Samedi 28 juillet 2001

 

Un concertino pour femme seule,

en rouge majeur et bémol tragique

 

Maryse une petite sœur qu’on voudrait consoler…

 

Avec la pièce de Serge Valetti, Mary’s à minuit, on assiste, dans ce petit théâtre du Vieux-Balancier, à un concertino pour femme seule, en rouge majeur et bémol tragique.

 

Stéphanie Valois est visiblement tombée en tendresse pour Maryse. Et elle dépense son talent sans compter pour nous faire aimer cette fille, dont le cœur et la tête font des fugues. Dont le cerveau est plein de chaos et va, elle le dit elle-même, « parfois, plus vite que sa langue ».



Sa langue, elle l’a pourtant bien pendue, Maryse ! Elle parle, elle raconte, elle résume… notamment son histoire d’amour avec Jean-Louis Maclaren – elle l’appelle comme ça parce qu’il a une belle voiture de sport. Elle essaie de mettre de l’ordre dans le bordel de son âme, quitte à transiger avec la réalité et à rêver sa vie. Et la générosité de Stéphanie Valois nous rend sa quête très émouvante.

 

La mise en scène fluide et discrète de Bruno Andrieux a l’intelligence de se mettre au service du texte et de la comédienne. 

 

Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Mary’s à minuit, de Serge Valletti

Compagnie Tapatoudi, la Méarie • 38210 Tullins

Mise en scène : Bruno Andrieux

Avec : Stéphanie Valois

Lumières : Pierrick Longuevre

Théâtre du Vieux-Balancier • 2, rue d’Amphoux • Avignon

06 03 20 83 15

Du 6 au 28 juillet à 11 h 45 (1 heure), 85 F et 60 F

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Jeudi 26 juillet 2001

 

Un grand texte

 

On vous parle, monsieur le ministre ! Écoutez ! Avant qu’’il ne soit trop tard…

 

Tout commence par une mauvaise interprétation de la loi. Or « nul n’’est connu sensé la loi » ! Et ce foutu « sensé de la loi » va amener l’’honnête et travailleur M. Baboudi Bou Rhégoune en prison. Début de la dégringolade, avec les « jnounes ».

 

Ah, le Off, c’’est formidable ! J’’y fais chaque année des découvertes sensationnelles. La Santé en prison… monsieur le ministre en est une. Ce Mouloud Belaïdi a pondu un grand texte. Qui ne va pas dans le sens du poil –– ce qui commence à se faire rare. Et qui fait rire avec le seul humour qui vaille : la politesse du désespoir. À base de détournements joyeux et malins de la langue et de la grammaire, le texte de Bélaïdi nous emmène sur les bords sucrés du rire et sur les rives salées des larmes. 

 

Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


La Santé en prison… monsieur le ministre, de et par Mouloud Belaïdi

Compagnie le Fils du muet,

25 bis, rue Girart-de-Roussillon • Avignon

04 90 82 21 62

Mise en scène : Corinne Levesque

Régie : Frédéric Thal

Théâtre des Carmes 6, place des Carmes • Avignon

04 90 82 20 47

Du 6 au 28 juillet à 13 heures (1 h 15), 80 F et 55 F

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Mardi 24 juillet 2001

 

« Quand parle un homme simple,
c’est un délice. »

 

C’est incontestablement un bien bon spectacle. Plus qu’une pièce de théâtre « normale », c’est une conversation entre deux êtres qui s’apprécient et se respectent (Thomas Bernhard et Krista Fleischmann). Sans doute un des dialogues les plus simples et les plus brillants du Festival.

 

© Alexandre Rabory

 

Sophie Thebault a pris le contrepied de l’image habituelle de l’écrivain autrichien « négatif », qui déteste tout et tout le monde. Ici, c’est un des plus grands écrivains de notre époque qui s’exprime, mais aussi un être humain d’une qualité rare, profondément et définitivement libre, intègre et lucide. Pas de faux-semblants, pas d’hypocrisie : droit au but ! Il n’attaque pas, ce sont les mots eux-mêmes qui sont « comme des obus ». C’est un « poseur de pièges », mais il n’oblige personne à tomber dans ses rets ! Dans le monde qui « est une sorte d’hiver », « une tromperie », ses propos d’une lucidité tranquillement méchante nourrissent comme un fortifiant bourré de vitamines.

 

Ce qui est très fort dans ce spectacle, c’est que Thomas Bernhard laisse cheminer sa pensée, en toute clarté et en toute simplicité. Ça nous change agréablement des discours intellectuels obscurantistes et des horripilants résumés réducteurs télé.

 

Patrick Lambert, parfaitement à l’aise dans la tête et dans la peau de Thomas Bernhard, est très convaincant. Marion Bonneau, dans le rôle difficile de Krista Fleischmann, est impeccable. 

