Samedi 31 mai 2008

 

« Variations sur les jardins »

 

Le 31 mai 2008 dans les quartiers de Montfavet :

– les Broquetons à 15 h 30

– Sainte-Catherine à 16 h 15

– place de l’Église à 17 heures

(Horaires approximatifs)

Les 7 et 8 juin à 19 h 30 dans les jardins familiaux

 

La Fondation Abbé-Pierre est l’initiatrice d’un projet-pilote se déroulant pendant trois ans et partant du postulat qu’au-delà du « mal habiter » la culture et l’accès aux pratiques artistiques est l’un des chemins indispensables dans la reconquête de la dignité humaine. Elle rejoint en ce sens les préoccupations du centre social et culturel L’Espelido et de la compagnie Mises en scène, qui ont été sollicités pour conduire ce projet. « Variations sur les jardins » en est le fruit.

 

En décembre 2006, des « Impromptus » au collège Tavan de Montfavet, portés par des acteurs-musiciens-danseurs de la compagnie Mises en scène, ont déclenché la gourmandise d’une cinquantaine d’élèves, qui se sont inscrits dans sept ateliers de pratique artistique de janvier à mai 2007.

 

Ils ont à leur tour investi en mai les espaces du collège, créant de nouveaux possibles, « éphémères paniques », petites machines à rêver. Un certain nombre de ces collégiens a voulu poursuivre l’aventure. Profitant de cette dynamique, nous avons constitué les BIP (brigades d’intervention poétique), auxquelles se sont ralliés d’autres jeunes des quartiers de Montfavet.

 

Depuis septembre 2007, ils travaillent sous forme d’ateliers animés par une comédienne, une danseuse et un musicien sur le thème fédérateur des jardins ; d’enfance, publics, secrets, mythiques, ouvriers, rêvés, perdus.

 

Parallèlement à ces BIP, deux comédiennes et une photographe sont allées pendant un an à la rencontre de la population de Montfavet dans les ateliers du centre social, les jardins publics ou familiaux, les appartements, les rues, pour récolter des histoires de terre, de gens, de fleurs, de vies, de racines…

 

Au final tous ces imaginaires croisés donneront lieu à une présence spectaculaire le 31 mai 2008 dans les quartiers de Montfavet et dans les jardins familiaux les 7 et 8 juin 2008 sous forme d’un parcours déambulatoire. Les matériaux collectés, images, sons, paroles mêlés à des textes d’auteurs, créeront un espace poétique et théâtral.

 

Recueilli par

Les Trois Coups


Compagnie Mises en scène

04 90 88 47 71

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Vendredi 30 mai 2008

 

Une bien belle soirée !

 

Les Baladins du miroir (théâtre forain) ont planté leur chapiteau dans le parc de la Cartoucherie, où ils présentent, dans une version pour profanes, leur « Tristan et Yseut », mis en scène par Nele Paxinou. Du théâtre qui ne cherche qu’à vous emporter dans son rêve. Laissez-vous faire et… amenez les gosses !

 

On nous a si souvent fait le coup du spectacle total avec musiciens, acrobates et tout le tremblement que je me méfiais un peu en m’aventurant, l’autre soir, sous les grands arbres de la Cartoucherie. , m’attendaient la gentillesse, la poésie et la beauté. J’en suis encore tout ébaubi.

 

Oyez, bonnes gens, la triste et véridique histoire de Tristan et Yseut ! Comment Tristan vainquit le dragon d’Irlande et obtint pour sa peine la blonde Yseut. Comment, comme un goujat, il préféra l’offrir à son oncle Marc, roi de Cornouailles. Comment Yseut en conçut un si vif dépit qu’elle ne voulut plus se marier du tout. Comment alors sa mère, fée à ses heures, pensa tout arranger en confectionnant un fatal philtre d’amour…

 

Accueil des plus chaleureux avec des bougies sur les tables, un décor de baraque foraine, où l’on peut dîner (d’un très bon couscous) ou seulement prendre un verre, servi par des gens ravis, qui vous ravissent, donc. À quelques mètres de là, la salle immense avec, au premier rang, des petites tables où on peut continuer à siroter sa bière, par exemple (fameuse, la troupe vient de Belgique !). Autour, des gradins bondés de gamins turbulents, qui font craindre le pire.

