En direct d’Avignon
Tout change et rien ne bouge
Qui, en ces temps de délocalisation, de mondialisation, de plans sociaux, de culte de la nouvelle idole Productivité, serait assez fou pour aller réclamer une augmentation à son chef de service ? Au temps béni où écrivait le regretté Pérec, ces choses-là se faisaient. Le résultat est-il si différent d’aujourd’hui ?
« l’Augmentation »
L’argument est très simple. Un employé subalterne, en fin de carrière, décide après mûre réflexion d’aller demander une augmentation à son chef de service. Deux possibilités se présentent alors à lui : soit son chef est dans son bureau, soit il n’y est pas. S’il n’y est pas, deux possibilités s’offrent à l’employé, etc. Le texte, une commande du C.N.R.S., mettrait en œuvre six formes : « la proposition, l’alternative, l’hypothèse positive, l’hypothèse négative, le choix, la conclusion ». Comme dans la Disparition, le sujet est donc double : l’augmentation de salaire et la prolifération du texte. Néanmoins et malgré l’habileté rhétorique de Pérec, l’exposition paraît un peu longue. Les choses s’arrangent quand on entre, enfin, dans le vif du sujet : l’employé est admis dans le bureau de son chef.
La satire du monde du travail est un peu désuète (particulièrement si on pense aux entreprises actuelles) et la mise en scène joue le jeu : les tenues des employés, le matériel de bureau sont également datés. En revanche, les rapports humains qu’on nous décrit restent actuels, et les subterfuges pour esquiver une revendication légitime n’ont guère changé.
Donner chair au texte
Tout l’art du metteur en scène (Marie Martin-Guyonnet) et des trois comédiens (Jehanne Carillon, Jean-Marc Lallement et Olivier Salon) consiste à donner chair au texte. Sur un rythme rapide, dans une sorte de ballet, avec une diction irréprochable, en chansons aussi, nos trois compères, font vivre cette petite pièce féroce mais drôle.
C’est donc la mise en scène quasi chorégraphique, l’alacrité du jeu des comédiens, l’usage du comique de répétition (même s’il agace parfois) et l’humanité profonde de Pérec, sous le masque de l’humour, qui sauvent cette pièce dont le contenu date un peu. ¶
Jean-François Picaut
Les Trois Coups
L’Augmentation, de Georges Pérec
Cie Marie Martin-Guyonnet
Mise enscène : Marie Martin-Guyonnet
Avec : Jehanne Carillon, Jean-Marc Lallement et Olivier Salon
Collaboration artistique : Philippe Mentha
La Luna • 1, rue Séverine • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 86 96 28
Du 8 au 31 juillet 2011 à 18 h 20
Durée : 1 h 10
15 € | 10 €




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