Vendredi 16 juillet 2010 5 16 /07 /2010 18:24

Marie-Élisabeth Cornet, fascinante

de maîtrise

 

L’affiche placardée dans tout Avignon intrigue et reste en tête. Sur un fond noir, une maman-truie tout en rose allaite sa portée de petits porcelets, tandis que trône au-dessus de ses flancs la glorieuse inscription : « Attila, reine des Belges ». Plongée dans un conte loufoque et poétique sur les origines, porté par une très belle comédienne.

 

attila-reine-des-belges Dans cette histoire, tout, ou presque, est vrai. On a du mal à le croire, tant cette épopée frôle parfois l’absurde. « Elle », c’est Marie-Élisabeth Cornet, comédienne-clown de talent ayant, entre autres, travaillé trois ans avec le prestigieux Cirque du Soleil. Dans ce spectacle, coécrit avec Laurent Dubost et Samuel Légitimus, elle a décidé de raconter ses origines. Quand le spectacle commence, Jacqueline, sorte de double de la comédienne, refuse d’accoucher alors qu’elle est enceinte de deux ans et demi. En remontant le fil de son histoire, aidée par une chamane loufoque, Jacqueline pourra mieux s’en libérer et donner, à son tour, la vie.

 

Et, en l’occurrence, on comprend qu’il y ait quelques nœuds à démêler concernant la question de ses origines… Quelle histoire ! Née d’une mère hongroise mais élevée par une mère belge, à qui la première a choisi de donner un enfant, Marie-Élisabeth porte en elle une double origine et fait résonner fortement les questions du déracinement et de l’identité. Ne reculant devant rien, la chamane voyage au fil de l’histoire de Jacqueline, remontant même au Ciel, là où les enfants, encore à l’état de concept (c’est-à-dire pas encore conçus), attendent patiemment que les parents qu’ils se sont choisis veuillent bien leur donner la vie.

 

Dans ce voyage totalement délirant, la comédienne fascine par sa précision et sa maîtrise. Un plateau nu, habillé d’un seul panneau de tissu blanc, et une cape-jupe sont les seuls outils à sa disposition pour faire naître des mondes. Elle nous embarque de la neige de Hongrie aux églises de Belgique, en passant, entre autres, par le Congo belge, avec une fluidité et une énergie étonnantes. Tout est clair dans le jeu de Marie-Élisabeth Cornet. C’est une tornade, mais qui ne tombe jamais dans l’hystérie, une folie, mais qui n’oublie jamais de maintenir un lien avec le public, de nous faire une petite place, à ses côtés, dans cette chevauchée fantastique.

 

Dans cette profusion, quand le comique se lie au « sur-réaliste », quand le conte humoristique se meut en voyage métaphysique, on peut se sentir un peu perdu. Égaré au milieu de cette surenchère de loufoqueries, où l’absurde ne semble pas avoir de limites. Mais elle aussi. Elle le sait, et elle nous le dit (« Vous avez quelques doutes ? C’est normal »). Et nous ramène ainsi tranquillement à elle. Marie-Élisabeth Cornet ne cède pas à la facilité et propose un spectacle parfois ardu, parfois même tordu. À l’image de son histoire. Là est son fil, son chemin. Son exigence. Et quand on accepte d’y plonger avec elle, oubliant la peur de perdre nos repères, on est étonnamment touché. Et cueilli par la sensation d’universalité qui se dégage finalement de ce conte généreux et courageux. 

 

Élise Noiraud

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com 


Attila, reine des Belges, de Marie-Élisabeth Cornet

La Grande Échelle • 7, rue Jules-Guesde • 93100 Montreuil

Mise en scène et coécriture : Laurent Dubost et Samuel Légitimus

Avec : Marie-Élisabeth Cornet

Lumières : Christophe Schaeffer

Costumes : Benjamin Lefebvre

Diffusion : Séverine Liebaut

Administration : Francis Scuiller

Le Ring • 13, rue Louis-Pasteur • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 27 02 03

Du 8 au 29 juillet 2010, à 20 h 15

Durée : 1 h 15

14 € | 10 € | 8 €

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Vendredi 16 juillet 2010 5 16 /07 /2010 13:50

Sexe, mensonges et raquettes de squash

 

Dans « Squash », au Théâtre des Béliers, on entre dans un vestiaire où deux amis vont se livrer une sacrée bataille. De fil en aiguille, le public assiste au spectacle de cette amitié qui n’est peut-être pas prête à tout endurer. L’être humain mis face à ses contradictions risquerait bien d’oublier tout fair-play… En tout cas, le spectateur se régale.