 

 

Décor simple et discret, évoquant un château. Quelques arcades, des rideaux qui s’éclairent lentement. Paraît Yseut, scrutant la mer – une toile peinte. Superbe éclairage, on y est. Entrée de la reine (Sophie Lajoie, impressionnante), qui lance sa première réplique. Plus un souffle dans la salle. Les mômes, domptés, vont en prendre plein les mirettes. Et les oreilles. Car voici, s’avançant vers nous, les musiciens-chanteurs, qui accompagnent le spectacle tout du long, dans leurs plus beaux atours.

 

Quels costumes, nom d’une mandragore ! Aussi exacts qu’élégants (ils sont signés Sylvie Van Loo). Des matières, des coupes comme on n’en voit plus… Disons, des costumes enfin beaux. Musique de scène originale de Wouter Vandenabeele, interprétée en direct par ces anges médiévaux, qui se mêlent aux personnages. Un rêve. Musicalement, c’est un pastiche très réussi de polyphonie et de musique ancienne. Tambours, rebecs, violes, cornemuses, rien ne manque. Vous êtes au onzième siècle devant d’authentiques ménestrels. (Aurélie Goudare, Marielle Vancamp, Véronique Willemaers, Wout de Ridder et Darius Lecharlier, tous fabuleux.)

 

Côté comédiens, nous avons : une Yseut à tempérament (Suzanne Émond) ; un Tristan cascadeur et touchant (Emmanuel Guillaume) ; deux barons félons acrobates et tordants (Abdel El Asri et Diego Lopez Saez) ; une suivante vif-argent (Virginie Pierre, aussi à l’aise dans l’émotion que dans le comique, quelle Brangen !). Sans oublier le roi Marc (Alain Boivin) et la remarquable Blanches-Mains (Coline Zimmer). Mention spéciale pour Sophie Lajoie (encore elle !), qui fait une extraordinaire composition du nain Frocin, et pour Geneviève Knoops, inénarrable narratrice.

 

 

Pour ceux qui connaissent (bien) la légende, le texte moderne de Paul Émond prend quelques raccourcis, mais peu de libertés. Les épisodes obligatoires y sont tous : je vous laisse le plaisir de les reconnaître. D’autant que la narratrice vous y aidera de son malicieux bagout, subtilement pédagogique. La mise en scène, enlevée, pleine d’humour et d’idées, devrait faire le reste. Exemples : le voyage en mer sur une nef qui tangue pour de bon, un dragon magnifique de dix mètres de long, des combats réglés au petit poil, des lépreux aux masques poignants, la neige tombant sur la forêt… Tout cela mené, c’est le cas de le dire, tambour (irlandais) battant. Nele Paxinou peut être fière de son travail.

 

Je lui cède la parole. Dans le programme, elle écrit : « Demain, le chapiteau sera replié et les roulottes [des vraies, décorées et tout !] reprendront leur route. Il ne restera plus sur place que le cercle tracé de la piste et la rumeur des derniers applaudissements, qui s’en iront avec le vent. » N’attendez pas, courez voir cette féérie avant qu’elle ne s’évanouisse. Elle raconte, avec une très grande générosité, une histoire qu’on croit tous connaître, alors qu’il n’en est rien. Celle du vrai amour. 