 

Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Thomas Bernhard, un rescapé

Entretiens de Thomas Bernard avec Krista Fleischmann (éd. L’Arche)

Compagnie les Tournesols • place Aubry • 02000 Laon

06 60 49 82 47

Adaptation : Sophie Thebault et Zaïra Benbadis

Mise en scène : Sophie Thebault

Avec : Patrick Lambert et Marion Bonneau

Décors : Alexandre Rabory

Musique : Jean-Paul Celea

Lumières : Stéphanie Daniel

Théâtre de l’Escalier-des-Doms • 1 bis, rue des Escaliers-Sainte-Anne • Avignon

04 90 14 07 99

Du 6 au 28 juillet à 17 heures (1 h 30),

90 F et 65 F

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Vendredi 20 juillet 2001

 

Un beau comédien dans un luxuriant jardin

 

C’est un fait indéniable : c’est un beau spectacle. Au propos encore et toujours d’actualité, en ces temps de « repentance ». Au discours clair à l’époque où l’on a jugé Papon, où l’on va juger d’arrogants chefs d’État et leurs sbires.


© Jean-Pierre Campomar


Porté à bout de voix par un Jean-Paul Farré sobrement incandescent, qui tisonne – avec Michel Quint – au fer rouge là où ça fait mal. Là où sont nos sales petites lâchetés, qui tachent nos consciences. Là où nous planquons nos misérables mesquineries de miteux du cœur. Là où nous sommes prêts à tout pour entendre encore notre peau palpiter. Là où nous jugeons trop vite, sur les apparences.

 

La mise en scène de Gérard Gelas a l’intelligence d’être sobre et dépouillée, sans effets grandiloquents qui auraient desservi le propos. Jean-Pierre Chalon et Jean-Louis Cannaud sont au diapason et accompagnent fraternellement le spectacle de leur travail raffiné, tout en dignité. 

 

Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Effroyables jardins, de Michel Quint

Mise en scène : Gérard Gelas

Avec : Jean-Paul Farré

Décors et costumes : Daniel Jassogne

Dramaturgie : Émile Herlic

Création lumière : Jean-Louis Cannaud

Création son : Jean-Pierre Chalon

Musique originale : Michel Garnier

Théâtre du Chêne-Noir (salle Léo-Ferré) • 8 bis, rue Sainte-Catherine • Avignon

04 90 82 40 57

Du 7 au 28 juillet à 16 heures (1 h 20), 150 F et 105 F

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Vendredi 20 juillet 2001

 

Une blessure incicatrisable

 

Un jeune auteur doué, Philippe Beheydt, ouvre la boîte de Pandore…

 

Une obsidienne noirâtre et brûlante brille de ses reflets pâles dans la pénombre du théâtre Le Funambule, quand la nuit est tombée sur la cité papale : la Boîte en coquillages. Cette pièce dévoile lentement la brûlure pour toujours purulente et sanguinolente d’une enfance à jamais saccagée. Une blessure creusée à vif dans la couenne, dans le crâne, dans le cœur. Incicatrisable. À en faire bégayer l’âme. À en faire postillonner la haine par tous les pores de la peau. À rendre cinglé à hurler. Définitivement…

 

L’auteur – à la langue simple, drue, belle et efficace – a le don de scruter l’homme, de racler les secrets de famille jusqu’à la moelle de la rancœur, pour « nettoyer toute la merde à l’intérieur ».


© Gersende Michel


Gaëlle Lebert – petite sœur au sourire fêlé –, Delphine Grandsart – tigresse terrifiée, violente et sexy pour mieux punir les hommes –, Laurent Boubecker – grand frère discret qui ne se pardonne pas les « choses de grand frère qu’il n’a jamais réussi à faire » – et Philippe Beheydt – petit frère à jamais mutilé de l’amour de son père – nous cloîtrent avec talent dans ce huis clos familial.

 

La mise en scène transparente de Gersende Michel a l’infinie pudeur de s’effacer, de se faire oublier, pour nous donner à voir l’essentiel : des « cœurs pourris par le passé », des « petites vies heureuses tuées dans l’œuf » par une mère marâtre et un père potentat, tyrans de leurs propres enfants.

 

Marie, Claire, Marc et Karl, n’ayez pas peur ! N’ayez plus jamais la peur au ventre : je vous aime ! 

 

Vincent Cambier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


La Boîte en coquillages, de Philippe Beheydt

Éditions du Laquet, coll. « Théâtre en poche », 74 p., 69 F

Jeunes Plumes et compagnie • 59, rue du Père-Corentin • 75014 Paris

01 45 39 93 23

jeunes-plumes@freesurf.fr

Mise en scène : Gersende Michel

Avec : Delphine Grandsart, Gaëlle Lebert, Philippe Beheydt et Laurent Boubecker

Scénographie : Patrice Beheydt

Régie : Denis Schlepp

Spectacle soutenu par l’Association Beaumarchais

Le Funambule • 16, rue Joseph-Vernet • Avignon

04 90 14 69 29

Du 6 au 28 juillet à 23 h 15. Durée : 1 h 20

Tarifs : 90 F et 65 F

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