 

Prends ça ! En allant s’asseoir, le spectateur évite de justesse les balles (imaginaires) échangées par deux joueurs de squash… Un sport défouloir qui donne le ton : on est embarqué pendant plus d’une heure au cœur d’un affrontement de mâles. Deux amis se retrouvent tous les mercredis après le boulot pour une partie, et dînent ensuite avant de rejoindre leurs épouses. Mais un soir, l’un demande à l’autre une faveur : lui servir d’alibi pour mentir à sa femme. De fil en aiguille, titillant les principes de son ami et les nôtres, l’homme infidèle nous jette à la figure sa frustration, et sa soif de vivre plus, plus fort. L’auteur nous interroge ainsi sur le couple, la fidélité, la tentation.

 

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« Squash » | © Nicolas Schimp

 

Dans une société anglaise bien-pensante (qui ne pense en réalité qu’à sauver les apparences) se noue un drame qui prend le spectateur à témoin. Grâce à un décor sombre et sobre, notre attention se cristallise sur le destin de ces deux personnages en crise. Jusqu’où peut-on faire confiance à ses amis ? Est-on sûr qu’ils ne nous veulent que du bien ? Quoi qu’il en soit, les deux acteurs sont excellents et très bien dirigés par Tania Garbarski. Clément Manuel, pétri de bonnes intentions, est le jeune homme bien élevé, timoré, plutôt le genre « ramasseur de balles ». En face, Charlie Dupont est le jeune loup sans scrupules, séducteur, catégorie « bête des courts ». Mais les apparences sont trompeuses…

 

Grâce à un rythme efficace, les dialogues coulent de source, tout en humour et en acidité. Le propos fait mouche et pose la question de l’accomplissement de chacun avec ses paradoxes. On aurait aimé être plus surpris par le dénouement, rôdés que nous sommes au coup de théâtre final classique, mais nous ne boudons pas notre plaisir devant cette situation de rivalité si bien interprétée, ces rêves suggérés dans les non-dits. En outre, les séquences, entrecoupées de noirs et accompagnées d’une musique rock très 2010 (par le guitariste de Ghinzu, très bon groupe belge) épousent parfaitement la tension qui monte de plus en plus entre les deux compères. La mise en scène nous entraîne ainsi sans nous lâcher dans leur engrenage de désirs et de mensonges. Les personnages se renvoient la balle de plus en plus fort, ils oscillent entre faiblesse et témérité, comme chacun face aux choix cornéliens de la vie. Un match de première série ! 

 

Cécile de Palaminy

Les Trois Coups 

www.lestroiscoups.com


Squash, d’Andrew Payne

Production Chicken Impact • 98, rue Antoine-Bréart • 1060 Bruxelles, Belgique

http://squash.over-blog.com

Mise en scène : Clément Manuel

Avec : Charlie Dupont et Clément Manuel

Direction d’acteurs : Tania Garbarski

Lumières : Pierre Ronti

Musique : Greg Remy de Ghinzu

Assistanat : Benjamin Ramon

Costumes : Lacoste et Bellerose

Régie : Gleb Panteleef

Théâtre des Béliers • 53, rue du Portail-Magnanen • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 82 21 07

www.theatredesbeliers.com

Du 8 au 31 juillet 2010 à 18 h 55

Durée : 1 h 20

Tarifs : 16 € | 11 €

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Vendredi 16 juillet 2010 5 16 /07 /2010 11:29

Claire Heggen : la rencontre intimiste

du corps et de l’objet

 

Né en 1975, le Théâtre du Mouvement accomplit un travail à la croisée des chemins entre mime, danse, manipulation et gestuelle. Dans « Les choses étant ce qu’elles sont, tout va aussi bien que possible », Claire Heggen, qui figure parmi les grands noms de la manipulation et du mime, nous propose de pénétrer dans un univers onirique, là où se rencontrent corps et objet.

