Marie-Élisabeth Cornet, fascinante
de maîtrise
L’affiche placardée dans tout Avignon intrigue et reste en tête. Sur un fond noir, une maman-truie tout en rose allaite sa portée de petits porcelets, tandis que trône au-dessus de ses flancs la glorieuse inscription : « Attila, reine des Belges ». Plongée dans un conte loufoque et poétique sur les origines, porté par une très belle comédienne.
Dans cette histoire, tout, ou presque, est vrai. On a du mal à le croire, tant cette épopée frôle parfois l’absurde.
« Elle », c’est Marie-Élisabeth Cornet, comédienne-clown de talent ayant, entre autres, travaillé trois ans avec le prestigieux Cirque du Soleil. Dans ce spectacle, coécrit avec
Laurent Dubost et Samuel Légitimus, elle a décidé de raconter ses origines. Quand le spectacle commence, Jacqueline, sorte de double de la comédienne, refuse d’accoucher alors qu’elle est
enceinte de deux ans et demi. En remontant le fil de son histoire, aidée par une chamane loufoque, Jacqueline pourra mieux s’en libérer et donner, à son tour, la vie.
Et, en l’occurrence, on comprend qu’il y ait quelques nœuds à démêler concernant la question de ses origines… Quelle histoire ! Née d’une mère hongroise mais élevée par une mère belge, à qui la première a choisi de donner un enfant, Marie-Élisabeth porte en elle une double origine et fait résonner fortement les questions du déracinement et de l’identité. Ne reculant devant rien, la chamane voyage au fil de l’histoire de Jacqueline, remontant même au Ciel, là où les enfants, encore à l’état de concept (c’est-à-dire pas encore conçus), attendent patiemment que les parents qu’ils se sont choisis veuillent bien leur donner la vie.
Dans ce voyage totalement délirant, la comédienne fascine par sa précision et sa maîtrise. Un plateau nu, habillé d’un seul panneau de tissu blanc, et une cape-jupe sont les seuls outils à sa disposition pour faire naître des mondes. Elle nous embarque de la neige de Hongrie aux églises de Belgique, en passant, entre autres, par le Congo belge, avec une fluidité et une énergie étonnantes. Tout est clair dans le jeu de Marie-Élisabeth Cornet. C’est une tornade, mais qui ne tombe jamais dans l’hystérie, une folie, mais qui n’oublie jamais de maintenir un lien avec le public, de nous faire une petite place, à ses côtés, dans cette chevauchée fantastique.
Dans cette profusion, quand le comique se lie au « sur-réaliste », quand le conte humoristique se meut en voyage métaphysique, on peut se sentir un peu perdu. Égaré au milieu de cette surenchère de loufoqueries, où l’absurde ne semble pas avoir de limites. Mais elle aussi. Elle le sait, et elle nous le dit (« Vous avez quelques doutes ? C’est normal »). Et nous ramène ainsi tranquillement à elle. Marie-Élisabeth Cornet ne cède pas à la facilité et propose un spectacle parfois ardu, parfois même tordu. À l’image de son histoire. Là est son fil, son chemin. Son exigence. Et quand on accepte d’y plonger avec elle, oubliant la peur de perdre nos repères, on est étonnamment touché. Et cueilli par la sensation d’universalité qui se dégage finalement de ce conte généreux et courageux. ¶
Élise Noiraud
Les Trois Coups
Attila, reine des Belges, de Marie-Élisabeth Cornet
La Grande Échelle • 7, rue Jules-Guesde • 93100 Montreuil
Mise en scène et coécriture : Laurent Dubost et Samuel Légitimus
Avec : Marie-Élisabeth Cornet
Lumières : Christophe Schaeffer
Costumes : Benjamin Lefebvre
Diffusion : Séverine Liebaut
Administration : Francis Scuiller
Le Ring • 13, rue Louis-Pasteur • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 27 02 03
Du 8 au 29 juillet 2010, à 20 h 15
Durée : 1 h 15
14 € | 10 € | 8 €




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