Grandeur et décadence du père chez Pasolini
Figure marquante du xxe siècle, le cinéaste italien Pasolini signe avec « Affabulazione » un drame tranchant comme une lame. La pièce s’intéresse au parcours d’un père obsédé par son fils jusqu’à la démesure. Il en perd son autorité, ses certitudes, et jusqu’à sa substance. C’est l’occasion pour l’auteur d’explorer les non-dits et les dessous d’une relation peu ordinaire.
n homme se réveille choqué par le mauvais rêve qui vient de le saisir. Il s’est vu poursuivi par un garçon plus grand que lui. Dans ce garçon, il voit son fils. Ce cauchemar est-il une
prémonition ? Le fils va-t-il surpasser le père ? Ce fils qu’il voulait voir marcher dans ses traces devient un rival. Car le fils a grandi, il est beau, il déborde de l’insouciance
de ses 19 ans. Il a même une petite amie très jolie. Tout cela, le père en est jaloux à se tordre de douleur. Il n’a plus la maîtrise du destin de son fils. Peu à peu, ce rêve remet en
cause tout son univers : non seulement son lien avec son fils, mais aussi son assise dans la société milanaise qu’il dominait. Était-il bien lui-même avant de comprendre par le rêve son
impuissance ? D’un coup, l’assurance et l’ironie qui le caractérisaient le quittent. Comment se libérer de cette peur panique de son fils ? Comment résoudre cette rivalité ?
Les acteurs portent la pièce avec une grande générosité. En premier, Fabrice Rodriguez donne vie au père, figure charismatique qui se croit « inattaquable » et sombre dans l’isolement, la paranoïa, la violence. Louise Manteau, la petite amie, est légère et fraîche comme une fleur des champs. Elle est l’oxygène de cette pièce tout en tensions. Quant à Renaud Tefnin, il offre un beau portrait de jeune homme en pleine affirmation de soi. Ainsi, chacun des personnages est un être humain sensible et non un archétype. C’est pourquoi leurs émotions ont une saveur qui ne laisse pas indifférent.
« Affabulazione » | © Émilie Lauwers
Du point de vue de la mise en scène, la survenue de la nudité à plusieurs reprises est redondante par rapport au texte. Si le sexe est symbole de virilité et concentre la rivalité père-fils, cette nudité ne rend pas l’instant plus cru ou plus intense. Car, en 2010, la nudité sur scène n’est plus choquante. Elle devient une mode, voire une manie. Il est étonnant que la mise en scène, sobre et juste par ailleurs, ait cédé à cette mode.
Dans cette pièce, Pasolini veut lutter contre « le conformisme de la rébellion ». En d’autres termes, alors qu’il est de bon ton de se révolter, l’auteur explore le deuxième degré de la révolte. Pour cela, il renverse le mythe œdipien. Et il mélange tout : références littéraires, contexte politique, société bourgeoise, individus mal aimés. Dans ce sens, le texte fourmille d’idées complexes et de digressions extravagantes, comme exprès pour nous perdre. Et, effectivement, on décroche. Même si la volonté de Pasolini est bien de brouiller les pistes, l’ennui n’est pas loin devant l’avalanche des monologues. Certes, l’auteur donne par ce moyen une image très juste de la réalité que nous avons échafaudée : étourdissante et embrouillée. Toutefois, à moins d’être un aficionado de Pasolini, on trouvera que cette affabulazione traîne en longueur. ¶
De notre correspondante à Bruxelles
Cécile de Palaminy
Les Trois Coups
Affabulazione, de Pier Paolo Pasolini
Texte publié dans le volume « Théâtre », aux éditions Actes Sud, collection « Babel », 1995
Traduction de Michèle Fabien et Titina Maselli
L’Acteur et l’Écrit-Compagnie Frédéric-Dussenne • 216, avenue de la Couronne • 1000 Bruxelles
Tél. +32 (0)2 640 53 08
Mise en scène : Frédéric Dussenne
Avec : Louise Manteau, Fabrice Rodriguez, Ariane Rousseau, Renaud Tefnin et Benoît Van Dorslaer
Scénographie : Thibault Vancraenenbroeck
Lumières : Renaud Ceulemans
Costumes : Lionel Lesire
Musique originale : Michel Charpentier
Chorégraphie : Laurent Flament
Assistante à la mise en scène : Muriel Legrand
Régie générale : Gauthier Minne
Habilleuse : Carine Duarte
Stagiaire régie : Marion Benhammou
Coproduction : L’Acteur et l’Écrit-Compagnie Frédéric-Dussenne / Rideau de Bruxelles
Ce spectacle fait partie d’un diptyque, dont la deuxième œuvre, Bête de style, sera créée en septembre prochain à L’Atelier 210, en partenariat avec le Rideau
Le Rideau de Bruxelles, auditorium Paul-Willems • palais des Beaux-Arts • 23, rue Ravenstein • 1000 Bruxelles
Informations et réservations : +32 (0)2 507 83 61
ou Bozar Tickets : 18, rue Ravenstein • 1000 Bruxelles,
Du 23 février au 18 mars 2010, le mardi et du jeudi au samedi à 20 h 30, le mercredi à 19 h 30, le dimanche à 15 heures, relâche le lundi
Durée : 1 h 55
20 € | 15 € | 14 € | 10 € | 8 €


ais comme si je n’étais pas là » dit le reporter posté devant un enfant qui va mourir, à qui il veut donner le rôle principal pour sa propre ascension
professionnelle. Il rêve de faire la photo du siècle en mettant en scène la faim, le malheur et l’horreur absolue, puis de la vendre à Reuters. Mais Bipul Masli, ce photographe en mal de scoop,
se retrouve un peu plus tard demandeur d’asile dans un centre d’accueil en Belgique. Les rencontres qu’il va y faire vont être pour le spectateur l’occasion d’apercevoir le quotidien de ces
Tchétchènes ou Sierra-Léonais déracinés.
La célébration est un rite en pleine inflation, dorénavant en libre-service sur Internet. Comment rendre hommage à un
auteur, à un comédien, à un metteur en scène, à un directeur de théâtre ou de festival… ? C’est la question posée à tous ceux qui ont si généreusement participé à ce numéro : Philippe
Avron, Philippe Caubère, Bernard Faivre d’Arcier, André Françon, Victor Haïm, Joël Huthwohl, Jacques Lassalle, Jorge Lavelli, Muriel Mayette, Pierre Notte, René de Obaldia, Jack Ralite, Rufus,
Frédéric Vitoux… À ces couronnes de contributions, nous avons ajouté un florilège de sagesses, d’Épicure à Jankélévitch.

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