Un pari réussi
Ce mois-ci, c’était la troisième pièce de Koffi Kwahulé que j’allais voir, dans le cadre d’une programmation en son honneur au Lavoir moderne parisien. Je n’avais pas réussi à comprendre « Big Shoot », j’avais été bouleversée par « le Masque boiteux » et, cette fois-ci, je suis ressortie satisfaite de « Jaz », mis en scène par David Farjon et joué par la marathonienne Emmanuelle Azeroual.
Pourquoi
cette comparaison sportive ? Eh bien parce que cette jeune actrice est seule sur scène pendant une heure pour nous raconter l’histoire de Jaz, son amie. « Je ne suis pas ici pour parler
de moi, mais de Jaz », assène-t-elle. Et c’est ce qu’elle accomplit avec la même subtilité, la même force et le même engagement du début jusqu’à la toute fin de la pièce. Le récit est
violent, acerbe et dérangeant, comme semble-t-il la plupart des œuvres de Koffi Kwahulé.
Emmanuelle Azeroual réussit avec brio à nous en faire partager la douleur. Comme si elle incarnait Jaz en personne, l’héroïne absente, cette jeune fille à la beauté « indécente », et dont le traumatisme est vécu et raconté ici. Cette performance n’en est une que parce que son ton est toujours juste. Cependant, une faiblesse m’a marquée : il s’agit d’une légère maladresse dont témoigne son jeu corporel. Lorsqu’elle arpente la scène, sa voix remplit l’espace, alors que son corps, lui, semble s’y perdre.
La principale difficulté réside bien dans cet espace vide, car la scène du théâtre a été laissée brute, sans mobilier ou accessoires de toutes sortes, qui auraient été bien superflus dans cette histoire où ni lieu ni époque ne sont cités. C’est là qu’intervient le travail scénographique. Par l’utilisation d’une vidéo projetée sur le mur du fond, il fait apparaître la silhouette fixe de l’actrice en contre-jour. Ces images, qui interviennent à plusieurs reprises dans le récit, apportent au spectacle rythme et ponctuation, mais surtout lyrisme et esthétisme. Et tout cela sans jamais remettre en cause la sobriété de la mise en scène, plus que jamais indispensable pour accompagner de tels propos.
Choisir cette œuvre était un choix risqué, mais toute l’équipe de la Compagnie Lavomatic s’en sort plutôt bien. La force et la justesse du jeu d’acteur, alliées à la sobriété et au lyrisme de la mise en scène et de la scénographie font de Jaz un pari réussi. ¶
Kandida Muhuri
Jaz, de Koffi Kwahulé
Compagnie Lavomatic
Mise en scène : David Farjon
Collaboration artistique : Audrey Evalaum
Avec : Emmanuelle Azeroual
Création costume : Vanessa Doger
Scénographie : Muriel Bétrancourt
Création lumière : Anne Muller
Composition sonore : Amandine Casadamont
Lavoir moderne parisien • 35, rue Léon • 75018 Paris
Réservations : 01 42 52 09 14 ou resa@rueleon.net
Du 13 mai au 17 mai 2008 à 21 heures
Durée : 1 heure
15 € | 10 € | 5 €
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Mise en scène : Claire Pineau
Avec : Alexandra Cartet dans le rôle de Sara ; Sophie Casel dans le rôle de Tottie ; Laurie Jesson dans le rôle d’Ellen ; Rebecca Finet dans le rôle de Liza ;
Charlotte Thomas dans le rôle de Maggie ; Elia Zaharia dans le rôle de Jenny



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