Jean-Louis Barrault ou le théâtre
en mouvement
Figure tutélaire du théâtre français, Jean-Louis Barrault n’en mena pas moins une vie de saltimbanque, se baladant de théâtre en théâtre pendant cinquante ans, comme le montre une exposition instructive au pavillon de l’Arsenal à Paris.
gare d’Orsay | © Vincent Fillon
L’exposition se déroule sur une coursive au deuxième étage du pavillon de l’Arsenal. On est accueilli par une vidéo présentant les témoignages intéressants de Laurent Terzieff, Maurice Béjart, Nathalie Sarraute et bien sûr Barrault lui-même, dont l’acuité du regard frappe d’emblée. Ensuite, c’est un cheminement rectiligne dans lequel le visiteur peut difficilement se perdre. Tout le contraire du parcours zigzaguant de Jean-Louis Barrault, tel qu’il est figuré sur une carte de Paris mouchetée de numéros et de flèches se croisant en tous sens ! Chose étrange que de découvrir que cette figure si connue et reconnue, monument du théâtre français, à la fois comme comédien, metteur en scène et directeur de troupe (la Cie Renaud-Barrault, qu’il créa avec sa femme Madeleine Renaud), ait mené pendant si longtemps une vie d’itinérance, sans se fixer dans aucune institution. On pense d’emblée à ce que devait être la vie d’un Molière, arpentant la France, puis Paris à la recherche d’un théâtre.
Si l’exposition s’attarde plus particulièrement sur les lieux dans lesquels Barrault travailla avec sa troupe, elle dessine en filigrane une extraordinaire vie de théâtre. La dessine plutôt que ne la fait entendre, car les quelques vidéos d’interviews de Barrault ne sont pas toujours très audibles, et l’on aurait d’ailleurs aimé voir des extraits des représentations. En tout cas, au fil des clichés, dessins, plans et textes présentés (aucun original, c’est un peu dommage : tout est imprimé sur de grandes bâches blanches), c’est presque tout le xxe siècle qui défile.
Né en 1910, Barrault signe sa première mise en scène à 25 ans ; il traverse la Deuxième Guerre (c’est alors qu’au cinéma, il interprète dans les Enfants du paradis le rôle de Baptiste qui devait assurer sa popularité), et on le retrouve en mai 1968 à la tête de L’Odéon, où il refuse de couper l’électricité tandis que le théâtre est occupé par les contestataires. La sanction ne tarde pas : c’est par une lapidaire lettre de renvoi d’André Malraux, le ministre de la Culture, que Barrault est démis de ces fonctions.
Théâtre Marigny | © Vincent Fillon
Des lieux insolites
Barrault apparaît aussi comme un formidable passeur entre les générations : si les premiers panneaux de l’exposition présentent ses relations avec Jean Dasté, Charles Dullin ou Antonin Artaud, avec qui il eut une correspondance particulièrement féconde *, l’une des dernières photographies montre en 1981 Cyrielle Claire et Lambert Wilson, alors à leurs débuts, dans sa mise en scène de l’Amour de l’amour. Quel parcours !
Quant aux lieux, ils furent fort différents, mais eurent comme point commun de toujours faire l’objet d’adaptations ou de répondre directement aux exigences de Barrault : présence d’une grande et d’une petite salle, et d’espaces annexes pouvant accueillir des lectures, répétitions ou rencontres, faisant du lieu une véritable « maison de théâtre ». Le tout tenant souvent de la gageure, comme en témoignent les différentes versions du projet du futur Théâtre du Rond-Point, dans lequel la troupe s’installa enfin en 1981, après que Barrault l’eut convoité sans succès pendant quarante ans. Il s’agissait alors du « Palais de glace », équipé d’une patinoire. Autre lieu marquant : le chapiteau en bois installé dans la gare d’Orsay, dans les années soixante-dix. Le dispositif était conçu pour être moins intimidant pour les spectateurs qu’un théâtre traditionnel. Au palmarès des lieux insolites, Barrault pris tout le monde à revers en s’installant en 1968 à L’Élysée-Montmartre, qui était alors un véritable « temple du catch », et n’hésita pas à jouer en alternance avec des combats !
C’est en définitive une personnalité de battant hors du commun qui émerge de l’exposition, un homme en perpétuelle recherche, ne se reposant jamais sur ses lauriers pourtant nombreux. Enfin, l’un des plus beaux clichés montre le couple, seul au milieu du chantier du Rond-point encore à l’état de ruines. Prêts à construire, espérer, rêver. ¶
Céline Doukhan
Les Trois Coups
* Correspondance qui a fait l’objet d’un spectacle conçu et mis en scène par Denis Guénoun et interprété par Stanislas Roquette présenté au Pavillon puis à Avignon en juillet 2011, à la Maison Jean-Vilar.
Les Théâtres de Jean-Louis Barrault, un périple parisien
Exposition au pavillon de l’Arsenal
Pavillon de l’Arsenal • 21, boulevard Morland • 75004 Paris
Réservations : 04 90 82 40 57
Du 28 juin au 28 août 2011, du mardi au samedi de 10 h 30 à 18 h 30, le dimanche de 11 heures à 19 heures
Entrée libre




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