 

Olivier Pansieri

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Tristan et Yseut, de Paul Émond

Les Baladins du miroir

lesbaladins@belgacom.net

www.lesbaladins.be

Mise en scène : Nele Paxinou

Assistant à la mise en scène : Olivier Magis

Musique originale : Wouter Vandenabeele

Avec : Suzanne Émond, Geneviève Knoops, Sophie Lajoie, Virginie Pierre, Coline Zimmer, Alain Boivin, Abdel El Asri, Emmanuel Guillaume, Diego Lopez Saez, Wout de Ridder

Musiciens : Aurélie Goudaer (violon), Marielle Vancamp (violon), Véronique Willemaers (harpe et chant), Darius Lecharlier (percussions), Wout de Ridder (cornemuses, flûtes à bec, cromorne, taragota…)

Travail sur la gestuelle : Olivier Antoine

Chorégraphie des combats : Diego Lopez Saez

Scénographie : Saïd Abitar et Aline Klaus, assistés de Catherine Van Assche, Philippe Évens, Aline Breucker, Florine Delory, Nadia Cherkaoui

Ingénierie : Xavier Decoux, assisté d’Olivier Mélis et Marc Decrollier

Dispositif scénique : Geneviève Knoops

Création lumières : David Taillebuis, Michel Hayoit

Régie : Olivier Mélis

Création costumes : Sylvie Van Loo, assistée d’Anne Bariaux, Anne Delvigne, Magali Hertsens, France Lamborey et Marie Nils

Création maquillages : Serge Bellot

Théâtre du Soleil • route du Champ-de-Manœuvre • 75012 Paris

Renseignements : 01 43 74 24 08

Du 29 mai au 22 juin 2008 : mercredi à 19 heures ; jeudi, vendredi et samedi à 20 h 30, dimanche à 16 heures, relâche lundi et mardi

Durée : 2 h 30, avec entracte

25 € | 14 €

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Vendredi 30 mai 2008

 

« Olivier Messiaen et Cécile Sauvage

en poèmes et musique »

 

Dans le cadre d’un parcours Messiaen 2008 organisé par Orgue hommage à Messiaen à l’occasion du 100e anniversaire de la naissance d’Olivier Messiaen

Le jeudi 12 juin 2008 à 20 h 30

Théâtre des Halles à Avignon

 

Cécile, mère et poétesse, Olivier, fils et musicien : une fusion créatrice.

Olivier Messiaen naquit à Avignon en 1908. Son père était professeur d’anglais et sa mère, la poétesse Cécile Sauvage, venait de dédier à l’enfant qui allait naître son recueil l’Âme en bourgeon

Olivier Messiaen est justement considéré comme l’un des maîtres de la musique du xxe siècle. Dans cette époque de doute, de suspicion et de désespérance, Olivier Messiaen transmet un message différent…

Claude Samuel

 

Musique d’orgue, musique d’orchestre, musique de chambre, musique pour piano, mélodies, oratorio, opéra jalonnent une œuvre considérable marqué par trois grands thèmes d’inspiration : sa foi catholique, l’amour humain, la nature.

 

La poésie de Cécile Sauvage est vouée au bonheur, aux joies de la maternité et à la simplicité de la nature.

Née en 1883 à La Roche-sur-Yon, cette digne émule de Marceline Desbordes-Valmore éleva ses enfants, dont son fils, le musicien Olivier Messiaen, dans un contexte féerique.

C’est une poésie incarnée, touchante par sa simplicité et sa nudité, qui dit l’essentiel. Son œuvre fut saluée notamment par Henri Pourrat.

 

Recueilli par

Les Trois Coups


Théâtre des Halles

Entrée du public : rue du Roi-René • Avignon

Administration : 4, rue Noël-Biret • Avignon

contact@theatredeshalles.com

www.theatredeshalles.com

Réservations : 04 32 76 24 51

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Jeudi 29 mai 2008

 

Gonflé, mais à voir

 

Au Théâtre 14, scène à la fois municipale et universelle, deux troupes, Acte 6 et Les Unités 55975, unissent leurs forces pour monter un étonnant « Jules César », de Shakespeare. Frédéric Jessua, qui en assure la mise en scène, a presque retrouvé le secret de fabrication de ce drôle de drame. Son plat n’aurait besoin que d’un peu plus de vrai amour pour être un vrai régal. Très bon tout de même !

