France-Étranger 1998-2011


Mardi 13 juillet 2010 2 13 /07 /Juil /2010 21:29

 

Affronter l’indicible avec de grandes cuillères de grâce

 

Le metteur en scène Alain Batis présente au Théâtre du Ring sa vision du texte de Lee Hall, « Face de cuillère », découvert en 2003. La traduction est signée Fabrice Melquiot. Le monologue, interprété dans une précédente version par Romane Bohringer, est aujourd’hui porté par la bouleversante Lætitia Poulalion.

 

L’auteur britannique Lee Hall, connu pour ses traductions et adaptations théâtrales, accède vraiment à la notoriété grâce au scénario du film Billy Elliot en 1999. L’année suivante, il écrit sa première pièce, Spoonface Steinberg : « Face de cuillère », fillette autiste surnommée ainsi à cause de sa bouille toute ronde, est née.

 

Non seulement cette gamine n’est pas comme les autres enfants, mais en plus ses parents se déchirent, elle attrappe un cancer, et elle est juive. Alors évidemment, son monologue suscite le pathos. Mais avec une infinie justesse, une alchimie délicate entre l’humour, la crudité de l’enfance et la poésie. Cette histoire prend aux tripes, mais sans jamais verser dans le mélodrame. Comment est-ce possible ?

 

face-de-cuillere estelle-fridlender

« Face de cuillère » | © Estelle Fridlender

 

Déjà, Face de cuillère commence par nous parler de sa passion pour l’opéra. De sa sensibilité, de son intelligence, de sa différence. De fil en aiguille, elle évoque avec ses mots d’enfant « attardée » (plutôt surdouée, en fait) la séparation de ses parents, la relation avec la nourrice, le cancer, la rencontre avec le Dr Bernstein, ses interrogations sur la mort. Elle explique que les chanteurs d’opéra la fascinent lorsqu’ils « meurent dans la lumière » de la scène, que leur voix est immortelle… L’univers délicatement tissé par Lee Hall parle ainsi d’anormalité, d’art, de mort et de transcendance, avec des mots d’enfant, d’adulte, de fou, de poète. Des mots tendres et décalés.

 

Lætitia Poulalion s’empare du texte avec une énergie vitale inouïe, et l’illumine avec générosité. Son travail sur la gestuelle et les mimiques des enfants autistes ou des artistes d’art brut confère à son jeu une véracité et un raffinement saisissants. Vêtue d’un simple costume blanc (d’enfant, de malade ou de Pierrot lunaire), Face de cuillère affronte la mort sur scène, dans un petit espace d’une blancheur immaculée et onirique. La scénographie matérialise l’indicible : l’âme, le chant divin, la finitude, le silence. Le décor est simple, ultra dépouillé, mais parvient à tout créer, avec du rien : la comédienne utilise la lumière, le papier et l’argile pour faire des marionnettes, des oiseaux, des chanteurs, pour figurer son étincelle de vie qui s’envole. En outre, le monologue est accompagné presque de bout en bout par le répertoire sublime de la Callas (la Norma de Bellini, la Tosca de Puccini).

 

De l’émotion pure jaillit ainsi constamment du plateau et soulève le cœur du spectateur. On pourra considérer que c’est trop. Pourtant, l’écriture du sentiment a aussi sa place au théâtre. Surtout lorsqu’il est ainsi manié : avec grâce. 

 

Lorène de Bonnay

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Face de cuillère, de Lee Hall

Traduction : Fabrice Melquiot

L’Arche, agent et éditeur du texte représenté

Cie La Mandarine blanche • résidence à l’espace Jacques-Prévert-Théâtre d’Aulnay-sous-Bois • 93 Aulnay-sous-Bois

01 48 32 47 06

la.mandarineblanche@free.fr

www.lamandarineblanche.fr

Mise en scène : Alain Batis

Avec : Lætitia Poulalion

Création lumières : Jean-Louis Martineau

Création costumes : Jean-Bernard Scotto

Décor : Sandrine Lamblin

Régie lumières : Nicolas Gros

Régie son : Émilie Tramier

Le Ring • 13, rue Louis-Pasteur • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 27 02 03

Du 8 au 31 juillet 2010 à 16 h 30, relâche le 24 juillet 2010

Durée : 1 h 25

14 € | 10 €

Publié dans : France-Étranger 1998-2011 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 0 commentaires

Recherche sur le site

Qui ? Quoi ? Où ?

  • Les Trois Coups
  • Les Trois Coups
  • Association
  • P.A.C.A. Vaucluse Avignon
  • Culture theatre danse spectacle Avignon
  • « Les Trois Coups » est le journal quotidien du spectacle vivant en France. Des journalistes et des correspondants de presse proposent des critiques, des annonces, des informations, des interviews, des reportages sur les spectacles.

Nous contacter

L’association Les Trois Coups

« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
Lire la suite.

W3C

  • Flux RSS des articles
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés