ENTRETIENS | REPORTAGES


Mercredi 9 novembre 2011 3 09 /11 /Nov /2011 20:30

Un nouveau style dans un nouveau format avec un ton différent

 

Pour sa neuvième édition, la cérémonie des victoires de la musique jazz a fait peau neuve. Réalisée par François Goetghebeur pour le compte de Morgane Production, elle s’est déroulée fin septembre au Théâtre de Verdure à Nice, sous la présidence de l’harmoniciste Jean-Jacques Milteau, mais sera diffusée le 12 novembre 2011 sur France 3 et le 13 sur F.I.P. L’émission aura la forme d’un documentaire de deux heures, au plus près du direct, mais aussi des musiciens, des coulisses de l’évènement, de ses à-côtés… Pour en savoir plus, « les Trois Coups » ont rencontré China Moses, la maîtresse de cérémonie.

 

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China Moses | © Augustin Détienne/Canal+

 

Les Trois Coups. — Qu’est-ce qui fait pour vous, China, l’intérêt de la nouvelle formule retenue pour cette neuvième édition des victoires de la musique jazz ?

China Moses. — On ne peut pas continuer à se tutoyer ? C’est plus simple, non ?

 

Les Trois Coups. — D’accord.

China Moses.— Bon. Alors, pour répondre à ta question, je dirai que les cérémonies, en France, ce n’est pas notre point fort. La France a une culture remarquable, des talents reconnus dans de nombreux domaines, mais pour ce qui est des célébrations, et surtout de leur mise en forme, ça ne va pas du tout ! Pour tout dire, c’est très compassé et même, osons le mot, ennuyeux… C’est peut-être encore plus vrai pour le jazz que pour d’autres disciplines, car, en dehors de ce qu’ils font sur la scène, les musiciens de jazz sont peu habitués à l’exposition médiatique.

 

Les Trois Coups. — Ça, c’est la critique du passé, mais en quoi consiste l’originalité de la nouvelle formule ?

China Moses. — Tu sais que la cérémonie a eu lieu. Nous en avons même fait deux dans le Théâtre de Verdure à Nice, fin septembre. La diffusion, elle, reprendra ces moments, mais ils seront intégrés dans un documentaire de deux heures qui constitue un vrai voyage dans l’univers des musiciens, y compris dans leur intimité, en liaison avec leur musique. Bien sûr, quand on aime le jazz, mais c’est vrai pour toute autre musique, on préfère aller au concert plutôt que de regarder la télé. Mais le documentaire tranche avec la seule retransmission d’un concert.

 

Les Trois Coups. — En quoi, justement ?

China Moses. — Plus que tout autre, le jazz est une musique qu’il faut ressentir. En s’intéressant aux musiciens, à ce qui se passe dans les coulisses, aux à-côtés, on est au plus près du jazz et de ceux qui le jouent. Les connaisseurs y trouveront un supplément et, pour ceux qui le sont moins, le travail réalisé apportera des clefs qui leur rendront plus facile l’accès à l’émotion. Je trouve le choix judicieux. Ça peut même faire changer l’image du jazz, en le rapprochant des spectateurs.

 

Les Trois Coups. — C’est d’accord, mais tu conviendras que l’heure [minuit et quart] de la retransmission télévisuelle est tardive !

China Moses. — Et toi, qu’il n’y a pas d’heure tardive quand on aime ! Et puis, surtout, l’émission sera accessible en ligne pendant sept jours. C’est un grand pas. Enfin, c’est tout de même la seule cérémonie relative au jazz retransmise sur une chaîne nationale, dans le monde entier ! Il faut que tu le dises, ça ! C’est incroyable, et il faut le faire savoir.

 

Les Trois Coups. — Ce sera fait. Mais, dis-moi, comment es-tu devenue la maîtresse de cérémonie de cette nouvelle édition ?

China Moses. — Parce qu’on me l’a demandé, tout simplement !

 

Les Trois Coups. — C’est quand même un peu court, comme réponse.

China Moses. — C’est Jonathan Duclos-Arkilovitch, le directeur artistique des victoires, qui m’a contactée. Quand il m’a appelée, c’était avant que je n’intègre « le Grand Journal » sur Canal+, tu sais que j’ai cru qu’il se trompait ! Il m’a exposé le projet, et j’ai tout de suite été enthousiaste : mon rêve, depuis un an, était de faire une émission au service du jazz. Je voulais rapprocher l’univers dans lequel j’ai baigné avec ma mère, Dee Dee Bridgewater, de mon monde de rappeuse ratée, plus proche de la pop, voire du hip-hop. Alors, j’ai foncé.

