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De la souffrance à la délivrance
L’enfance maltraitée est un sujet à faire pleurer, à juste titre. Ce n’est pas le propos d’Adeline Picaut. La nouvelle pièce de cette jeune dramaturge, « Bats l’enfance », ne fait pas dans le pathos larmoyant. Loin de tout manichéisme, elle nous fait assister au face-à-face de la victime et du bourreau, modéré par une contrebasse.
« Bats l’enfance » | © Djouadou Amar
La fille, c’est Lyly, dix-huit ans. Elle se fait battre par sa mère (qui n’a pas de nom) depuis l’âge de huit ans. Les coups sont toujours portés avec des chaussures chères à bout pointu et jamais sur les parties découvertes du corps. La mère, en effet, est une « femme respectable », publicitaire, qui tient à sa réputation « d’excellente maman ».
Au lever du rideau, Lyly, pauvre petite chose, se tient recroquevillée au pied d’un praticable en pente, vêtue d’habits informes, les mains disparaissant dans des manches très longues. La mère, habillée façon chic bon genre, se tient assise dans l’ombre, au sommet du praticable. Cet habile dispositif scénique dit assez la position des deux protagonistes. Les changements vestimentaires chez Lyly et sa place sur le praticable marquent son évolution tout au long de la pièce.
La mère, interprétée avec justesse et sensibilité par Emmanuelle Brunschwig, est odieuse, évidemment. Cynique et cruelle à souhait, elle voudrait que sa fille aime ses tourments et son bourreau. Mais on sent ses propres fêlures : une maternité non désirée, un compagnon qui s’est enfui, l’âge qui arrive, la situation professionnelle qui s’effiloche et cette fille, trop jolie, qui lui fait de l’ombre.
Pauline Jambet : une comédienne à suivre assurément
Cependant, la révélation de la pièce est sans doute la jeune Pauline Jambet, l’interprète de Lyly. Elle passe, comme en se jouant, de l’adolescente mal dans sa peau, tiraillée entre la crainte et l’amour d’une mère qui la martyrise à la jeune fille aux rêves un peu fous et à la jeune femme, enfin libérée. Ajoutons qu’elle sait bouger en chantant et possède un fort joli brin de voix. C’est une comédienne à suivre assurément.
La contrebasse d’Eugenio Romano sert à la fois de respiration, d’accentuation et de contrepoint, avec sa succession de cordes frottées ou frappées, à ce texte extrêmement tendu.
On ne saurait conclure, en effet, sans évoquer le texte d’Adeline Picault. Son titre, Bats l’enfance, est surprenant : avec cet impératif suivi d’un mot abstrait, il ne paraît pas la meilleure trouvaille de l’auteur. Il est également déroutant à la lecture avec ces lignes très courtes, parfois un seul mot, et rarement une phrase complète, systématiquement terminées par un point. La mise en scène de Serge Barbuscia en traduit très bien le style syncopé, nerveux, parfaitement adapté à la violence sèche de l’affrontement. N’était quelques faiblesses, sans doute héritées des à-peu-près du rap, c’est néanmoins un beau texte qui porte la marque d’une vraie personnalité.
Si vous trouvez encore des places, nous vous invitons à découvrir et à encourager une pièce qui fait honneur à la jeune création française. ¶
Jean-François Picaut
Les Trois Coups
Bats l’enfance, d’Adeline Picault
Texte publié aux éditions Actes Sud-Papiers
Cie Serge-Barbuscia
Mise en scène : Serge Barbuscia
Avec : Emmanuelle Brunschwig, Pauline Jambet et Eugenio Romano (contrebasse)
Costumes : Annick Serret
Création lumières : Sébastien Lebert
Assistante : Clara Barbuscia
Avec le soutien du conseil régional Provence-Alpes-Côte d’Azur, du conseil général de Vaucluse, de la ville d’Avignon, de l’Association Beaumarchais/S.A.C.D., du Fonds d’insertion pour jeunes artistes dramatiques, de la D.R.A.C., de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, et du Théâtre Mierscher Kulturaus du Luxembourg
Théâtre du Balcon • 38, rue Guillaume-Puy • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 85 00 80
http://www.theatredubalcon.org/
Du 7 au 30 juillet 2011 à 15 h 45
Durée : 1 h 10
20 € | 14 €




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