France-Étranger 1998-2011


Lundi 15 août 2011 1 15 /08 /Août /2011 21:49

La vocation de Bussang

 

Cent seize ans que le Théâtre du peuple offre sa scène aux amateurs et au public du pays. Marion Aubert, dramaturge prolixe avec le vent en poupe, a créé une pièce pour le lieu. Son « Brame des biches », intelligente fresque historico-tragi-comique pour quarante-huit acteurs et foule, chante l’histoire du théâtre de Bussang, non sans quelques longueurs.

 

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« le Brame des biches »

 

La distribution impressionne, avec ses airs d’inventaire à la Prévert. Prévu pour quarante-huit (une formidable hérésie de théâtre !), le Brame des biches peut compter entre douze et deux cents acteurs. Didascalies à l’avenant. Des dates en veux-tu en voilà, une armée d’accessoires : des torches, des métiers à tisser, des livres, des Guédons, du charbon, un service à thé et des sacs de jute, des tartes à la myrtille et du cognac, des tombeaux, des redingotes et les petits bonbons au pin des Vosges, et une seconde d’attention, naturellement. Une désunité de lieux : ce sera ici et là, mais toujours dans les Vosges noires et un peu à Paris, aussi. Mort à la bienséance ! Marion Aubert tend volontiers vers le mélo et le drame social, elle frôle le grand-guignol. Mais son projet est historique et identitaire.

 

Un prologue prévient : « Nous allons vous conter l’histoire terrible, ordinaire, simple, secrète, extraordinaire de Mademoiselle Clara, ouvrière textile dans les Vosges au dix-neuvième siècle, de Monsieur Louis, son patron, leurs amours avec Mathilde, parfois appelée Madame, jeune femme abandonnée, de Frédéric, acteur de théâtre, diable, révélateur. Entrez ! ». Par bonheur, ce « Montreur » a pris corps en Jean-Paul Muel. Tata délurée à la recherche de la vache et du mainate l’an passé, ne reculant devant aucune facétie, il revient en pivot toujours aussi essentiel et délicieux de ce Brame tragique.

 

Un brame parce que ce sont des histoires d’amours contrariées. Mathilde tombe sous la coupe amoureuse de Louis, patron d’une industrie textile. Mais des passions homophiles animent Mathilde, une bovarienne née, qui fraye avec Noélie, puis Clara. Louis, abandonné, rabat son désir sur le beau Paulin. L’acteur Frédéric intervient alors dans cette représentation représentée : c’est le principe de la pièce, les acteurs jouent des acteurs jouant l’histoire de Bussang. Il est l’élément perturbateur qui fait chavirer le drame et bramer le cœur des biches. Des biches parce qu’il est question de femmes ; Marion Aubert ne cache ses velléités féministes.

 

Fond de lutte sociale, rehaussé d’une fantaisie érotique

Reconstituer à Bussang l’histoire du théâtre sur fond de lutte sociale, rehausser d’une fantaisie érotique : malin. Maligne aussi Marion Aubert, dont l’écriture souple et riche de trouvailles s’autorise des complaisances et des longueurs. Le premier temps du spectacle est un brin empesé. Le second s’envole, au propre – Louis sur un petit nuage avec Paulin prend l’air, les portes du théâtre s’ouvrent, ils décollent – comme au figuré – riche d’un surcroît de fantaisie, de rythme et de couleurs. Mathilde (Agathe L’Huillier) prend de la chair, gagne en ferveur bovaryste tout au long de la représentation, néanmoins trop longue.

 

Parfaite scénographie, de bric, de broc, avec une machinerie de théâtre apparente, et belle facture des costumes d’Axel Aust, rehaussent la chorégraphie du chœur de ce brame parfaitement orchestrée – de très belles scènes de groupe emportées par le montreur Muel. Saluons aussi l’osmose confondante des amateurs et des professionnels, fruit du travail de Marion Aubert et Pierre Guillois, et de l’esprit du lieu. Car ce brame à l’unisson rappelle la vocation Bussang : par l’art, le peuple et pour l’humanité, depuis plus d’un siècle. 

 

Cédric Enjalbert

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Le Brame des biches. Tragi-comédie industrielle, de Marion Aubert

Production : Théâtre du Peuple

Mise en scène : Pierre Guillois

Assistante à la mise en scène : Sandrine Pirès, assistée de la stagiaire Isis Fahmy

Avec : Christophe Caustier, Agathe L’Huillier, Jean-Paul Muel, Jean-Benoît Souilh

… et les comédiens amateurs du Théâtre du Peuple, les enfants et les figurants de Bussang et alentours

Décor et accessoires : Philippine Ordinaire, assistée de la stagiaire Lauren Rousseaux

Costumes : Axel Aust, assisté de Camille Penager

Maquillage et coiffure : Catherine Saint-Sever

Son : Grégoire Harrer

Lumières : Jean-Yves Courcoux

Théâtre du Peuple - Maurice-Pottecher • 88540 Bussang

Réservations : 03 29 61 50 48

reservation@theatredupeuple.com

Les 14, 16, 17, 23, 24, 30, 31 juillet et 4, 5, 6, 7, 10, 11, 12, 13, 14, 17, 18, 19, 20, 21, 24, 25, 26, 27 août, à 15 heures

Durée : 2 h 30, avec entracte

21 € | 15 €| 10 €, pour le spectacle

32 € | 29 €| 26 €, pour les deux spectacles

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