 

C’est une femme d’une soixantaine d’années, tel un voyageur échoué sur une île, que l’on découvre assise de dos sur une caisse. Contrairement aux apparences, Claire Heggen n’est pas seule, mais entourée d’une pléiade d’objets qui font peu à peu leur apparition et prennent vie entre ses mains, à mi-chemin entre le rêve et le burlesque. Les forces s’équilibrent,les rôles s’inversent, et à leur tour les objets impulsent ou conditionnent parfois les mouvements de la manipulatrice, comme s’ils lui donnaient vie.

 

Au manteau sans tête succède l’oiseau de mauvais augure, puis le chien. Aux cailloux blancs sans Poucet fait suite le fil à plomb sans gravité ou le coffre-lit à outils trop étroit pour y pénétrer. Claire Heggen nous embarque dans un univers avec pour conducteur la question de l’enfance, à moins que ce ne soit l’enfance qui questionne le monde environnant. Cet univers, la comédienne l’a voulu décalé, drôle et burlesque. L’ensemble donne lieu à une forme intimiste emprunte de poésie, de lenteur, de sensibilité et de fine précision. À travers tout un jeu de mouvements et de pauses rendues subtilement malhabiles, on découvre et on apprécie le talent de cette grande manipulatrice.

 

les-choses-etant

« Les choses étant ce qu’elles sont, tout va aussi bien que possible »

 

Le jeu de Claire Heggen est rythmé par une bande-son composée d’instruments à vent qui renforcent et accentuent le ton doux et naïf de la pièce. L’espace scénique, quant à lui, consiste en un ensemble de grandes toiles de tissu blanc non tissé, tendues sur plusieurs niveaux. Cet espace donne l’occasion de créer des effets de transparence et des jeux de profondeur de plateau. On demeure admiratif face à cet univers intime et onirique fait de textures douces, feutrées et de teintes claires.

 

Le seul bémol de cette pièce concerne peut-être sa lenteur. Bien que celle-ci soit subtile et nécessaire, on a parfois la sensation d’un manque de rythme, qui rend certains passages un peu longs et tend à faire sortir le spectateur de ce qui se joue sous ses yeux.

 

Les choses étant ce qu’elles sont, tout va aussi bien que possible n’en demeure pas moins un des grands moments de manipulation de ce Off du Festival d’Avignon. C’est l’occasion d’une rencontre rare où l’esthétique d’un moment côtoie la justesse d’un jeu et le talent d’une manipulatrice. 

 

Élise Ternat

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com 


Les choses étant ce qu’elles sont, tout va aussi bien que possible, de Claire Heggen

info@theatredumouvement.com

www.theatredumouvement.com

Conception, mise en scène et interprétation : Claire Heggen

Conception plastique : Étienne Bideau-Rey

Costume : Jean-Jacques Delmotte

Lumière : Gérald Karlikow

Construction marionnettes : Virginie Lallement

Musiques : Michel Musseau

Conseil à la dramaturgie : Valérie Deronzier

Conseil à la gestuelle : Yves Marc

Conseil à la manipulation : Philippe Rodriguez-Jorda

Assistante : Agnès Delachair

Régie : Nicolas Barraud

Théâtre des Lucioles • 10, rue du Rempart-Saint-Lazare • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 14 05 51

theatredesluciol@aol.com

Du 9 au 21 juillet 2010, jours impairs, à 10 h 30

Durée : 1 h 5

15 € | 10 €

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Jeudi 15 juillet 2010 4 15 /07 /2010 22:36

Un polar qui « fait scoop »

 

Le Grenier à sel, qui accueille durant tout le mois des compagnies « ligériennes » (originaires des Pays de la Loire, pour les non-initiés), demeure une valeur sûre du Off. La preuve en est donnée de nouveau avec « Nature morte dans un fossé », de la Cie Addition Théâtre. Un spectacle étonnant et inclassable, qui nous fait plonger dans un polar du meilleur cru.

