Vendredi 4 avril 2008


J’ai pleuré au théâtre pour la première fois…


On dit souvent de Jean-Michel Rabeux qu’il est un provocateur, sans doute parce qu’il dénude quelquefois ses acteurs… Quelle provocation ! Il faut simplement comprendre que cela est fait dans le but de ne pas dissocier le corps et l’esprit. À la force des mots s’ajoute la puissance des corps en ce qu’ils ont de plus instinctif, de plus naturel. À travers le corps (nu ou pas), le metteur en scène convoque sur le plateau l’éros (le désir), mais également la mort inévitablement toujours présente.


Jean-Michel Rabeux impose un théâtre qui questionne, qui réfléchit, qui dérange parfois. Avec Onanisme avec troubles nerveux chez deux petites filles, il nous prouve avec un talent et une finesse extraordinaires que l’on peut tout aborder au théâtre même les sujets les plus graves. Et quoi de plus délicat que de parler d’onanisme chez deux enfants ?


Le spectacle s’appuie sur un véritable rapport médical paru en 1882 dans la revue l’Encéphale. Le Dr Zambaco détaille dans cette observation la prétendue pathologie dont sont atteintes deux petites filles, et comment il tente de les en guérir. La masturbation était à l’époque associée à une grave maladie pouvant être mortelle, et des « traitements » d’une rare violence étaient mis à exécution pour « soigner » les enfants.


Claude Degliame, qui joue une des deux petites filles adultes, nous raconte dans la plus grande intimité le cauchemar qu’ont enduré ces enfants. L’actrice, tout de noir vêtue, est installée sur une petite estrade face au public. Elle n’est quasiment éclairée que par la lumière du jour, qui tombe peu à peu. La comédienne est absolument magistrale. Elle nous captive, nous désarme, nous bouleverse. J’ai pleuré au théâtre pour la première fois… Qui d’autre qu’elle aurait pu rendre ce texte audible, supportable pour le spectateur ? Ce texte qui met en lumière ce qu’il n’est pas « correct » de dévoiler.


© Gantner


Claude Degliame nous parle avec tout son corps, sa prise de parole singulière nous transperce. Elle ne s’adresse pas uniquement à notre cerveau, mais à tout notre être, qui réagit au son de ses paroles. Entre violence et délicatesse, elle nous transmet la cruauté de ce qu’ont vécu ces deux petites filles victimes de « la certitude médicale ».


Jean-Michel Rabeux a écrit « Aucun de nous, j’espère, n’a été torturé comme ces enfants l’ont été, mais aucun de nous, je crois, n’est totalement indemne de ce qui se joue ici : la mise en ordre de son corps, de ses secrets, la mise au pas de son âme ». Le metteur en scène a ressenti la nécessité de rejouer ce spectacle créé en 1984. Ce qu’il dénonce, au-delà du calvaire de ces petites filles, c’est le danger des certitudes médicales et des certitudes en général.


Il me semble très important que ce genre de spectacles existe et qu’il trouve sa place. Merci à Jean-Michel Rabeux et à Claude Degliame pour ce qu’ils font pour le théâtre contemporain. 


Jeanne C.

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Onanisme avec troubles nerveux chez deux petites filles, d’après le rapport du docteur Démétrius Zambaco

Mise en scène et adaptation : Jean-Michel Rabeux

Avec : Claude Degliame

Lumières : Jean-Claude Fonkenel

Coproduction MC 93, La compagnie

MC 93 • 1, boulevard Lénine • BP 71 • 93002 Bobigny cedex

Réservations : 01 41 60 72 72

www.mc93.com

Du 31 mars au 27 avril 2008 à 20 h 30, dimanche à 15 h 30, relâche le jeudi

Durée : 1 heure

25 € | 17 € | 9 €

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Vendredi 4 avril 2008


Rencontre avec le monde

du professeur Astier


À l’occasion d’une série de concerts, Claude Astier témoigne de son parcours et de son bonheur de chanter. Entretien.



Quel est votre parcours ?

Claude Astier : Ben là, en effet on est à l’Essaïon avec les frères Sakarine. Moi, je fais des chansons depuis pas mal de temps. Des chansons qui sont, comment dire, un peu particulières. Ça se balade entre le toxique, terme que j’aime bien, et le romantisme. Toxique, c’est caustique, c’est critique, il y a pas mal de critique sociale, d’humour décapant, délirant, etc, puis à côté des choses beaucoup plus tendres. C’est un mélange, quoi. En général, on définit ça en disant Chansons noires, tendres et sulfureuses. C’est un mélange qui définit assez bien l’esprit des textes.


Vous écrivez les textes et les mélodies ?

Claude Astier : Oui, les mélodies s’adaptent au contenu des textes, ça peut être très arraché, rapide, hyper rapide, humoristique, et toxique à nouveau.

On m’a souvent qualifié de chanteur qui trempe sa plume dans le vitriol. Sur le dernier disque, un journaliste disait que ma plume ressemblait au bistouri d’un médecin légiste, parce qu’il y a des histoires noires. Et les mélodies sont très variées, d’influences latino, blues, rock, swing, cubain, oriental, gipsy…

Nous sommes quatre, j’ai des musiciens d’enfer, qui jouent pour la plupart avec des groupes de jazz manouche assez connus.