 

Première partie : les ides de mars. Nommé « dictateur à vie », César se révèle, selon les uns, aussi grand chef d’État qu’il fut grand général ; selon les autres, « serpent encore dans l’œuf ». Cassius, lui, est aussi épris de son ami Brutus – il ferait volontiers de lui le nouveau César – qu’il l’est assez mollement de la République. Pour Brutus, c’est l’inverse. Pour l’un, César doit périr. Pour l’autre, rien ne presse. Le complot a besoin de la caution de Brutus, qui incarne la République. Cassius déploie tout son talent, Brutus cède, César mourra.

 

 

Deuxième partie : les conséquences. En feignant de souscrire au meurtre, Marc-Antoine le fait condamner par l’opinion publique (la célèbre tirade des « honourable men »). La guerre civile éclate. Les conjurés s’entredéchirent. Marc-Antoine et Octave prennent la tête des légitimistes, Cassius et Brutus celle des « conjurés ». Leurs armées se rencontrent à Philippes, où les idéalismes finissent dans le lit, que Shakespeare leur a amoureusement préparé, du sang et de la poussière.

 

On démarre on ne peut mieux par un prologue jouissif qui, instantanément, transforme la salle en forum. Deuxième bonne surprise : pour une fois on échappe aux sempiternels costumes-cravates des pièces historiques prétendument actualisées. Louable souci esthétique, qui s’arrête un peu en route. En d’autres termes : costumes disons décontractés « à l’antique ». Plus intéressant : ces taches qui maculent les tuniques, mais aussi les membres, quelquefois les têtes des protagonistes. Elles donnent un côté « crade », mais aussi rituel (les cendres) à ces hommes, de sorte qu’on les dirait surpris en pleine cérémonie. Ce qui est le cas.

 

Plateau nu, remarquablement éclairé par Florent Barnaud à la manière de Fellini dans son Satyricon. Des images d’une grande force naîtront sous les savants pinceaux de ses lumières. Thibault Sommain et Grégory Montel, tous deux déjà parfaits en tribuns mauvaises langues, vont être encore meilleurs dans Cassius et Casca. Entrée de Serge Avedikian, qui a une présence folle et impose sans peine son César néronien, voire caligulesque. Marrant, mais un peu « casse-gueule ». Et davantage pour la pièce que pour l’acteur, qui fait ce qu’il veut. Hovnatan Avedikian (son fils dans la vie) passe en traînant les sandales, très grand dadais un peu sournois. Assis en tailleur, un derviche avertit César : « Crains les ides de mars ! »

 

 

Première scène entre Cassius et Brutus, auquel Antoine Cholet peine à donner vie. Il a en outre un petit problème de diction (peut-être dû au trac de la première), qui rend son texte parfois incompréhensible. Surtout, son débat de conscience est très intérieur, car on ne le voit pas. Pour sa défense, il faut dire qu’il est censé aimer César et que, dans cette mise en scène, César n’est guère aimable. Voir plus haut. Marc-Antoine y arrive un peu mieux, mais sa vraie nature d’ambitieux le dispense très vite d’en faire davantage. Pas Brutus, dont l’indécision, puis les remords, annoncent ceux d’Hamlet.

 

En attendant, Antoine Cholet rame dans le vide, sa barque s’étant échouée sur l’écueil du traitement sarcastique général. D’autant plus qu’à côté de cet acteur entravé, on a un Thibault Sommain déchaîné et, disons-le, génial. Son Cassius est poignant, d’une sincérité absolue dans la jalousie comme dans l’exhortation, dans l’impuissance rageuse comme dans le désespoir. Ça, c’est un ami ! Au sens toujours ambigu que Shakespeare donne à ce terme.

