En direct d’Avignon
Loin de l’éden
Si la précédente création de la compagnie Les Bouches cousues, « Espejo », avait séduit et rencontré un certain succès, le nouveau spectacle écrit et mis en scène par Agathe Surcouf se révèle peu inspiré et ne convainc pas dans sa forme actuelle.
Une charmante hôtesse accueille les spectateurs avant même l’entrée en salle : que voudriez-vous oublier ? Après quoi, idée amusante, un message vocal s’adresse à eux comme à
des patients dans une salle d’attente. C’est le début d’une histoire plutôt abracadabrante : Milo, un jeune milliardaire oisif et désabusé, décide de jouer les mécènes en finançant les
recherches d’Ada Liebstein, scientifique spécialisée dans la manipulation cérébrale. Tous deux veulent créer Anasthasys, une société proposant ni plus ni moins que l’amnésie à la carte.
Pour vivre heureux, vivons amnésique ?
Premier problème : on cesse très vite de prendre l’intrigue au sérieux, tout simplement parce qu’elle est sans queue ni tête. Le bien-être procuré par l’amnésie, pourquoi pas ? On pourrait y voir une parabole sur notre monde moderne et son culte du plaisir immédiat. Mais voilà que le Dr Liebstein prétend aussi extraire du cerveau d’un patient un de ses souvenirs pour l’implanter chez un autre ! On se retrouve sans crier gare dans un scénario de science-fiction à la Total Recall (le film de Paul Verhoeven inspiré d’un récit de Philip K. Dick). D’où ce rebondissement improbable : Milo, incapable de ressentir la moindre émotion, se met à vouloir vampiriser le cerveau des autres, et pour commencer entend bien se faire implanter l’émoi amoureux de son ami Noah (un sentiment et un souvenir, est-ce donc la même chose ?). Cela fait déjà un petit moment que l’on se dit que rien ne va plus.
Un sérieux problème de distribution
Avignon peut se révéler cruel pour certaines jeunes compagnies, surtout en fin de festival. En l’occurrence, la metteuse en scène a dû visiblement faire face à un sérieux problème de distribution : plusieurs des comédiens annoncés n’étaient en effet plus présents et avaient dû être remplacés au pied levé. Ainsi le rôle du Dr Liebstein se retrouve-t-il interprété par Agathe Surcouf elle-même, qui, dans sa blouse moulante, semble à peu près la seule à croire encore à son histoire. Le personnage de Milo, cynique complet qui traite ceux qui l’entourent comme des esclaves, fait assez cliché, et Thomas Appolaire donne surtout l’impression d’avoir envie d’être ailleurs. Quant aux rôles secondaires, mieux vaut n’en pas parler.
La jeune compagnie Les Bouches cousues, sous la houlette d’Agathe Surcouf, avait surpris avec Espejo, pièce troublante sur la dépendance amoureuse. Nul doute qu’elle se montrera capable de rebondir vers de nouvelles aventures. ¶
Fabrice Chêne
Les Trois Coups
Éden, d’Agathe Surcouf
Cie Les Bouches cousues
Mise en scène : Agathe Surcouf
Avec : Thomas Appolaire, Agathe Surcouf, Harlan Chomarat, Laure Mazaudier, Anne-Laure Bastien
Chorégraphe : Léna Tiran
Chef plateau : Harlan Chomarat
Laurette Théâtre • 16-18, rue Joseph-Vernet • 84000 Avignon
Réservations : 08 99 15 55 99
Du 8 au 31 juillet 2011 à 18 h 20
Durée : 1 h 15
10 € | 8 €




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