Jean Taverne

Arrangements : Benoît Urbain

Lumières : Éric Pelladeau

Costumes : Virginie Berger

La Condition des soies • 13, rue de la Croix • Avignon

Réservations : 04 32 74 16 49

Du 6 au 28 juillet 2007 à 21 h 30

Durée : 1 h 15

15 € | 11 €

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Mardi 31 juillet 2007

 

Éloge de la lenteur

 

Il est des spectacles comme des rêves éveillés, des songes sitôt évanouis, des états d’apesanteur, de grâce… Le Riverbed Theatre, compagnie taïwainaise accueillie par Le Funambule dans le cadre du festival Taking off (dont nous avons précédemment parlé dans ces pages), nous offre, avec son « Riz soufflé », une expérience sensorielle et visuelle sidérante. Ouvrez (grands) les yeux et acceptez l’invite vers un au-delà…

 

Comment parler d’un tel spectacle ? Comment faire pour que les mots, vieux colporteurs du réel et du sens, ne viennent pas réduire l’expérience, aplanir le ressenti, porter ombrage à la sensation ? Riz soufflé, c’est un peu « il faut le voir pour y croire »… Et d’ailleurs, s’agit-il seulement d’un spectacle, comme nous permettent d’en douter des pancartes de bienvenue (« Ceci n’est pas un spectacle », « Croyez tout ce que vous voyez ») ? L’ombre de René Magritte (la Trahison des images ou « Ceci n’est pas une pipe », 1928 ; l’Homme au chapeau melon, 1964) flotte ici comme un hommage révérencieux à peine déguisé et, ce, tout au long du spectacle.

 

En une dizaine de (splendides) tableaux vivants, d’inspiration nettement surréaliste donc, nous plongeons dans le subconscient d’une fillette, sorte d’Alice perdue et contemplative. Un Lewis Caroll revisité à la sauce Twin Peaks. D’abord l’illusion, le rêve. Puis surgissent l’étrange, le bizarre, l’absurde. Enfin, s’esquissent la régression, le macabre. Tandis qu’affleurent également la poésie, l’humain. Bref, l’expression de l’imaginaire le plus fécond.

 

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Expression rendue possible une fois que la pensée lucide s’est effacée ou assoupie. Cette bascule dans l’onirisme et le subconscient nous renvoie à la théorie surréaliste selon laquelle l’art n’est jamais le produit d’une raison pleinement consciente. Il faut tendre à un état second, pour permettre à ce qui est enfoui dans le tréfonds de notre conscience de remonter à la surface. La beauté plastique, les constructions visuelles et picturales de Riz soufflé participent de cet élan émancipateur de l’imagination, et sont autant d’hommages aux Magritte, Dali, et autres Man Ray, voire Giuseppe Arcimboldo ou Francis Bacon. Les créations du Riverbed Theatre sont d’ailleurs considérées comme de véritables œuvres d’art et sont régulièrement exposées dans des musées, des galeries, des théâtres…

 

Théâtre du visuel donc, mais aussi théâtre du symbole, du mythe : la puissance des scènes incombe tout autant à leur beauté plastique qu’au caractère énigmatique et/ou sacré de ce qui est ici représenté. Naissance, vie, déclin, mort… Une fable aux accents métaphysiques, contée sur le mode vibratoire et aérien du souffle, calée sur le seul rythme de la respiration. Ah, quand le souffle de la comédienne devient le seul son du spectacle, action qui – seule ! – réussit à convoquer toute la puissance des éléments : vent, mer…) !

 

En découle naturellement un théâtre du rituel, de la communion, du cérémonial (mise à mort, purification). La précision méticuleuse, l’exquise lenteur des gestes, des déplacements, suscitent un sentiment de religiosité aigû. Sentiment accentué par la puissance d’expressivité des comédiens : visages d’albâtre, spectres, icônes, madones… (la pureté des traits asiatiques, ou quand le moindre cillement confine au tragique antique). Et renforcé par l’utilisation du masque et des marionnettes, véritables condensés de vie, précaire et fragile, délicate et fugace.