 

Soudain les scènes nocturnes, toutes plus folles, mais en fait logiques, les unes que les autres. Cette « nuit d’effroi » est d’un grand artiste. Ici, le metteur en scène marche dans les pas visionnaires du poète. Du cauchemar de Casca (Grégory Montel, incroyable) aux affres des conjurés, en passant par la valse-hésitation d’un César s’autoparodiant, à la supplique-ultimatum de Portia (et quelle Portia : Isabelle Siou !) se traînant aux pieds de son mari, tout cela nous transporte. La pièce décolle, comme on dit.

 

Ensuite, si l’on n’a pas la « guerre civile » intérieure de Brutus, on a du moins la vraie. Quelle trouvaille que ces flammes, que des exaltés tirent du cadavre de César – une poupée rembourrée de chiffons rouges – pour aller incendier les demeures de ses meurtriers ! Hovnatan Avedikian y fait merveille d’abord dans l’élégie à César, ensuite comme chef des partisans du nouveau César : lui-même, Marc Antoine !

 

 

Suivent les deux scènes attendues des « désillusions ». Marc-Antoine se révèle plus démagogue que démocrate, Brutus a de sérieux doutes sur la pureté des intentions de son lieutenant Cassius. Un des rares exemples que je connaisse de quiproquo tragi-comique : Thibault Sommain (encore lui) fait une véritable déclaration d’amour à son Brutus, lui obnubilé par sa République ! Excellents moments.

 

 

Là-dessus, on retombe un peu dans la bataille de Philippes. Toutefois, celle de la pièce est gagnée. Le torrent d’images et de moments percutants, que déverse Frédéric Jessua sur scène, vaut tous les robinets d’eau tiède des lectures ordinaires de cette œuvre difficile. Il confirme le talent de la Cie Acte 6, qui ne fait décidément rien comme les autres. Puisqu’elle le fait mieux. 

 

Olivier Pansieri

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Jules César, de William Shakespeare

Les Unités 55975 et Acte 6

contact@55975.biz

contact@acte6.org

Mise en scène : Frédéric Jessua

Texte français : Jérôme Hankins

Avec : Justine Bachelet, Dominique Massat, Isabelle Siou, Hovnatan Avedikian, Serge Avedikian, Lorenzo Baitelli, Antoine Cholet, Jonathan Frajenberg, Frédéric Jessua, Grégory Montel, Arnaud Pfeiffer, Thibault Sommain

Lumières : Florent Barnaud

Création sonore : Arnaud Jollet

Costumes : Victoria Vignaux, assistée de Céline Guéroult

Collaboration à la scénographie : Maline Cresson

Trône : Nicolas Cesbron

Accessoires : Iveta Holanova

Habilleuse : Christelle Yvon

Régie : Hugo Richard et Fouad Souaker

Assistanat : Delphine Pradeilles

Théâtre 14 - Jean-Marie-Serreau • 20, avenue Marc-Sangnier • 75014 Paris

Réservations : 01 45 45 49 77

Du 27 mai au 12 juillet 2008 : mardi, mercredi, vendredi à 20 h 30 ; jeudi à 19 heures ; samedi à 16 heures et 20 h 30 ; relâche dimanche et lundi

Durée : 2 heures, sans entracte

23 € | 16 € | 11 €

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Mercredi 28 mai 2008

 

L’archange des faubourgs

 

Pour la première édition du festival Diva à la Cartoucherie de Vincennes, le Théâtre de l’Épée-de-Bois se devait d’inviter Denis d’Arcangelo, inoubliable Monsieur Loyal du « Cabaret des hommes perdus ». Loin des one-(wo)man-show qui envahissent les scènes contemporaines, « Madame Raymonde » offre, depuis plus de vingt ans, un tour de chant drôle et émouvant, en hommage à Arletty et à la chanson réaliste. Un magnifique talent d’interprète, où se devinent d’autres influences : le clown, les claquettes, l’improvisation. Un retour aux fondamentaux de la scène. Une consécration.