 

L’histoire, comme il se doit, commence avec un meurtre. Un meurtre ou plutôt un cadavre, celui d’une jeune fille, retrouvé au petit jour dans un fossé. La victime, nue, a été rouée de coups. Et, comme le dit l’inspecteur Salti, chargé de l’enquête, « ça fait scoop, et avec les scoops, on bosse mal ». Une enquête complexe, donc, comme un puzzle difficile à assembler. Fausto Paravidino, l’auteur italien de ce texte, a choisi une forme particulière pour raconter cette histoire noire. Construite comme un puzzle, justement, la pièce donne à entendre une succession de monologues (les versions des différents protagonistes), dans une atmosphère sombre mais pleine d’humour.

 

Cette ambiance est le premier point fort de ce spectacle. Un environnement qui exhale des odeurs mélangées : piaule sordide d’un dealer à la petite semaine, alcool fort avalé trop vite sur la banquette en Skaï d’une discothèque, parfums mêlés d’essence et de laurier rose devant une station-essence Agip, café bu à la va-vite pendant un interrogatoire… Cette sorte de carte postale olfactive, sensorielle, est restituée avec une étonnante précision par la mise en scène de François Chevallier. La place laissée à la parole et au pouvoir de la suggestion permet à son spectacle de passer hors les murs et de nous faire voyager dans la nuit (noire) d’une ville italienne.

 

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« Nature morte dans un fossé » | © Laurence Navarro

 

Et les comédiens participent grandement à ce travail de l’imaginaire. Avec souplesse, ils voyagent d’un espace à un autre, d’un moment à un autre, nous embarquant avec eux dans leurs versions incomplètes de l’histoire. Leurs personnages sont dessinés avec beaucoup de précision, dans un mélange irrésistible de noirceur et d’humour. Leur côté archétypal rappelle les personnages esthétisés de Fred Vargas, et l’inspecteur Salti n’est pas sans rappeler, parfois, un certain commissaire Adamsberg. Leur pessimisme les rapproche de ceux de Pouy, et nous révèle aussi un regard noir sur le monde et les rapports humains.

 

Mais l’essentiel demeure, à mon sens, l’étonnante capacité de ce spectacle à nous raconter une histoire. Le polar, ici, n’est effectivement pas qu’un exercice de style, un parti pris d’ambiance. Non, tout cela se met au service d’une histoire, dans un procédé narratif extrêmement original, qui se traduit au plateau par une grande liberté théâtrale. Les monologues prévus par le texte de Paravidino semblent offrir une vaste matière de jeu à François Chevallier et ses comédiens. Les personnages viennent nous raconter leur version, en les revivant plus ou moins. Leurs interlocuteurs peuvent être à leurs côtés, ou non. Leurs émotions peuvent être au présent, ou non. Derrière eux peuvent réapparaître une image, un flash, un souvenir. Ou non.

 

Et tandis que les comédiens semblent prendre beaucoup de plaisir à voyager dans cette narration non figée, le public, lui, se retrouve à la place d’un lecteur de polar. Le livre entre les mains, il plonge dans un récit duquel émerge, selon les moments, selon les mots, des images plus ou moins construites, plus ou moins abouties, mais qui mettent en marche, et font avancer le train de l’intrigue. Tenu par le suspense jusqu’au dénouement final, le spectateur plonge ainsi avec délectation dans une histoire qui est la leur, mais qui devient aussi la sienne, tant il peut y trouver une place pour son propre imaginaire. 

 

Élise Noiraud

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Nature morte dans un fossé, de Fausto Paravidino

Addition Théâtre • 77 bis, rue Chanzy • 72000 Le Mans

02 43 40 08 57

Mise en scène : François Chevallier

Assistante à la mise en scène : Pascaline Gauthier

Avec : Ludivine Anberrée, Guillaume Bariou, Virginie Brochard, Christophe Gravouil, Alan Masselin, Léon Napias, Nicolas Sansier, Erika Vandelet

Dramaturgie : Christophe Gravouil

Scénographie / costumes : Anne Pitard

Lumière : Erwan Tassel

Son : Guillaume Bariou

Régie générale : Thierry Deschamps

Grenier à Sel • 2 rue du Rempart Saint Lazare • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 27 09 11

Du 8 au 27 juillet 2010, à 20 heures, relâche le 19 juillet

Durée : 1 h 45

13 € | 9 € 

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Jeudi 15 juillet 2010 4 15 /07 /2010 21:43

« 8 760 heures » : émouvants et pétillants « corps-accords » !