Combien d’albums avez-vous fait ?

Claude Astier : C’est le quatrième. Il s’appelle la Lune au fond du verre *. J’ai commencé assez tardivement. Puis j’ai arrêté pendant dix ans et là j’ai repris en 1996, ça fait douze ans.

Je me suis arrêté parce que j’avais fait le tour des plaisirs de ce métier, de ses avantages et de ses inconvénients. J’en avais marre. Et puis c’est un des métiers où on est le plus centré sur soi-même. C’est de l’égocentrisme. On écrit ses chansons, on les chante, et puis après… j’en avais marre quoi.

J’ai fait plein d’autres métiers. J’ai fait de la création d’objets, de bijoux, de la déco, du travail manuel et graphique.


Une série de concerts à Paris et ensuite ?

Claude Astier : Et bien là, il y a l’Essaïon, en avril aussi, puis on va jouer au théâtre de Ménilmontant en juillet, puis une semaine à Avignon, puis quelques dates en province.


Avez-vous d’autres projets ?

Claude Astier : Oui, je travaille sur un album duo, qu’on enregistre dans trois semaines avec Dominique Mac Avoy. Des duos d’histoires d’amour. On a appelé ça Délires et vissicitudes de l’amour. Ça met en scène un couple où l’homme est un objet aux mains de la femme. La femme est une manipulatrice, une prédatrice. Évidemment, c’est raconté avec distanciation, avec humour. On va le jouer au théâtre de Ménilmontant et aussi un peu à Avignon.


Que pensez-vous de ce métier ?

Claude Astier : Moi, j’ai commencé assez tardivement. J’avais trente-six ans, j’avais donc une vision assez réaliste du milieu. On est quelques milliers à faire de la chanson à texte et il n’y a que un ou deux pour cent d’entre eux qui arrive à séduire un producteur. Comme on en a vu apparaître il y a trois quatre ans avec, entre autres, Sanseverino ou Bénabar aux Victoires de la musique, et c’est très intéressant. Mais là, depuis deux ans, on retombe dans une variété commerciale. Ça rapporte tellement de ronds, un tube, qu’il y a des gens qui travaillent là-dessus, qui fabriquent sur mesure, et qui trouvent des chanteurs, système Star ac’, etc, et on leur fait un répertoire. Mais c’est tout. De toute façon, dans la chanson, le pognon que ça coûte de produire un album !…


Que peut-on vous souhaiter ?

Claude Astier : Ben, moi ça va. Je continue de chanter. Je me trouve bien dans ma peau. Même si le circuit dans lequel je chante reste confidentiel. De toute façon, les gens qui écoutent la chanson française, à texte, ne sont aussi que quelques milliers.

Par contre, la chanson de variétés touche beaucoup plus de monde. Ceux qui achètent ça, ils ont entre huit et vingt-cinq ans. C’est un autre monde… c’est comme ça…


Extrait…

* La lune au fond du verre


Juste une histoire d’amour


Une carte postale

Écrite à Montmajour

Et postée de Pigalle

Le timbre décollé

L’adresse qui s’efface

L’encre décolorée

Comme le temps qui passe

Un air d’accordéon

Mûri sous les tropiques

Et du rhum au citron

Tiré à la barrique

Le vieil abécédaire

De toutes les complaintes

La lune au fond du verre

Une larme d’absinthe

Juste une histoire d’amour

Une carte postale

Et l’odeur du jasmin

Au bar des edelweiss

Des rêves chérubins

Juste un doigt de tendresse

Les larmes de l’hiver

Tombées là sous la cendre

L’envie de voir la mer

Par un soir de décembre

Amor lejano sombra y sol

Luna de plata e ilusion

Verdes tus ojos negra la mar

La mar de nuestro amor

L’oreiller en satin

Et le journal qui traîne

Et le vert sous-marin

De tes yeux de sirène

La nacre du hasard

Le carmin de ta bouche

Un accord de guitare

La lune qui se couche

Juste une histoire d’amour

Une carte postale

Et la géométrie

Du vol des oies sauvages

Dans le ciel de Paris

Faufilant les nuages

Les chiffres du Loto

Avec tout l’or du monde

Le printemps à Porto

Là auprès de ma blonde

Amor lejano sombra y sol

Luna de plata e ilusion

Juste une histoire d’amour

Une carte postale


Propos recueillis par

Astrid Cathala

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Astier et les frères Sakarine, Chansons noires, tendres et sulfureuses

www.claudeastier.fr

www.myspace.com/professeurastier

Claude Astier : chant, violon, guitare

Jean-Baptiste Laya : guitare

Doudou Cuillerier ou Hervé Pouliquen : guitare

Antonio Licusati ou Marcelo Cordova : contrebasse

Cabaret Essaïon • 6, rue Pierre-au-Lard (angle 24, rue du Renard) • 75004 Paris

Réservations : 01 42 78 46 42

www.essaion.com

4-5, 11-12, 18-19 avril 2008 à 20 h 30 (autres dates de tournée sur les sites)

15 € | 10 €

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