 

Avec sa robe à fleurs et son ton gouailleur, Mme Raymonde n’est pas l’une de ces « vamps » à l’humour incertain. Au-delà d’un simple numéro de travesti, Denis d’Arcangelo s’inspire du personnage Arletty, légendaire Mme Raymonde du film de Marcel Carné, Hôtel du Nord. Sur un air d’accordéon – « cet instrument qui vous donne envie d’aller décrocher la lune » –, le spectacle commence par la reprise d’une célèbre chanson d’Arletty : La femme est faite pour l’homme / Comme le pommier pour la pomme. Entre deux verres de rouge, Mme Raymonde annonce le programme des festivités : « Nous croiserons donc au milieu de ce spectacle, dans le désordre, des thèmes comme les rouquines, les obèses, la drogue, le tabac, l’alcool, le vin en particulier, la prostitution, l’amour, l’argent, les sacs à main, et bien sûr… la femme ».

 

Accompagné par « le Zèbre » – émouvant Sébastien Mesnil, qui joue de son piano à bretelles comme d’« un orchestre symphonique» –, Denis d’Arcangelo fait revivre le répertoire de la chanson réaliste de l’entre-deux-guerres : nous découvrons, au passage, l’existence de Gaby Montbreuse et sa fameuse chanson : Tu m’as possédée par surprise. À travers son personnage de prostituée usée par la vie, le comédien ressuscite toute une époque, celle des guinguettes et du tabac à chiquer : « Du gris que l’on prend entre ses doigts / C’est fort, c’est âcre comme du bois / Ça vous saoule / Ça vous laisse un goût presque louche / De sang, d’amour et de dégoût / Dans la bouche ».

 

 

Tendrement nostalgique, le spectacle rend hommage à ces artistes populaires, aujourd’hui oubliés, qui inspireront, plusieurs générations plus tard, Piaf, Brel, Aznavour. Avec l’insolence du titi parisien, Denis d’Arcangelo s’amuse à la parodie : « Je me voyais déjà / En bas de l’affiche ». Il se moque tendrement de « la Môme », dont le surnom s’inspire d’une chanson de Gaby Montbreuse, la Môme-Moineau. Et lorsque que s’égrènent les « trois petites notes » de la Chanson de Bilbao, l’émotion est à son comble. On croit remonter le temps, croisant Yves Montand, Catherine Sauvage, Boris Vian, Bertolt Brecht, Kurt Weil. « Vieille lune de Bilbao, que l’amour était beau »…

 

Avec une maîtrise du rythme et de l’improvisation, Denis d’Arcangelo esquisse quelques pas de claquettes. On devine l’exigence technique sous l’apparente désinvolture du personnage. On devine l’immense travail du comédien, à la fois chanteur et clown. Le texte, intense, joue sur l’absurde : « des bigorneaux bigorneautent dans la rue ». Malgré quelques longueurs à la fin des deux heures du spectacle, malgré une rupture un peu brutale entre le rire et les larmes, les spectateurs, conquis, rient aux éclats. Dans le public, Mme Raymonde a le mérite de réconcilier les générations : le troisième âge y côtoie un jeune public gay. Après Madame Raymonde se paye des congés payés, en 1992, et Madame Raymonde chef de gang, en 1995, aujourd’hui, Mme Raymonde, la « décadente », entre dans la légende. 

 

Estelle Gapp

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Madame Raymonde revient, de Denis d’Arcangelo et Philippe Bilheur

Spectacle musical

Avec : Denis d’Arcangelo et Sébastien Mesnil (accordéon)

Dans le cadre du festival Diva, du 16 mai au 8 juin 2008

http://www.divamusic.fr

Théâtre de l’Épée-de-Bois • Cartoucherie de Vincennes • route du Champ-de-Manœuvre • 75012 Paris

Informations : 01 48 08 39 74

Représentation unique le lundi 26 mai 2008 à 21 heures

Durée : 1 h 45

Pass 2 spectacles 30 € | 20 €

Pass 5 spectacles 55 € | 40 €

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