 

Premier week-end du Off du Festival d’Avignon : la troupe du Théâtre à cru fait salle comble et crée déjà l’évènement avec un spectacle-concert insolite, à la fois drôle, tendre et engagé : « 8 760 heures », ou le journal en chansons d’un certain Yvan M. On quitte la salle de la Manufacture à regret, avec l’envie de crier : Yvan, on t’M !

 

8 760 heures, ou une année dans la vie d’un trentenaire ordinaire, de septembre à septembre, traversée par cette question existentielle : combien de temps dure un souvenir ? Souvenir de voyage ou d’enfance, d’un deuil ou d’un amour impossible… Réponse : le temps d’une chanson, d’une photo, ou d’une page d’un journal intime.

 

Car la Cie Théâtre à cru s’amuse à mélanger les genres : entre musique, théâtre et arts plastiques, elle mêle chant, texte, performance, vidéo. À travers ce « concert de théâtre », elle invente sa propre forme scénique, originale et audacieuse : un art du récit déstructuré et fragmenté, au service d’une autofiction individuelle et collective. Elle nous embarque dans un voyage, réel ou fantasmé, plein de surprises sonores et visuelles, plein de ces émotions contradictoires qui hantent notre quotidien : la légèreté d’un rire de vacances, la gravité de la solitude, l’espoir d’une rencontre…

 

8760heures marie-petry

« 8 760 heures » | © Marie Pétry

 

Sur le plancher usé, vestige d’un petit bal perdu, un joyeux bazar accueille les spectateurs : au milieu des pieds de micro et des platines de mixage, autour du piano électro, une foule d’accessoires attendent leur entrée en scène : un vieux ventilateur évoque la moiteur exotique de l’Inde, une vidéo ressuscite Jimi Hendrix en SDF dans les rues de Londres, un zinc à néons recrée l’ambiance des nuits parisiennes.

 

C’est un incroyable « road-movie en chambre » que ces quatre artistes nous font vivre, avec frénésie, en mettant toute leur inventivité au profit d’un propos engagé. Car leurs textes, joués ou chantés, ne parlent pas seulement d’amour et de désillusions, ils proposent une réflexion politique, à la fois pertinente et humble, lucide et responsable, consciente de ses propres limites : « Je ne savais pas qu’il y avait un lien… », par exemple, entre l’émergence de la pornographie et le marché de neuroleptiques dans les années 1970, entre l’hypocrisie de l’ordre moral et la lente reconnaissance du sida dans les années 1980.

 

Sur le plateau, où des reproductions d’œuvres d’art s’animent, où un frigo sert de vestiaire, où des personnages semblent échappés de BD d’heroic fantasy, une surprenante galerie de tableaux vivants vient bousculer notre imaginaire. Comme un ultime clin d’œil à notre mythologie collective, on croit soudain reconnaître ce personnage cher à Baudelaire : un « albatros » aux ailes si lourdes qu’il décide de se faire opérer pour s’en débarrasser. Dans cet univers étrange et fascinant, bercé de rythmes pop-rock, de bruitages hétéroclites, balayé par des lumières tamisées, des anges solitaires et mélancoliques n’ont pas peur de perdre quelques plumes… pour nous consoler de nos vagues à l’âme. 

 

Estelle Gapp

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


8 760 heures, de la Compagnie Théâtre à cru

Théâtre à cru • 12 bis, rue Lobin • 37000 Tours

Tél/fax : 02 47 44 02 45

theatre-a-cru@wanadoo.fr

www.theatreacru.org

www.myspace.com/theatreacru

Conception et mise en scène : Alexis Armengol

Interprétation : Alexis Armengol, Alexandre Le Nours, Laurent Seron-Keller, Camille Trophème

Batterie et régie son : Stéphane Bayoux

Création et régie lumière : François Blet

Scénographie : James Bouquard

Régie générale : Rémi Cassabé

Production musicale et création surround : Frédéric Duzan

Costumes et diffusion : Audrey Gendre

Production : Marie Lucet

Réalisation photo et vidéo : Franck Ternier

Administration : Isabelle Vignaud

Théâtre de la Manufacture • 2, rue des Écoles • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 85 12 71

Du 8 au 27 juillet 2010 à 17 h 45, relâche le 19 juillet 2010

Durée : 1 h 15

16 € | 11 € | 5 €

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