France-Étranger 1998-2011


Lundi 22 août 2011 1 22 /08 /Août /2011 16:26

« Chaos à quai » : sens sans conscience…

 

L’installation de Fantazio s’adapte pour recevoir des enfants tandis que les passants s’interrogent. Nicolas Frize organise un concert de locomotives dans la gare S.N.C.F. et une bande de jeunes femmes survoltées inondent les rues d’Aurillac de leurs percussions.

 

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« Chaos à quai » | © Matthieu Galeyrant

 

Il est dix heures trente sur la place des Carmes et Fantazio accueille son public, contrebasse à l’épaule, saluant chacun d’un mot bienveillant teinté d’une légère ironie : « Passez les enfants ! Attention à la tête ! Bienvenue à la classe de 5 e B ! Bravo à ce grand garçon qui a réussi à passer la porte ! ». Selon son habitude, il improvise de longues tirades avec un accent italien qu’il contrefait avec un naturel stupéfiant. L’espace est en extérieur, des composites de plastique rouges et blancs organisés en hémicycle, et pour y accéder, les spectateurs passent par un encadrement de porte en gros bois, à hauteur d’enfant. C’est ici que commence la confusion des genres…

 

Une fois le public installé, adultes rabotés et enfants rallongés, débute le concert. Ou plutôt la leçon de ces choses que l’on glane quand le monde est une grande cour de récré : inventions, confusion des vérités, révolte des enfants contre le dictariat (1) des adultes, amusement et insolence, cris en tout genre et transgression, histoire de la musique à la Breton (2). Et puis, bien sûr, la musique. Expression libre, forme improvisée, trois musiciens forcenés (Aymeric Avice, trompettiste qui peut emboucher deux instruments) pour prouver que non seulement la musique contemporaine n’est pas réservée aux initiés mais qu’elle était à la portée d’un enfant. Bien sûr, tous n’ont pas été pris par la magie et quelques-uns sont partis, mais pour le reste, que d’yeux étincelants !

 

Carnaval

Encore une fois la difficulté et tout à la fois le plaisir du Festival d’Aurillac, c’est que le chaland ne sait pas toujours à qui il a affaire. Il est donc difficile de conseiller un spectacle qui a plu. Un bon exemple avec une bande d’incroyables femmes percussionnistes qui ont sillonné la rue des Carmes jusqu’à la place du Square, jouant plus de trois heures consécutives.

 

Une affiche était glissée entre les cordes de tension des instruments. On pouvait y lire : « Las … drums », le mot du milieu étant absolument camouflé. Elles étaient six ou sept, à l’énergie inépuisable, tour à tour dansant, psalmodiant, sifflant tout en frappant toujours sur de plus ou moins gros tambours. Les rythmes, empruntant chacun à des traditions musicales différentes (percussions africaines, bossa-nova, musique orientale…), étaient tous exécutés avec une grande précision et sans le moindre hiatus, en véritable hymne au corps et à ses pulsions.

 

Quand l’oreille trompe l’œil

Nicolas Frize est un homme plein de malice. Son Chaos à quai, créé à la gare d’Aurillac, en est la preuve. Ce concert, qui n’en est pas vraiment un, ne fait que nous faire prendre conscience de nos sens. Comme nombre de petites gares de province, celle d’Aurillac ne possède que deux voies. Sur la première sont disposées, entre les rails, des enceintes de différentes tailles.

 

Le public est assis à même le quai et le concert commence. Au loin : ballet de locomotives et d’autres incroyables bolides tenus secrets par la mystérieuse S.N.C.F., puis les enceintes se mettent à imiter le passage d’un train, si bien que, rapidement, on ne sait plus qui est responsable de quel bruit. Est-ce réel (la locomotive) ? Est-ce fictif (les enregistrements) ? Les yeux cherchent là où l’oreille croit déceler l’origine. Cet audacieux compositeur a réussi à mettre en œuvre un véritable concert pour le regard. Un regard qui tourne et vire, sans cesse sollicité, assoiffé de localisation dans cette imbrication quasi philosophique du son avec le temps et l’espace.

 

Des figurants vont et viennent dans la gare et sur les quais, valises à la main. Ils effectuent, avec beaucoup de grâce et une certaine poésie (entre Prévert et Queneau), l’incroyable danse des gestes répétés par les voyageurs en attente. Une expérience drôle et originale qui fait naître des réflexions qui la dépasse. En somme, une œuvre, quoi. ¶

 

Lise Facchin

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


(1) Sur les murs de la faculté de Rennes, après une vague de grèves estudiantines, était écrit ce pied-de-nez : « Vive le dictariat du prolétature ! ».

(2) Théoricien du surréalisme.


http://www.aurillac.net

Du 16 au 20 août 2011

http://www.fantazio.org

http://www.nicolasfrize.com

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