 

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Ce sera peut-être pour certains un spectacle dérangeant, voire monstrueux. Parce qu’il touche à l’intime. Rien de moins anodin en effet (et de plus universel pourtant) que cette exploration du chaos de l’âme, des sens et de l’esprit. Nous ne possédons peut-être pas toutes les clefs (psych)analytiques pour déchiffrer un tel spectacle. Et nous ne sommes pas égaux face à un tel plongeon dans les profondeurs du moi. Mais c’est aussi le défi de l’entreprise surréaliste : le décodage de l’œuvre est fonction de la sensibilité, du vécu, de la culture d’origine, etc. de celui qui la reçoit. Point de spectacle abscons ici, il suffit de se laisser guider et envahir, submerger et terrasser (ou pas). En un mot : éprouver.

 

Seul (petit) regret : un passage chanté qui vient littéralement briser l’enchantement. En effet, des comédiens viennent effectuer une oraison – funèbre ?, en tout cas, funeste – autour de la fillette, chœur inspiré s’il en est (« A Long Way back to Your Heart », lui scande-t-il), mais tristement réaliste aussi. Pourquoi ne pas s’être contenté de chanter depuis les coulisses ? Nous aurions ainsi pu rester blottis dans le songe de cette nuit d’été…

 

Voyage aux confins du rationnel et de l’irrationnel, de la réalité et du rêve, Riz soufflé est un spectacle mémorable précisément parce qu’il est inexpliquable. Il soumet le spectateur à un état d’hypnose, d’engourdissement, d’envoûtement. Un état qui défie la raison, la logique, et la volonté. Un beau spectacle, et c’est un euphémisme, tant on en prend plein les yeux. En sortant, vous aurez tout bonnement l’impression de léviter dans les rues encombrées et bruissantes d’Avignon…

 

Delphine Beaugendre

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Riz soufflé

Riverbed Theatre • Centre culturel de Taïwan • 78, rue de l’Université • 75007 Paris

01 44 39 88 64 | 06 86 40 29 17

chopei@hotmail.com

www.riverbedtheatre.com

Scénario et mise en scène : Craig Quintero

Interprètes : Huang Hsu-yuan, Cheryl Quintero, Chung Li-mei, Wei Hsiao-chun, Lai Chih-chen

Lumières : Liao Wen-ling

Vidéo : Lan Yuan-hung

Le Funambule • 16/18, rue Joseph Vernet • Avignon

Réservations : 04 90 14 69 29

Du 6 au 28 juillet 2007 à 18 h 50

Durée : 45 minutes

13 € | 10 €

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Mardi 31 juillet 2007

 

Léger comme le souffle,

puissant comme le vent

 

Une approche théâtrale dans la tradition du tao, où souffle et unité se conjuguent pour toucher la perfection.

 

Formée aux arts chinois traditionnels (qi gong, tai-chi-chuan, danse ya yueh, calligraphie) et à ceux du mime occidental (auprès de Marcel Marceau et Jacques Lecoq,) Sun Li-tsuei a développé son propre style théâtral à partir de ses expériences et de son intérêt pour les philosophies taoïstes et bouddhistes.

 

Inspirée d’anciennes légendes, l’histoire de Shan-Zai Dragon se situe à la convergence de cette recherche esthétique et spirituelle, puisqu’elle raconte les aventures d’une guerrière en quête du dragon, symbole d’harmonie. À travers des aventures s’étendant sur plusieurs réincarnations, l’héroïne nous fait découvrir un monde empreint d’équilibre et de beauté, où le souffle crée et recrée sans cesse la vie.

 

shan-zai-dragon-web.jpg

 

Ainsi, assistons-nous à des combats épiques avec l’animal mythique, magnifiquement figuré par un comédien masqué, à une naissance émouvante de vérité et de sobriété, au passage d’un enfant à l’âge d’homme, à l’émergence du désir… Et toujours le cycle recommence, ponctué par le rythme de l’eau qui s’écoule et des instruments des deux musiciens sur le bord de la scène.

 

En dépit d’une temporalité déroutante et d’un symbolisme peu familier, nous franchissons la porte de ce monde inconnu sans la moindre difficulté, guidés par finesse et la précision du jeu des comédiens. Ici, chaque son a une raison d’être, chaque gestuelle, une signification. Un mouvement de tête, le clapotis de l’eau, une note de musique, tout concourt à l’émergence de la perfection.

 

Et peu importe notre ignorance concernant le tao, la méditation ou les arts martiaux chinois, puisqu’il suffit de se laisser porter. Ne pas chercher à comprendre, à analyser, juste s’abandonner à la beauté des images et à l’inspiration des musiciens. Se laisser bercer par le souffle intérieur.

 

Seul regret, mais de taille : la présence dans la salle d’un appareil photo têtu et crépitant, brisant la pureté des silences.

 

Patricia Lavigne

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Shan-Zai Dragon, de Sun Li-tsuei

Shang Orientheatre • nº 10, Lane 67, Pingiing St., Shihlin Disc. • Taipei 111, Taiwan, R.O.C.

886 2 28612597

Shangorientheatre@gmail.com

www.shangorientheatre.com

Scénario et mise en scène : Sun Li-tsuei

Interprètes : Sun Li-tsuei, Lee Tsz-kin, Siki Sufen, Liang Yu-ping

Musiciens : Hong Pei-jing, Lu Min-hung

Masques et accessoires : Grant Bailey

Costumes : Nicole Lamarche

Lumières : Lei Jo-hao

Le Funambule • 16/18, rue Joseph Vernet • Avignon

Réservations : 04 90 14 69 29

Du 6 au 28 juillet 2007 à 16 h 30

Durée : 1 h 10

13 € | 10 €

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Lundi 30 juillet 2007

 

Une efficacité dramatique redoutable

 

Un nouveau théâtre est né à Avignon. C’est Le Verbe fou, dédié avant tout, comme son nom l’indique, au texte. Le Théâtre littéraire de la Clarencière, de Fabienne Govaerts, y présente un classique du théâtre du xxe siècle, « la Leçon », d’Eugène Ionesco. Grâce à une mise en scène intelligente et des comédiens excellents, j’ai pu me régaler d’un petit bijou d’efficacité dramatique, durant ce Off 2007 d’Avignon.

 

Au départ, il s’agit d’une situation banale. Une élève vient prendre sa première leçon particulière auprès d’un professeur privé. L’Élève (1) est fraîche, enjouée, « motivée », comme on dirait maintenant. Le Professeur (1) est timide, maladroit, sanglé dans sa blouse grise, un peu obséquieux et fuyant. Pas vraiment franc du collier, voyez.

 

On se dit, imperceptiblement, que le cours ne va pas forcément être un long fleuve tranquille. Le pire n’est jamais sûr, dit-on. La suite des évènements démontrera le contraire.

 

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© Marc Weideman

 

Le grand danger de la Leçon, c’est que cette pièce a été maintes et maintes fois représentée, dans des mises en scène très différentes l’une de l’autre. Bernard Lefrancq l’a parfaitement compris. C’est ainsi qu’il fait brillamment ressortir la dimension humoristique et absurde de la pièce, sans négliger pour autant son soubassement tragique.

 

Il a, en outre, l’intelligence de ne pas « la ramener », de faire totalement confiance au texte d’Ionesco – d’une efficacité dramatique redoutable – et de se concentrer sur la direction d’acteurs.

 

À cet égard, Philippe Sassoye et Frédérique Panadero sont parfaits. Lui construit subtilement son personnage – cette figure terrifiante du pouvoir. Et en révèle, avec un art consommé de la progression, toutes les pulsions sadiques et criminelles, comme une évidence. De son côté, la comédienne apporte une présence charnelle et une touche de sensualité à l’Élève. Elle invente par ailleurs une petite peste d’une fraîcheur bienvenue. Et griffe la peau de son rôle d’une entaille de fascination hypnotisée par la soumission.

 

Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com

 

(1) Je mets une capitale à Élève et Professeur, car il est évident que Ionesco les utilise comme des archétypes.


La Leçon, d’Eugène Ionesco

Création saison 2006-2007

Théâtre littéraire de la Clarencière • rue du Belvédère 20 • 1050 Bruxelles

+32 (0)2 640 46 70

fabienne.govaerts@skynet.be

www.laclarenciere.be

Mise en scène : Bernard Lefrancq

Avec : Frédérique Panadero et Philippe Sassoye

Le Verbe fou • 95, rue des Infirmières • Avignon

Réservations : 04 90 85 29 90

Du 7 au 28 juillet 2007 à 20 heures

Durée : 1 heure

14 € | 9 € | 6 €

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