 

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China Moses | © Maxime Bruno/Canal+

 

Les Trois Coups. — Tu ne fais pas que parler dans cette émission, nous aurons aussi le plaisir de t’entendre chanter.

China Moses. — Oui, il était convenu que je fasse un morceau avec le Nice Jazz Orchestra de Pierre Bertrand, en ouverture de la deuxième cérémonie. Il figure dans le documentaire, mais pas au début. Et puis Jacky Terrasson, que je connais depuis longtemps (il a travaillé avec ma mère), m’a demandé de préparer quelques trucs en secret, avec lui. J’étais intimidée, car je ne suis pas une chanteuse de jazz… Non, non, ne tousse pas ! J’aime le jazz, évidemment, c’est ma culture depuis le ventre de ma mère. Mais figure-toi que je ne sais même pas scatter !

 

Les Trois Coups. — Ça s’apprend, non ?

China Moses. — La technique, si tu veux. Mais l’art, c’est autre chose. Écoute ce que faisait ma mère à seize ans et tu comprendras…

 

Les Trois Coups. — Évidemment, tu places la barre très haut. Parle-nous plutôt de ton souvenir le plus marquant dans ces neuvièmes victoires.

China Moses. — Il y a d’abord le cadre, le Théâtre de Verdure, et le temps, tous deux magnifiques. Un vrai cadeau des dieux ! Mais ce qui restera le plus frappant, c’est que je n’avais pas mesuré le côté émotionnel de la chose. J’ai été impressionnée de retrouver tant de gens que je connais depuis des lustres, qui travaillaient avec ma mère, que je rencontrais dans les concerts et sur la route, que j’aimais et admirais beaucoup, comme Dédé (Ceccarelli) qui l’a accompagnée seize ou dix-sept ans, de grands artistes dont la légende m’était familière… Je n’y avais pas pensé ! Et puis, il y avait là tous les responsables de la S.A.C.E.M., de la S.P.E.D.I.D.A.M., de l’A.D.A.M.I. qui sont toujours obligés de me relancer, car j’oublie de remplir mes papiers administratifs ! Je me sentais un peu dépassée. Travailler sous leur regard me causait un véritable stress. Et puis, comme toujours, ils m’ont regardée avec leur cœur, tous ces grands…

 

Les Trois Coups. — Justement, dis-nous un peu qui sont les héros de cette soirée.

China Moses. — En dehors d’André Ceccarelli et de Youn Sun-nah, qui sont les invités d’honneur, il y a tous les artistes nommés cette année dont Stéphane Belmondo, Céline Bonacina, Avishai Cohen, Géraldine Laurent, Éric Legnini, David Linx, Jacky Terrasson, Anne Paceo, Tigran Hamasyan, etc.

 

Les Trois Coups. — Et toi : du beau monde, en effet. Justement, tu viens de faire la promotion des autres, c’est bien, et toi, quels sont tes projets pour la saison 2011-2012 et peut-être au-delà ?

China Moses. — Tout d’abord peaufiner mon nouvel album avec Raphaël Lemonnier et son groupe. Nous avons déjà présenté quelques titres en concert et nous allons continuer. Son titre provisoire est The Blues Ain’t Nothing… : je rêve de voir cette phrase emblématique du blues imprimée sur des tee-shirts… Il devrait sortir en septembre 2012, chez Universal Music, sous un label que je ne connais pas encore. Puis, je vais terminer mon album rock. Enfin, il y a bien sûr « le Grand Journal » et j’allais oublier « Made in China », l’émission que j’anime tous les jours, du lundi au vendredi de 20 heures à 21 heures, sur Jazz radio.

 

Les Trois Coups. — Beau programme que nous suivrons de près évidemment. Il me reste à te remercier d’avoir accepté ce long entretien.

China Moses. — Merci à toi et aux Trois Coups. Je vous donne rendez-vous, ainsi qu’à tous vos lecteurs, le 12 novembre 2011 sur France 3 et le 13 sur F.I.P. pour ces superbes victoires du jazz, nouvelle manière. 

 

Propos recueillis par

Jean-François Picaut

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Victoires de la musique jazz 2011

Nouveau format télé, nouveau ton, nouveau concept

Présidées par Jean-Jacques Milteau

Le samedi 12 novembre 2011 sur France 3 à minuit et quart

Le dimanche 13 novembre 2011 sur F.I.P. de 20 h 30 à 23 heures

www.lesvictoires.com

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