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Jean-Paul Farré, l’homme-mémoires
Jean-Paul Farré ose se mettre dans la peau de Châteaubriand le temps d’un monologue. Il livre un beau portrait : celui d’un homme qui, avec droiture et esprit d’indépendance, a traversé tous les tourments de son siècle.
« Mémoires d’outre-tombe » | © B.-M. Palazon
Les Mémoires d’outre-tombe sont une œuvre grandiose, un monument de notre littérature. Rappelons que le titre, voulu par Châteaubriand (1768-1848), s’explique par la publication posthume du livre. Comment extraire de ces trois mille pages la substance d’un projet théâtral ? Il fallait un fil directeur, et Jean-Luc Tardieu, metteur en scène et concepteur du spectacle, a choisi de privilégier les rapports de l’écrivain avec le pouvoir et ses représentants. Car Châteaubriand ne fut pas seulement homme de plume, mais aussi homme politique et diplomate. Et, par là même, témoin privilégié des vicissitudes de l’Histoire.
C’est un Châteaubriand déjà vieillissant qui nous accueille en robe de chambre. L’écrivain doit vendre sa propriété de la Vallée-aux-Loups, ayant démissionné de son titre de pair de France après l’accession de Louis-Philippe au trône. Il est toujours resté fidèle aux Bourbons, ne reconnaît pas la légitimité du duc d’Orléans qu’il considère comme un usurpateur. Ce faisant, il se condamne lui-même à la retraite. Il est au milieu de ses livres, de ses tableaux. Chacun de ceux-ci lui éveille des souvenirs. Lui qui a rencontré tous les hommes importants de son époque se désole : « Les rois n’ont pas de mémoire ».
« Ma main dans le siècle »
À l’entrée en salle, une courte biographie est distribuée au spectateur pour l’aider à s’y retrouver. Cela peut se révéler d’autant plus utile que le spectacle ne respecte pas la chronologie. Ainsi l’arrivée de l’écrivain à Londres où il est nommé ambassadeur sous la Restauration rappelle-t-elle son exil de 1793 pendant la Révolution… Difficile de s’y retrouver dans cette existence si pleine dont les évènements sont si étroitement liés au siècle. (« J’ai mis ma main dans le siècle », écrit-il avec son sens inné de la formule.) On remonte encore le temps : le voyage de jeunesse en Amérique où le futur auteur d’Atala est reçu par Washington en personne. Des tentes des Hurons, on revient à la table des rois. Puis on évoque l’enfance à Saint-Malo…
Jean-Luc Tardieu a bien perçu ce qui fait l’intérêt de l’œuvre : Châteaubriand connaît comme personne les dessous de l’histoire de France : « Je vous fais voir l’envers des évènements, que l’Histoire ne montre pas. ». Napoléon Bonaparte en particulier en prend pour son grade. L’évocation des démêlés de l’écrivain avec l’empereur est assez réjouissante. C’est que l’auteur des Mémoires est avant tout un défenseur acharné de la liberté, et d’abord de la sienne. De la Révolution, il aime les principes, mais déteste la violence. Il se définit comme un « libéral », ce qui lui vaudra aussi des démêlés avec Charles X à partir de 1824.
Jean-Paul Farré sait très bien se couler dans la prose majestueuse de Châteaubriand. Avec son timbre sonore, assez haut perché – un timbre de chanteur –, il restitue avec beaucoup de maîtrise la solennité de ton propre à l’auteur. Il campe un personnage un peu hautain, très conscient de son importance et de sa valeur, qui se félicite d’avoir côtoyé tous les grands de ce monde (« J’ai causé avec deux papes »). Le comédien a su aussi être sensible à l’humour du texte, au sens du détail, au goût de l’anecdote. On peut regretter, peut-être, que des épisodes si divers s’enchaînent sans autres coupures ou respirations que quelques notes d’accordéon… Mais la fin du spectacle – les réflexions d’un homme conscient que le monde qui s’annonce n’aura plus rien à voir avec celui qu’il a connu – emporte l’adhésion. ¶
Fabrice Chêne
Les Trois Coups
Mémoires d’outre-tombe, d’après François-René de Châteaubriand
Sur une idée de Jean-Paul Farré
Conçu et réalisé par Jean-Luc Tardieu
Avec : Jean-Paul Farré
Décors : Pierre-Yves Leprince
Costumes : Pascale Bordet, assistée de Caroline Martel
Lumières : Jacques Rouveyrollis, assisté de Jessica Duclos
Théâtre du Chêne-Noir • 8 bis, rue Sainte-Catherine • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 86 58 11
Du 7 au 29 juilllet 2011 à 17 h 30
Durée : 1 h 30
20 € | 14 €




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