La culture jazz dans tous ses états
Sous l’impulsion de Wayne Barbaste, danseur et chorégraphe, et de la Cie Calabash, le tout nouveau Pôle culture jazz de Cesson-Sévigné (35) vient d’organiser son premier festival, En avant-scène, dans l’agglomération rennaise. Cette première édition, prometteuse, a permis de vérifier que tout un public est prêt à suivre le festival.
Anne Ducros | © Jean-François Picaut
Nous n’avons malheureusement pas pu voir la nouvelle création de la Cie Calabash, Métis 2. Sa prochaine programmation espérée nous permettra sans doute de combler cette lacune. Jouée à guichet fermé au Carré Sévigné (Cesson-Sévigné), elle a, selon tous les échos, recueilli l’unanimité des suffrages.
Anne Ducros en concert : un grand moment de swing
Dans le cadre d’une soirée jazz dance floor, Anne Ducros s’est produite en quintette. La chanteuse, victoire de la Musique jazz en 2003, a délaissé pour un soir l’univers de son dernier (et remarquable) album, Ella… My Dear (Plus loin music) pour se consacrer à des standards. Entourée par un quartette de rêve (Benoît de Mesmay au piano, Gilles Nicolas à la contrebasse, Bruno Castellucci à la batterie et, en invité, Pierrick Pédron au saxophone alto), elle a tenu son public sous le charme pendant plus d’une heure trente.
Anne Ducros, très à l’aise voire décontractée, peut tout chanter et même improviser, l’espace de
quelques mesures, une imitation de Billie Holiday, mais nous avons un faible pour les deux très belles ballades qu’elle avait choisies pour cette soirée : Never Let Me Go et
Lover Man. On connaît, par ailleurs, son aisance dans le scat qui met en valeur toutes les ressources d’une voix puissante, étendue et souple, capable d’aigus qui restent charnus
et de graves moelleux. Ceux qui l’ont vue sur scène connaissent sa présence. Comment bouder son plaisir en pareille circonstance ? La présence en invité de Pierrick Pédron, un de nos
altistes les plus doués, permettait en outre d’avoir deux solistes « pour le même prix ». Leur duo complice a mené la soirée vers des sommets. Quant à la section rythmique, homogène
et efficace, capable d’assurer de beaux soli, elle venait parfaire l’impression d’un quintette à l’épreuve du temps.
Big Bill Broonzy, selon Okon Ubanga-Jones : une plongée dans l’histoire du blues
On sent un frisson parcourir l’assistance lorsque le comédien et musicien anglo-nigérian Okon Ubanga-Jones fait son entrée par le fond de la salle de théâtre en interprétant, a capella, un de ces blues du Sud profond. La voix puissante est grave, profonde mais chaleureuse. Entre récit et chansons, avec l’accompagnement d’une guitare, elle va tenir le public en haleine pendant plus d’une heure trente. Racontée à la première personne, c’est la vie du guitariste et chanteur de blues américain Big Bill Broonzy, né William Lee Conley Broonzy le 26 juin 1893 dans le Mississippi et mort le 15 août 1958 à Chicago, qui nous est ici présentée. Le texte, ponctué des chansons de Big Bill, est tantôt drôle, tantôt dramatique, tantôt simplement émouvant, mais le talent d’Okon Ubanga-Jones se prête à tous les tons.
Abracadence, de Jazzy Clown
Tout avait très mal commencé : la salle indiquée sur le programme n’était pas la bonne, le spectacle avait débuté avec plus de trente minutes de retard et l’on allait bientôt découvrir que le nom du personnage ne correspondait pas à ce qui était proposé ! Pourtant, disons-le d’emblée, Abracadence est un spectacle tout à fait charmant. On oubliera vite que l’acolyte de Jazzy Clown, une sorte de Madame Loyal, aurait gagné à ne pas avoir la voix amplifiée et à dire d’un ton moins convenu un texte qui ne l’est pas moins. La prestation de Jazzy Clown, hormis qu’elle n’est pas vraiment jazzy et ne fait pas le clown (deux arguments commerciaux sans doute), est vraiment remarquable. Dans une suite de numéros muets se mêlent musique, magie, mime et danse. Si les lumières sont peu travaillées, les costumes, dont on change à vue le plus souvent, sont beaux à voir, colorés et souvent drôles. La musique est variée, le rythme soutenu. Mais l’essentiel réside dans le mouvement de Jazzy Clown, qui a la grâce aérienne, la légèreté, la fraîcheur, pourquoi ne pas dire la poésie, d’un elfe ou plutôt, vu le sexe de l’intéressée, d’une sylphide.
Pour ce que nous avons pu en voir, le nouveau festival de l’agglomération rennaise, En avant-scène, laisse bien augurer de l’avenir de cette manifestation. Que les édiles et tous les partenaires qui l’ont encouragée se sentent confortés dans leurs choix. Il faut attendre avec confiance une nouvelle édition, qui comblera d’aise tous ceux qui croient que la culture jazz n’est pas réservée à quelques happy few, mais peut aider le plus grand nombre à mieux comprendre notre société et à y mieux vivre. ¶
Jean-François Picaut
Les Trois Coups
Festival En avant-scène du 25 février au 2 mars 2011, à Cesson-Sévigné (Ille-et-Vilaine)
Cesson-Sévigné, Rennes, Pacé, Servon-sur-Vilaine (35)
Anne Ducros quintette
Avec : Anne Ducros (chant), Pierrick Pédron (saxophone alto), Benoît de Mesmay (piano), Gilles Nicolas (contrebasse) et Bruno Castellucci (batterie)
Label : Plus loin music • 8, rue du 7e-Régiment-d’Artillerie • 35000 Rennes
+33 (0) 223 488 879
Big Bill Broonzy, par Okon Ubanga-Jones
Abracadence, de Jazzy Clown
Contacts : 02 14 39 81 73 ou 06 89 15 00 87




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