En direct d’Avignon
De l’art difficile de « revisiter » Feydeau
Il manque quelque chose à cette mise en scène made in Chêne-Noir pour être vraiment convaincante.
« Mais n’te promène donc pas toute nue »
© Philippe Hanula
Le dépliant de Mais n’te promène donc pas toute nue mentionne : « Gérard Gelas revisite Feydeau […] pour rire et faire rire bien sûr, mais pas seulement… ». Or, malheureusement, on ne rit pas tellement au cours de ce spectacle. Et si, justement, on oubliait un peu le « mais pas seulement » ? Si on riait franchement, si on riait tout court ?
Comment expliquer l’indifférence dans laquelle on ne trouve pendant une grande partie du spectacle ? Non pas l’ennui certes, mais la sensation de voir beaucoup d’intentions dans le jeu et la mise en scène qui ne produisent pas leur effet. Chacun semble pourtant jouer très bien sa partie, avec énergie et en ne ménageant pas ses efforts. Mimiques, cris de surprise ou de douleur, engagement physique : les comédiens grossissent volontairement le trait, mais sans toujours faire mouche.
De trop rares surprises
Peut-être est-ce un problème de rythme ? Peut-être, plutôt, de mise en scène. À deux reprises, pourtant, on ressent ce qui aurait pu être un ouragan comique. D’abord, au début de la pièce, lors d’un gag très bref, mais tout à fait réussi car créant la surprise : le député Ventroux, ayant plusieurs fois constaté que son domestique écoutait aux portes, compte le prendre en flagrant délit et ouvre en grand par surprise. Mais, contre toute attente, c’est à la porte opposée que Victor apparaît alors! On aurait voulu voir plus souvent des moments absurdes comme celui-ci. Autre scène très réussie, mais celle-ci plus importante dans cette mince intrigue de vaudeville : l’aventure qui survient à Clarisse, la femme du député, elle qui a par trop tendance à se « promener toute nue ». La belle se fait piquer par une guêpe, évidemment sur le postérieur. C’est alors, pendant quelques minutes, un déchaînement comique ébouriffant, emmené par Olivia Forest (Clarisse). Là, on vibre.
Hélas, on n’est que trop rarement saisi de la sorte, et l’on a davantage d’occasions de s’interroger sur des choix qui ne paraissent pas probants. Par exemple, la musique vient plusieurs fois ponctuer la pièce, généralement doublée par des éclairages rougeoyants mettant en avant, au second degré, la sensualité exacerbée de Clarisse. Pourquoi pas ? Mais la musique utilisée, une sorte de jazz d’ascenseur des plus ternes, n’est franchement pas une réussite.
Pour le choix des comédiens aussi, Gérard Gelas a voulu innover en faisant jouer le rôle de Hochepaix, député rival de Ventroux, par une femme. C’est donc une députée et maire qui tient la dragée haute à l’ambitieux, avec une Marie Pagès qui ne démérite pas, bien au contraire. Cependant, ce choix ne dénature-t-il pas le texte original ? La présence d’une « femme politique » dans ce contexte était-elle vraiment indispensable ? En tout cas, on pourra quand même retenir la belle prestation des comédiens, en particulier Guillaume Lanson, très en forme dans le costume de Ventroux, et la force satirique que dégage ce texte, encore d’actualité aujourd’hui. ¶
Céline Doukhan
Les Trois Coups
Mais n’te promène donc pas toute nue, de Georges Feydeau
Mise en scène : Gérard Gelas
Assistant à la mise en scène : Jean-Louis Cannaud
Avec : Olivia Forest, Emmanuel Besnault, Guillaume Lanson, Marie Pagès
Décors : Siriso
Lumière : Gérard Gelas
Costumes : Christine Gras
Création son et régie : Jean-Pierre Chalon
Régie lumière : Richard Rozenbaum
Affiche : Taïeb
Photos : Manuel Pascual et Philippe Hanula
Théâtre du Chêne-Noir • 8 bis, rue Sainte-Catherine • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 82 40 57
Du 7 au 29 juillet 2011 à 17 heures
Durée : 1 h 15
20 € | 14 €




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